Dossier : héros et héroïnes

Georgia Nicolson, les soeurs Verdelaine, des héroïnes à la croisée des tendances

Anne GORLIERE

Quand on se penche sur les héros de littérature de jeunesse, on ne manque pas de s'interroger sur la place laissée aux héroïnes dans les fictions. Côté popularité, les hommes sont à l'honneur : depuis les héroïnes de Grimm ou de Perrault, il n'y a guère que Bécassine, Sophie (et ses malheurs) ou Fifi Brindacier dont les noms soient restés dans les mémoires. Pourtant, si la caractéristique du héros est d'être le personnage central d'une oeuvre, les filles sont là, et bien là. Les personnages féminins se déclinent selon une variété infinie de caractères, de revendications et d'histoires. Nous nous intéresserons ici à des héroïnes qu'on pourrait qualifier de contemporaines et qui entreraient dans la catégorie des personnages " tendance " : Georgia Nicolson de Louise Rennison et les soeurs Verdelaine de Malika Ferdjoukh.

La première, Georgia, est née en juin 2000 sous la plume anglaise de Louise Rennison, actrice et auteur de one-woman show. La collection Scripto des éditions Gallimard la représente en première de couverture sous les traits d'Agrippine, adolescente caricaturée et caricaturale de Claire Bretécher. Quatre tomes, quatre couvertures aux couleurs flash et titres choc : Mon nez, mon chat, l'amour et... moi. Confessions de Georgia Nicolson (orange vif), Le bonheur est au bout de l'élastique. Nouvelles confessions de Georgia Nicolson (jaune fluo pour le fonds, rose fluo pour le titre), Le journal intime de Georgia Nicolson Tome 3 : Entre mes nunga-nungas mon coeur balance (vert pomme), Le journal intime de Georgia Nicolson Tome 4 : A plus, Choupi-Trognon (violet foncé). Un livre chaque année, un site Internet officiel et une sortie cinématographique prévue : voilà pour cette héroïne.

Les soeurs Verdelaine ont été imaginées il y a une dizaine d'années par Malika Ferdjoukh dont les écrits pour les jeunes lecteurs ont déjà souvent fait mouche. Pourtant, elle ne présente ses personnages que récemment, dans quatre tomes publiés cette année dans la collection Médium de L'Ecole des loisirs : Enid, Hortense, Bettina et Geneviève. On peut regretter la sobriété des premières de couverture pour des filles hautes en couleur mais, comme les Trois Mousquetaires étaient quatre, les Quatre soeurs sont cinq et n'en demeurent pas moins des héroïnes parce que placées au centre de l'histoire, qui se réduit d'ailleurs à la chronique de leurs rapports mutuels et au choc de leurs personnalités. Chaque tome tourne autour d'une soeur en particulier, à l'exception de Charlie qui n'a aucun tome éponyme, et qui traverse les quatre livres dans la continuité.

A la croisée des tendances ?

Si le mot " tendance " est employé à tort et à travers dans le langage courant, nous aimerions le rapprocher ici de l'expression " dans l'air du temps ", pour comprendre l'alchimie miraculeuse qui fait le charme de nos héroïnes.

Dire de ces héroïnes qu'elles sont tendance, c'est " imaginer Les quatre filles du docteur March qui regarderaient South Park à la télé en se faisant livrer une pizza " dixit la présentation de l'Ecole des loisirs à propos de Quatre soeurs. Une fratrie (tiens, pas de mot à l'horizon qui se rapprocherait de " soeurie "...) soudée dans l'accomplissement des tâches quotidiennes, et qui descend en ligne directe des soeurs états-uniennes. Si les liens étaient resserrés par la guerre de Sécession pour les plus anciennes, les dernières sont rassemblées autour de la mort récente de leurs parents dans le manoir familial, une fort belle et grande demeure sise au bord d'une falaise normande.

Parler de tendance pour Georgia Nicolson, c'est se persuader qu'elle cousine naturellement avec Agrippine à en croire les illustrations françaises de couverture. Mais c'est surtout constater qu'elle est la petite soeur de Bridget Jones avec laquelle sa parenté ne fait aucun doute : être anglaise, malchanceuse en amour, incomprise de la cellule familiale et tenir un journal intime, voilà qui en dit bien assez.

Un portrait rapide de ces six héroïnes s'impose avant d'explorer ce côté tendance : Georgia, l'adolescente égocentrique, est bien évidemment la narratrice de par le choix d'une forme qui mime le journal intime. Elle a 14 ans au début de ses confessions, elle est fille de parents terriblement ringards à ses yeux, soeur aînée d'une petite Libby en pleine phase pipi-popo, maîtresse d'Angus, espèce de chat sauvage de la taille d'un labrador qui terrorise le quartier. Elle partage ses angoisses existentielles et ses questionnements incessants sur le décryptage du langage masculin avec ses copines du Top Gang et consacre ses journées à la recherche d'un " Super Canon " quand elle n'est pas au " stalag ", comprenez le collège.

Les cinq soeurs Verdelaine ont perdu leurs parents dans un accident de voiture depuis un an quand débutent leurs histoires : Enid a neuf ans, Hortense en a onze, Bettina quatorze, Geneviève seize et Charlie vingt-trois.

Bettina ressemble en tout point à Georgia : ado bêcheuse, enquiquineuse, "odieuse avec les êtres les plus sensibles de l'univers" selon sa soeur cadette Hortense. Plus de Top Gang ici, mais les DBB, abréviation siglée de Bettina et ses copines Denise et Béhotéguy ou la " Division Bête et Bouchée " selon la petite Enid.

Enid a la langue bien pendue et une pléthore d'animaux autour d'elle : Blitz l'écureuil, Swift la chauve-souris, les chats Ingrid et Roberto, le rat Mycroft. Discute tout autant avec eux qu'avec le Gnome de la Chasse d'Eau ou le fantôme de ses parents.

Hortense passe son temps dans les livres ou rédige son journal intime. Timide et réservée, elle se découvre l'âme d'une comédienne lorsqu'elle se décide à quitter son journal et sa falaise encouragée par son amie Muguette, la locataire malade de la maison voisine.

Geneviève est l'incarnation même de la générosité et de la bonté. Elle seconde Charlie dans les tâches ménagères. Son aura naturelle empêche ses soeurs de deviner son secret : pratiquer la boxe thaïe au lieu de baby-sitter.

Enfin, le statut d'aînée de Charlie en fait naturellement le chef de famille et le point de mire de ses cadettes. Elle est à la fois la bricoleuse et la cuisinière de la maison, celle qui fait bouillir la marmite en travaillant dans un labo mais tire le diable par la queue, celle qui est aimée du gentil Basile et dont les amours font l'objet de l'attention soucieuse et gourmande de ses soeurs.

Parler d'héroïnes à la croisée des tendances, c'est aussi tenir compte de ce que représentent et dégagent ces personnages pour un lectorat du XXIe siècle, plutôt jeune et féminin, et donc en pleine crise d'adolescence. Deux représentations se dégagent : la facette miroir et la facette modèle.

Héroïnes reflets

En effet, à la lecture de ces fictions, les péripéties des six filles font plus ou moins l'effet d'un miroir des moeurs adolescentes si l'on en croit les bruits de CDI et autres échos de forums sur la toile. A s'y pencher de plus près, le cocktail est détonnant : un ensemble d'atouts " jeunes ", des préoccupations dites féminines, et un côté résolument moderne permettent à ces héroïnes d'être de véritables reflets pour leurs lectrices (l'équivalent masculin de Georgia existe d'ailleurs dans le drôlissime Journal secret d'Adrian Mole 13 ans 3/4 dont les pérégrinations s'étalent sur plusieurs tomes jusqu'à ses 23 ans 3/4). Si vous vous demandez quels sont ces atouts jeunes, il est donc urgent d'observer plus attentivement ceux qui vous entourent, quitte à laisser émerger certaines réminiscences adolescentes légèrement enfouies : un lectorat jeune se reconnaît dans ces héroïnes.

D'abord par le vocabulaire : renommer les personnes, personnifier les objets et imager une idée est crucial. Ainsi, ces caractéristiques sont intrinsèques au parler de notre petite anglaise et il faut saluer la traductrice Catherine Gibert pour le rendu français de tous ces néologismes. Quand Georgia s'interroge sur l'"effet jambe de poulpe" en présence de "Super-Canon", qui doit partir en concert au "Pays-du-Poireau-et-Soupe-de", elle s'interroge simplement sur ses jambes en coton quand elle se trouve avec Robby, jeune homme au physique très avantageux en partance pour un concert au Pays de Galles. De même, pour nos héroïnes normandes, lorsqu'à la " Vill'Hervé ", "Ingrid et Roberto" utilisent " le Macaroni " pour rejoindre Enid dans sa chambre alors que "Mycroft" se cache derrière "Madame Chaudière", il faut comprendre que dans le manoir familial, le couple de chats monte l'escalier central de la maison alors que le rat habitué à peupler les lieux (surnommé ainsi en raison de son intelligence équivalente à celle de l'ennemi de Sherlock Holmes) se cache derrière la chaudière au fonctionnement plus que capricieux. Si Georgia Nicolson utilise des mots de la vie quotidienne dans ces expressions telles que " il fait frisquet de la nouille ", " nom d'une culotte surdimensionnée " ou " bombe birmane " pour désigner la compagne du chat, le langage, toujours imagé, des cinq soeurs est plus recherché : " être complètement Tarn-et-Garonne " pour Hortense ; une Charlie " miroboldigieustouflante " dit Basile de son amoureuse.

Les jeunes ne malmènent pas seulement le vocabulaire, mais aussi les adultes : selon Georgia, sa mère est le stéréotype de la femme qui n'assume ni son âge, ni son rôle de mère et qui préfère traîner ses filles chez l'irrésistible pédiatre sosie de Georges Clooney. Son père pour lequel elle affiche un mépris sans borne et qu'elle n'hésite pas à qualifier de " looser moustachu ", n'a rien trouvé de mieux que de travailler au Pays-du-Kiwi-en-Folie (Nouvelle-Zélande). Les profs ne sont pas plus épargnés : au " Stalag 14 ", on trouve ainsi Mademoiselle Stamp dite " Oberführer, prof de gym et lesbienne à ses heures ". Si le langage est cru pour Georgia, il n'en est pas moins acerbe lorsqu'il s'agit de la Tante Lucrèce des soeurs Verdelaine. Averties de sa venue au cri de " branle-baaaas ", leur tante n'a d'admiration que pour Engelbert Humperdinck, son crooner préféré, n'est capable que de lamentations, " d'allergies goujates " aux nombreux animaux et autres garçons peuplant la Vill'Hervé. Elle est alors une cible parfaite, à la fois pour Bettina qui n'a aucune vergogne à se jouer de sa surdité, de sa mauvaise vue et de ses appréhensions, mais également pour Hortense qui n'hésite pas à utiliser les défauts de sa tante pour créer et jouer un personnage, double clownesque de celle-ci, afin de mieux libérer ses talents de comédienne.

Le dernier atout jeune se retrouve autour de la découverte du corps de ces adolescentes, essentiellement dans la salle de bain, durant des heures interminables pour Georgia et Bettina et de manière plus ponctuelle pour Charlie, Geneviève ou Hortense (exceptée Enid qui préfère observer ses aînées d'un oeil vif). Des comportements similaires chez toutes ces héroïnes : phases de doutes, de questionnement, d'autocritique et d'observation de leur corps en mutation. On trouve en vrac : les boutons de Georgia du type " sournois-qui-ne-mûrit-pas ", son nez affreusement au milieu de la figure, ses " nunga-nungas " qui n'en finissent pas de s'imposer, les genoux cagneux de Charlie qui l'obligent à rester en jeans, l'irrémédiable queue de cheval que ne quitte jamais Geneviève malgré son envie saisissante de changer de coiffure lorsqu'elle est amoureuse, Hortense qui découvre que les règles peuvent être autre chose que " l'ovule-non-fécondé-et-les-structures-endométriales-se-font-la-malle-Chantal ", Bettina qui propose des échantillons de shampooing pour cheveux gras à Hortense à la lecture de Futile.

" L'autre partie de l'humanité "

C'est non seulement un lectorat jeune qui se reconnaît dans des préoccupations physiques mais aussi un lectorat féminin dont le centre d'intérêt est la gent masculine. Notre lectorat jeune et féminin se reconnaît en grande partie mais pour que le tableau soit complet, ces préoccupations corporelles doivent s'accompagner de préoccupations masculines.

Georgia à la recherche d'un " Canon " tombe sur un "Super Canon ", véritable " usine à bécots sur pattes " qu'elle va s'ingénier à séduire tout au long des quatre tomes. Pour cela elle applique toute une panoplie d'attitudes mises au point avec son Top Gang pour garder son petit ami et avoir une preuve de son amour, mais tombe dans le panneau de la jalousie avec son ennemie jurée et tente inlassablement de décrypter le comportement de l'autre partie de l'humanité.

Bettina, elle aussi dans l'optique " Super Canon ", est victime de sa propre méchanceté avec le beau Juan qui n'a d'yeux que pour Sainte Nitouche, connaît son premier chagrin d'amour avec Merlin de Nanouk Surgelés, du type des " sympa-moches supportables mais uniquement dans les feuilletons télé ", pourtant si beau à l'intérieur, et ramène finalement à la Vill'Hervé Augustin, l'homme qui met dans sa poche des tas de poussins, lapins, moineaux et autres pimbêches de 14 ans.

Geneviève loin de ces préoccupations et pourtant d'une "beauté renversante mais qu'elle ignore et c'est là son charme ", sera l'objet d'un coup de foudre envers un séduisant et mystérieux jeune homme avec lequel elle va s'éveiller à la sexualité dont elle connaîtra les plaisirs et les déboires de la première fois.

Charlie l'aînée de toutes ces ados, a déjà connu toutes ces étapes mais ses amours restent le point de mire de ses cadettes à travers les quatre tomes. De Basile, l'amoureux transi qui tient volontiers le rôle de l'homme de la maison, voire de papa, à Valéry Clotilde, le jeune inspecteur ramené par Hortense grâce à sa description de Charlie, en passant par le ténébreux Tancrède qui fait si bien tourner la tête de Charlie qu'elle fait dîner ses soeurs une deuxième fois uniquement pour ses beaux yeux, cette aînée qui a grandi trop vite papillonne autour d'eux pour ne pas rester célibataire trop longtemps.

Des filles de leur temps

Enfin, ces héroïnes ne pourraient faire l'effet d'un miroir si elles n'étaient pas résolument modernes. Leur modernité se retrouve à la fois dans la fibre féministe qui se dégage de ces fictions mais aussi dans leurs activités quotidiennes, leur façon déhender les événements et les personnes dans la vie de tous les jours.

Ainsi les soeurs Verdelaine liées par la mort de leurs parents ne comptent que sur elles-mêmes pour leur survie et leur bien-être. Si Charlie joue le rôle des parents, toutes les soeurs se partagent les tâches hiérarchisées " socialement " entre hommes et femmes dans les fictions classiques. Rien d'extraordinaire donc à ce que Basile cuisine le couscous comme personne et s'occupe de nourrir ses protégées en toutes occasions telle une maman poule, que Valéry Clotilde ait un prénom de fille, que seule Charlie sache réparer Madame Chaudière ou que Geneviève fasse de la boxe. De toute façon, les hommes de ces livres, présents ou absents, semblent n'être là que pour mettre en valeur le caractère des filles : l'espiègle Gulliver, l'oncle Florentin invisible, le mystérieux Vigo, Super-Canon. Cependant, Georgia ne se rend pas compte qu'elle est le pur produit de la fibre féministe de sa mère. Celle-ci, trop midinette à en juger les récriminations de sa progéniture, n'en est pas moins une mère libérée qui tente d'inculquer des valeurs des deux sexes à sa fille. Si Georgia n'écoute les conseils ou recommandations de sa mère qu'a posteriori ou en pestant, les soeurs Verdelaine écoutent celles du fantôme de leur mère (mais aussi du père).

Leurs activités quotidiennes sont comparables à celles de toutes les adolescentes :

  • le collège : déplacement en car avec les Verdelaine, essayage de position du béret pour le Top Gang avant de rejoindre le Stalag, les équipées d'après collège des DBB pour être remarquées du beau Juan,...
  • les loisirs : suivi attentif de la série télévisée Cooper Lane à la Vill'Hervé, sortie de concert pour Georgia, lecture pour toutes, vacances à la ferme entre copains ou avec les parents, courses de Noël en famille, interminables défilés et essayages, activités sportives et culturelles.
  • la vie sociale actuelle : petit boulot d'été, difficultés financières dans la maisonnée, confrontation avec d'autres milieux (les Centres pénitentiaires pour mineurs, l'esclavagisme moderne) les problèmes de couple des adultes croqués avec férocité et sans compassion, le réconfort des parents, qu'ils soient fantômes ou non.

Héroïnes modèles

La facette miroir de ces héroïnes permet donc au lecteur, et plus précisément ici, à une lectrice, de s'identifier aux personnages. En effet, le caractère et les activités des héroïnes étant proches de ce que vivent et ressentent les lectrices, les situations analogues sont réjouissantes puisqu'il est à ce moment-là facile pour elles d'imaginer ce qu'elles auraient fait dans telle ou telle situation. L'identification à Georgia semble totale à l'écoute des commentaires post-lecture mais en ce qui concerne Quatre soeurs, sa fraîche publication n'ayant encore que peu de résonance, la tendance serait plutôt du côté " modèle ". Un aspect que l'on retrouve malgré tout chez Georgia., les soeurs Verdelaine sont des modèles, non pas au sens des " petites filles " de la Comtesse de Ségur, mais au sens idéal du terme. Chaque adolescente rêve d'avoir une soeur leur ressemblant ou rêve de vivre leur vie, ou une partie de leur vie. Même si leurs parents sont morts, cette indépendance forcée sans autorité parentale est inestimable aux yeux d'une adolescente. Charlie remplace sa mère pour la tournée de bisous, le soir, même auprès de Bettina et de Geneviève, mais reste, au regard de la lectrice, une jeune fille délurée qui peut vivre ses relations amoureuses comme elle l'entend : sans contraintes d, de lieux, de justifications. Tout ce que font ces cinq orphelines se passe de l'accord d'un adulte et quand les parents leur apparaissent, c'est toujours parce qu'elles ont besoin d'un conseil, jamais pour leur faire subir un reproche. Ainsi, Bettina, après son acte de méchanceté envers Colombe se fait-elle déjà honte à elle-même quand sa mère lui apparaît. Elles sont en quelque sorte des modèles initiatiques.

Quant à Georgia, elle est surtout un modèle d'attitude et de langage mais au sens de " mode-d'emploi-à-l'encontre-des-adultes-tout-le-temps-sur-votre-dos " : prétexter un mal au ventre au lieu d'avouer son exclusion du Stalag, éviter la honte, lorsqu'un garçon l'invite, de demander son numéro de téléphone pour le refiler à ses propres parents qui l'exigent inévitablement,... C'est également un modèle dans le mode d'emploi des "Super-Canon". Elle est une adolescente qui ne manque de rien, qui ne connaît aucun problème majeur, qui est seulement narcissique et en pleine crise existentielle. Elle prône donc quelques principes de base tels que : elle est une grande incomprise et surtout de ses parents, elle ne doit jamais être d'accord avec eux, sa copine doit obligatoirement être du même avis qu'elle. On peut donc presque la qualifier d'"adobattante" pour reprendre le terme de "célibattante" de Bridget Jones.

Ces héroïnes aux personnalités bien marquées sont représentatives de la jeunesse actuelle. Chacun peut y reconnaître une soeur, une fille, une élève, un frère, un copain. On sort de ces lectures les zygomatiques douloureux pour cause de " rennisonite aiguë ", des émotions de plaisir qui laissent remonter des gloussements stupides et irrépressibles. On peut seulement regretter que ces livres ne soient pas à la portée de tous. Certains adolescents non lecteurs, mais aussi non demandeurs, ne peuvent soupçonner leur ressemblance avec des héroïnes littéraires auxquelles ils pourraient pourtant s'identifier tout en se sentant moins seuls. La campagne de communication de ces héroïnes est loin de concurrencer les reines du marketing télé-paillettes. Le succès de nos contemporaines tendance dépend avant tout du bouche-à-oreille. Les livres n'ont pas la même place que les supports musicaux, vidéo ou en ligne. Si le support en ligne permet déjà la promotion d'un livre à travers de sites ou des forums, pourquoi ne pas imaginer que la publicité de la presse écrite à la télévision dès 2004 laisse la porte ouverte à ces héroïnes adolescentes tellement vraies ?

Lire au collège, n°66, page 6 (11/2003)

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