Dossier - (En)quête d'identités : du moi aux autres

Couleur de peau : miel
Jung Sik Jun.
t. 1, MC productions-Jung, 2007 ; t. 2, MC productions-Quadrants-Jung, 2008 ; t. 3, Éditions soleils-Quadrants, 2013.

Jung Sik Jun est né à Séoul en 1965. À l'âge de 5 ans, il est trouvé par un policier, errant seul à la recherche de nourriture. Il est confié à un orphelinat, puis adopté par une famille belge composée de quatre filles et un garçon auxquels s'ajoutera quelques années plus tard une autre petite coréenne adoptée. Dans cette famille bourgeoise francophone, Jung ne manque de rien sur le plan matériel. Et puis, dès son arrivée, une réelle complicité s'installe entre tous les membres de la fratrie : "Nous étions tous frères et soeurs, sans chercher à comprendre... C'était presque une évidence". Les parents, bienveillants mais très peu démonstratifs et parfois maladroits, veillent à donner à tous les enfants une éducation stricte. Cependant, Jung ne parvient pas à s'épanouir. Il lui est impossible d'effacer le souvenir fugitif de sa mère biologique dont il ne connaît pas l'histoire et qui le hante. Cette obsession, l'auteur l'exprime de manière bouleversante en glissant dans ses planches, tel un leitmotiv, une gracieuse silhouette féminine idéalisée, sans visage, avec à la main, une ombrelle. À l'absence de sa mère s'ajoute aussi la coupure avec sa culture, son pays natal.

Tout au long des trois tomes qui composent son autobiographie, Jung montre comment son adoption l'a forcé à opérer une rupture brutale insupportable, un véritable traumatisme. Comment, il lui a fallu, pour s'intégrer, oublier d'abord ses origines, pour ensuite comprendre qu'il avait besoin de s'appuyer sur son histoire personnelle et son double héritage culturel pour se construire et s'accepter tel qu'il était, lui l'asiatique, avec sa peau couleur miel, au milieu de cette fratrie européenne.

Un témoignage très fort, nécessaire, débordant d'humour et de tendresse. Un témoignage intéressant, également, par son évocation de la dictature du général Park Chung-hee en Corée du Sud et le destin souvent dramatique de milliers d'enfants coréens adoptés à travers le monde dans les années 70.

À noter que cette bande dessinée a fait l'objet d'une version animée en 2012, réalisée par l'auteur et Laurent Boileau.

Mots-clés : Autobiographie, adoption, abandon d'enfant, déracinement, différence, Corée du Sud / À conseiller à partir de la 3e

Lire au collège, n°96 (05/2014)

Lire au collège - Couleur de peau