Notes de lecture

Caméra au poing
Christophe de Ponfilly.
Arthaud, 2009

Comme le dit dans sa préface Atiq Rahimi, l'auteur de Terre et cendres, Christophe de Ponfilly est mort de " guerre lasse ", désespéré par la mort de son ami le commandant Massoud et par l'indifférence du monde vis-à-vis du peuple afghan.

Dans ce livre inachevé au moment de son suicide, Christophe de Ponfilly raconte comment en 1981 il est " entré clandestinement en Afghanistan et tout aussi clandestinement dans le métier de grand reporter de télévision ". Jusque là il avait gagné sa vie en écrivant, avait donné leur chance à des apprentis cinéastes qui réalisaient des films en super-8 et était devenu directeur de la rédaction de l'encyclopédie Le Grand quid illustré.

Pour pouvoir financer ses longs déplacements, il créa en 1983 l'agence Interscoop dans le but de réaliser des films sensibles qui témoigneraient des réalités du monde et particulièrement de la tragédie de l'Afghanistan qui l'avait " piégé ". Pendant vingt-cinq ans d'engagement et de lutte contre la dégradation de la télévision victime de l'audimat et de l'audience à tout prix, l'agence a produit près de cent films. Parmi eux quarante-six (dont douze en Afghanistan malgré les risques et les conditions éprouvantes) réalisés par Christophe de Ponfilly. Ils connaîtront un succès d'estime mais toucheront un public restreint.

C'est le commandant Massoud, dont il livre un portrait admiratif, qui lui confiera un soldat russe qu'il vient de libérer. Ce dernier sera hélas repris par une faction afghane et mourra dans une tentative d'évasion. Ce traumatisme est à l'origine du film de fiction l'Etoile du soldat dont Ponfilly raconte le tournage difficile dans la deuxième partie de cet ouvrage posthume où il tient la chronique de ce retour en Afghanistan. Il espérait toucher ainsi un plus large public.

Ce livre témoigne de la force de l'engagement et de l'éthique d'un homme qui affirmait : " La meilleure façon de faire oeuvre utile, durable et précieuse, c'est d'être attentif au monde et de filmer avec application et honnêteté les êtres humains dans leur vérité. "

Daniel Salles.

Lire au collège, n°83 (03/2010)

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