Lectures

Les Sans-domicile
Cécile Brousse, Jean-Marie Firdion et Maryse Marpsat.
Paris, La Découverte, coll. " Repères ", 2008, 128 pages
ISBN : 978-2-7071-5310-4

Cécile Brousse, Jean-Marie Firdion et Maryse Marpsat tentent ici de cerner les caractéristiques socioéconomiques et les conditions de vie des sans-domicile. Les auteurs décrivent également les différents parcours qui peuvent mener à ce type de situation et analysent les dispositifs mis en place pour répondre à leurs problèmes.

Dans le premier chapitre, les auteurs s'attachent tout d'abord à cerner les contours statistiques de la catégorie des sans-domicile. En France, sont considérées comme SDF les personnes ayant passé la nuit précédente dans un service d'hébergement ou un lieu non prévu pour l'habitation. Cette définition, qui a le mérite d'être opérationnelle, exclut toutefois les personnes qui, faute de mieux, louent une chambre d'hôtel, sont hébergées par des amis ou squattent un logement.

L'ouvrage s'attarde ensuite sur le profil socioéconomique des SDF. La population des SDF, masculine aux deux tiers, est composée à 67 % de personnes seules. Les personnes originaires du Maghreb, de l'Europe de l'est ou de l'Afrique subsaharienne y sont fortement surreprésentées. Il est à noter que presque un tiers des SDF travaillent, mais l'emploi qu'ils occupent concerne le plus souvent le secteur non marchand ou représente la contrepartie des prestations dont ils bénéficient. Les sans-domicile sont en fait cinq fois plus touchés par la précarité, le temps partiel et le chômage que le reste de la population. Plus d'un tiers d'entre eux recherchent un emploi, généralement depuis plus de deux ans. La faiblesse des revenus financiers se combine souvent à un contexte familial problématique : maladie ou décès précoce d'un des parents dans la moitié des cas, départ du domicile des parents avant l'âge de 16 ans dans 20 % des cas... Il apparaît notamment que près des trois quarts des personnes de cette catégorie ont été, durant leur enfance, placées en famille d'accueil ou en foyer spécialisé : l'histoire familiale pèse donc lourd. Leurs faibles moyens et des conditions de vie difficiles expliquent en outre que les SDF (notamment ceux qui ont connu la rue) souffrent deux fois plus souvent que les personnes logées de maladies graves ou chroniques.

Certaines caractéristiques personnelles sont donc clairement des facteurs de vulnérabilité : faiblesse des qualifications et difficultés d'insertion professionnelle, ruptures familiales et faiblesse du réseau relationnel, émigration, mais les auteurs insistent sur l'intérêt de combiner les approches microsociale et macrosociale pour mieux comprendre le parcours qui conduit à devenir SDF. Pour mieux appréhender ce type de situation, il faut en effet analyser les difficultés personnelles, les trajectoires familiales mais aussi les déséquilibres macroéconomiques (sur le marché du travail et du logement) et la logique des politiques sociales qui, en favorisant certains groupes, peuvent en pénaliser d'autres. Ainsi, ceux qui vivent seuls et qui ont de très faibles moyens ont moins accès aux logements sociaux et sont, moins souvent que les autres, pris en charge durablement dans des structures d'accueil collectives.

Par ailleurs, si près d'un tiers des SDF bénéficient de prestations sociales, la moitié des sans-abri est coupée des réseaux d'aide et les politiques publiques ne sont pas exemptes de critiques : dispersion des services d'assistance, problème de sécurité et d'hygiène dans les centres d'hébergement, manque de suivi des personnes hébergées. Une évolution est cependant à noter depuis quelques années : certains hébergements d'urgence (que les bénéficiaires doivent quitter au matin) se transforment en centres de stabilisation où les SDF peuvent davantage se reconstruire grâce à des temps de séjour plus longs et un accompagnement social plus personnalisé. Les auteurs insistent également sur la nécessité de favoriser le maintien d'un réseau familial et amical d'entraide car ce dernier, même s'il est fragile, apporte non seulement un soutien matériel et moral, mais favorise aussi la réinsertion professionnelle.

Cet ouvrage de synthèse décrit ainsi avec clarté et minutie les caractéristiques et les conditions de vie des sans-domicile, et permet de percevoir certaines des limites des dispositifs publics qui leur sont destinés. Il constituera une bonne introduction pour ceux qui veulent comprendre les facteurs économiques, politiques et sociaux de la grande exclusion, et les liens d'interdépendance qu'ils entretiennent.

Gilles Bosc, professeur au lycée Einstein de Sainte-Geneviève-des-Bois (91).

Idées, n°158, page 78 (12/2009)

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