Lectures

La politique monétaire
Christian Bordes.
Paris, La Découverte, coll. " Repères ", 2007, 122 pages
ISBN : 2-7071-4952-7

Pour comprendre l'évolution des politiques monétaires depuis les années 1970, il faut à la fois tenir compte des avancées de la macroéconomie monétaire et du nouveau rôle joué par le banquier central.

Christian Bordes, qui enseigne la théorie monétaire à Paris I et participe au comité scientifique de la Banque de France, nous fait profiter de sa double expérience pour décrypter les politiques monétaires contemporaines.

En mettant en exergue dès l'introduction de son " Repère " une citation d'Alan Blinder, ancien vice-président de la Fed et professeur à Princeton, sur l'action des banques centrales qui " relève en partie de l'art, en partie de la science ", Christian Bordes donne d'emblée le ton de cet ouvrage.

Pas de doute sur le fait que la personnalité du banquier central tient aujourd'hui une place essentielle dans le succès des politiques menées. Le banquier central est un véritable " joueur de flûte " capable d'apaiser les anticipations inflationnistes des agents et de rassurer les marchés financiers. Alan Greenspan, " l'homme qui parlait à l'oreille des marchés financiers ", en est le parfait symbole.

Mais le pragmatisme ne suffit pas. L'action du banquier central s'inscrit aujourd'hui dans un cadre théorique renouvelé, à l'image des modèles d'équilibre général de type dynamique (DGSE) d'inspiration nouvelle keynésienne. Ces modèles qui servent souvent de fondements théoriques pour la construction des fonctions de réaction des banques centrales combinent une courbe IS augmentée des anticipations (rationnelles), une courbe de Phillips modifiée (où l'inflation dépend de sa valeur anticipée et du niveau de la production) et une règle de Taylor.

La mise en oeuvre de la politique monétaire a, elle aussi, profondément évolué. Les mécanismes directs de contrôle de la création monétaire qui prévalaient encore en France dans les années 1970 (encadrement du crédit) ont définitivement cédé la place à une politique plus souple d'intervention sur le marché monétaire. La banque centrale gère la liquidité de ce marché par le biais du taux d'intérêt (taux de l'argent au jour le jour).

Christian Bordes propose enfin un bilan des politiques monétaires contemporaines. Du milieu des années 1980 jusqu'à la fin des années 1990, les États-Unis ont connu une période de " grande modération " (selon la formule d'Olivier Blanchard) caractérisée par une faible variabilité de l'activité économique. Si la politique monétaire n'est pas la seule responsable de cette situation, elle y a largement contribué. En matière d'instabilité financière, Christian Bordes est plus prudent dans son bilan, en soulignant que la politique monétaire n'a pas empêché la formation de bulles spéculatives.

Mais cette prudence de Christian Bordes n'était finalement pas suffisante : deux ans après la parution de ce " Repères ", la crise des subprimes a profondément remis en cause le bilan positif d'Alan Greenspan qui a lui-même fait son mea culpa.

Espérons que Ben Bernanke, actuel gouverneur de la Fed et ancien théoricien réputé, soit un chef d'orchestre à la hauteur de la crise actuelle...

Gilles Martin, professeur au lycée Lakanal à Sceaux (92).

Idées, n°156, page 77 (06/2009)

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