Vie de la discipline

Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot, entomologistes de la bourgeoisie

Olivier Desouches, professeur de sciences sociales au lycée Sévigné de Cesson (35), doctorant au LAS-LARES, université de Rennes-II

La conférence " Comment la bourgeoisie défend ses espaces ? ", organisée autour de Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot le 2 février 2007, en partenariat avec l'APSES, aux Champs libres (le nouvel équipement culturel de Rennes), a donné l'occasion à son animateur de revenir sur le parcours de ces deux auteurs auxquels se réfèrent nos enseignements comme nos manuels.

Le lien entre agrégation spatiale et ségrégation sociale fédère depuis plus de trente ans l'Oeuvre à quatre mains de Michel Pinçon et de Monique Pinçon-Charlot1. Consacré à la ségrégation territoriale des riches, Les Ghettos du gotha marquent leur départ en retraite en tant que directeurs de recherche au CNRS, mais un nouvel ouvrage est déjà en préparation.

Tous deux travaillent depuis 1970 au sein de l'IRESCO2, au Centre de sociologie urbaine3 (CSU) rebaptisé, en 1996, Cultures et sociétés urbaines.

Après avoir effectué des enquêtes sur les HLM, Michel Pinçon publie dès 1982 Cohabiter[1]4, dans le prolongement de l'article précurseur de Jean-Claude Chamboredon et Madeleine Lemaire datant de 1970[17], qui s'inscrivait lui-même dans la tradition sociologique de Chicago des années 1920[18]. Il étudie, en 1987, les passés révolus et les avenirs incertains de familles de métallos des aciéries Thomé-Cromback de Nouzonville5, dans la vallée de la Meuse[2].

Monique Pinçon-Charlot, Edmond Préteceille et Paul Rendu publient, en 1986, dans Ségrégation urbaine[3] les résultats d'une recherche statistique de longue haleine patiemment conduite par le CSU pendant huit années dont E. Préteceille s'est fait depuis le spécialiste. Elle étudie le lien entre classes sociales et équipements collectifs (en matière de santé, de transports, de police ou de théâtre) de la région parisienne. Sa conclusion en est que ce sont les ouvriers qualifiés et les employés souvent immigrés qui sont les principaux occupants du parc HLM de l'agglomération parisienne ou des habitations à bon marché vétustes du centre de Paris. Au contraire, les HLM de Paris, bien situés et plus récents, n'abritaient aucune famille modeste mais plutôt des cadres ou des hauts fonctionnaires. Les politiques urbaines, d'équipement comme de logement, posent déjà la ville comme une question éminemment problématique[19], et ce bien avant que ces banlieues ne s'embrasent en octobre-novembre 2005 à Clichy-sous-Bois, puis à l'automne 2007 à Villiers-le-Bel.

Leur entomologie de l'agrégation spatiale des élites sociales commence en 1989, Dans les beaux quartiers[4] de la région Île-de-France. Ils sont situés dans quelques communes de l'ouest résidentiel : Saint-Cloud, Boulogne, les vastes lotissements chics et non clos qui datent du Second Empire (la ville nouvelle du Vésinet, les parcs de Maisons-Laffitte ou du château à Chatou[7]), Versailles, Saint-Germain-en-Laye dont Neuilly parfois qualifié de XXIe arrondissement de Paris. Mais ils se concentrent aussi dans l'ouest de la commune de Paris :

  • le VIIe et en particulier le faubourg Saint-Germain, avec le boulevard et la place éponymes, avec ses trois cafés légendaires que sont Les Deux Magots, Le Flore et Lipp, sans oublier la rue Bonaparte et la place Saint-Sulpice ;
  • le VIIIe avec son " triangle d'or "[12] délimité par les avenues Montaigne, George-V et les Champs-Élysées ;
  • le XVIe avec ces " villages dans la ville " que sont les villas Mulhouse, de la Réunion, Molitor ou Montmorency; le square du Docteur-Blanche, la rue Mallet-Stevens ou le hameau de Boulainvilliers ;
  • et le sud-ouest du XVIIe arrondissement.

Plus largement[5], nos deux auteurs distinguent les quartiers bourgeois des hôtels particuliers des faubourgs Saint-Honoré et Saint-Germain[14] des quartiers d'affaires de La Défense.

La territorialisation des espaces sociaux

Le titre du livre Les Ghettos du Gotha n'a pas seulement été choisi pour son allitération qui ravirait un rappeur. Produit d'une négociation avec les éditeurs - et les représentants auprès des libraires - qui préféraient celui de " ghetto de riches ", il invite à expliciter les deux termes principaux qui le composent.

L'Almanach de gotha étant un " annuaire généalogique des maisons souveraines, seigneuriales et princières " publié de 1763 à 1944 dans la ville éponyme d'Allemagne orientale, c'est bien par extension que le Gotha se réfère aujourd'hui à " la haute société, les familles de l'aristocratie et de la grande bourgeoisie " ([16], p. 9).

Les riches : un ghetto ?

Le terme de ghetto est ici utilisé dans un sens impropre plutôt contraire à ses usages courant et savant : il désigne habituellement en sociologie[19] l'agrégation sociale qui est le fruit d'une ségrégation subie et non désirée par des gens qui sont condamnés à y vivre. La grande différence, dans le cas présent, est que le ghetto est, là, choisi par des familles de la grande bourgeoisie qui vivent dans des espaces qui lui sont pratiquement réservés. C'est dans ce sens qu'il s'agit bien d'un ghetto même si, pour y être, il faut le choisir et, pour pouvoir réaliser ce choix, il faut avoir de l'argent, des réseaux familiaux et de la culture.

Les familles de la noblesse et de la haute bourgeoisie cumulent et accumulent aujourd'hui toutes les formes de richesse : " de l'argent, beaucoup d'argent, mais aussi de la culture, des savoirs et encore des relations, une inscription dans des réseaux, le tout se condensant dans la notoriété du nom " ([16], p. 266). Car " la classe dominante dispose de deux formes de capitaux spécifiques en cela qu'elles sont transmises et donc héritées. Le capital patrimonial et le capital mondain restent à peu près inaccessibles à qui n'en bénéficie pas par la naissance ". Ce dernier est un alliage combinant différents types de capitaux : économique, culturel, social et symbolique. D'une part, le monde des grandes fortunes étant aussi celui des collectionneurs, leurs maisons sont de véritables musées. D'autre part, cette classe sociale est en effet mobilisée dans des réseaux formant une sorte de toile d'araignée : nul besoin de recourir à une quelconque théorie du complot pour expliquer pourquoi le périphérique taille à l'est de la région parisienne dans les banlieues populaires et est recouvert à l'ouest. Le patronyme des Rothschild symbolise à lui seul toutes les autres formes de richesse qui se condensent dans le patrimoine de cette famille bien ordonnée[9]. Et les privilèges arbitraires liés à la naissance s'incorporent dans l'idéologie du sang bleu[6][15], s'inscrivent complètement dans les corps : un bourgeois, cela se voit6. Liée à l'habitus bourdieusien, l'hexis corporelle est un ensemble de dispositions pratiques, manières de se tenir, de parler, de marcher...

Les riches défendent leur pré carré grâce à un réseau dense de comités, de conseils, de cercles et de clubs, comme l'Automobile Club de France dont la salle à manger donne sur la place de la Concorde, l'Interallié, le Racing Club de France, le Cercle du Bois de Boulogne et, situés au même endroit, l'Inter- allié, le Jockey Club ou le Polo de Paris. Ces deux derniers fonctionnent par cooptation, c'est-à-dire que l'entrée de nouveaux membres y est très difficile, nécessite parrainage et vote sur leur candidature. Ceux qui en sont membres sont ceux qui comptent[21], pour qui " y être, c'est en être7 ". Les individus ne sont pas déliés des groupes : ils y représentent leur famille, leur lignée avant d'être des individus. Par exemple, le Jockey Club, pour lequel il faut se recommander d'au moins deux personnes qui en sont déjà membres pour présenter sa propre candidature, est un univers qui gère lui-même ses propres frontières, et où le critère non monnayable est le temps long de l'excellence sociale, de l'ancien- neté des dynasties, mesurée en particulier par l'intensité des réseaux familiaux, ce qui suppose des rapports de domination à l'intérieur des dominants suivant les niveaux de richesse ou les appartenances confessionnelles. De même, le Bottin mondain rassemble des notices de membres presque toujours masculins (les femmes n'y sont mentionnées qu'à titre d'épouses et seules les veuves ont droit à des notices distinctes) qui déclinent lignée (ascendants, parents, enfants, collatéraux), alliance, carrière et adresses tant ces familles sont caractérisées par leur multiterritorialité.

Les grandes familles de la noblesse et de la bourgeoisie ancienne sont aussi répertoriées dans des listes de notoriétés comme le Who's Who ou des annuaires d'anciens élèves du collège suisse du Rosey ou de l'École des Roches et de Normandie, souvent tous issus de la haute société internationale. " On naît bourgeois mais on apprend aussi à le devenir. Naître bourgeois, c'est entrer dans une culture, un " déjà-là ", aux valeurs ou modèles déchiffrables. Devenir bourgeois, c'est disposer de la capacité socialement héritée de maîtriser ces schèmes et, par là même, de les reproduire. La particularité bourgeoise serait de mettre l'accent ou de ne pas faire l'impasse sur la nécessité pour l'héritier de se réapproprier activement les valeurs du groupe. Le souci éducatif fait d'ailleurs de cette nécessité un impératif catégorique : devoir être bourgeois pour l'être. Attention portée aux détails, contrôle de soi ou intériorité maîtrisée, quasi-ritualisation des pratiques quotidiennes constitutives du passage de la sphère privée à la sphère publique caractérisent cette culture conçue et vécue comme un allant de soi, minimum indispensable pour quitter l'état de nature "[22].

Les rallyes

Comment s'effectue la reproduction matrimoniale et patrimoniale des positions dominantes à l'intérieur de ces mêmes familles, classes, confréries, milieux et groupes ? C'est pour cela que l'entre-soi territorial est si intéressant, car il est un moyen parmi d'autres d'éviter la mésalliance. Or, depuis le Code civil napoléonien, le droit d'aînesse et le majorat ont été abolis : les héritages doivent être répartis de manière égalitaire. Il faut donc absolument que les enfants de ces familles se marient entre eux. L'intelligence collective de ce milieu est que le patrimoine et les positions dominantes doivent rester à l'intérieur de ce groupe, et c'est pour cela qu'au-delà de la famille et de l'école sera inventée, à la Libération, une troisième instance de socialisation : les rallyes, c'est-à-dire des réunions d'enfants âgés entre 10-13 et 20 ans. Par exemple, le rallye La Bretesche-Broglie-Montmorin ([7], tableau p. 163) regroupait quatre-vingt-six jeunes gens. Il est organisé par leurs mères, qui contrôlent méticuleusement l'entrée de ces jeunes dans ces groupes informels à partir de listes comme le Bottin mondain pour leur permettre de ne sortir qu'entre eux. Ce qui importe est d'apprendre aux jeunes à reconnaître leurs semblables, à les aimer d'amitié comme d'amour. C'est ainsi que le coup de foudre est certes un sentiment réel et authentique, mais est aussi le fruit d'une socialisation entre " baisemains et mocassins8 ", de rituels de présentation. Car ces rencontres n'ont lieu qu'entre partenaires de même position sociale, permettant d'affirmer que c'est " par le plus grand des hasards " que, présentée par son frère, l'on a rencontré son futur conjoint à un bal de l'ambassade de Grande-Bretagne, monument classé du XVIIIe siècle, situé à côté de l'Élysée, rempli d'objets et d'Oeuvres d'art de très grande qualité. C'est le seul milieu où les jeunes, quand ils vont faire la fête avec leurs amis le samedi soir, s'habillent comme leurs parents - les garçons en smoking-cravate et les jeunes filles en bustier -, ce qui est aussi un moyen d'affirmer la continuité générationnelle.

Les rallyes commencent par des sorties culturelles qui consistent souvent en des visites de théâtres, de musées, de monuments qui privilégient l'accès direct aux Oeuvres. Ils ont ainsi une fonction explicite d'inculcation, de familiarité souvent intime quand la visite est effectuée chez et par des proches de la famille, ce qui leur permettra de se sentir au théâtre ou au musée comme chez eux, au vernissage d'une exposition comme à une première d'opéra. Les enfants de ces milieux apprennent la mythologie grecque et romaine en poursuivant leur grand-mère derrière des fauteuils tapissés de scènes de la vie des dieux et des déesses qui servent de supports pour leur raconter des histoires de personnages et d'animaux antiques. L'imprégnation culturelle est manifeste, particulièrement sélective et discriminatoire au niveau social, lorsque les décorations d'intérieur mêlent moulures et bibliothèques familiales ou quand les tableaux de la maison racontent une histoire de la peinture qui s'ajoute à celle des musées.

Si les rallyes bridge sont plutôt une étape facultative en perte de vitesse, au contraire les cours de danse et les grands bals, notamment des grandes écoles, organisés dans les salons loués d'un grand palace parisien ou dans les locaux d'un cercle connaissent leur apothéose à l'occasion du vingtième anniversaire des jeunes filles.

Des intérêts convergents entre familles et pouvoirs publics

Ces riches pratiquent, de plus, un militantisme peu ordinaire. En 1977, la comtesse Jacqueline de Beaumont a ainsi été, en Bretagne, l'une des premières vendeuses, au Conservatoire du littoral, de trois kilomètres de bord de mer longeant un terrain situé entre Pont-Aven et Moëlan-sur-Mer. Chacun trouve son compte dans cette opération. Le patrimoine de la première est d'une part protégé, car l'acheteur en assure un gardiennage assermenté. D'autre part, " le fait que la bande de terre soit devenue publique ne change pas grand-chose dans les loisirs balnéaires de la famille " ([16], p.162-163), car l'un de ses petits-fils conserve la propriété de la partie bâtie.

Un autre bel exemple de communisme quasi primitif est le phalanstère familial persistant depuis près de deux siècles à Keremma, sur la côte nord du Finistère. Son nom provient du prénom de la femme du fondateur de ce domaine, au départ constitué de terrains marécageux impropres à l'usage agricole, aujourd'hui formé d'environ cent soixante résidences principales ou secondaires occupées par quelques-uns de ses quelque deux mille descendants actuels. Pour remédier à l'envahissement du cordon dunaire par des touristes qui piqueniquaient, campaient et y laissaient des détritus, cinquante-sept copropriétaires ont fait, en 1987, une donation originale de cent dix hectares sur neuf kilomètres de côte au Conservatoire du littoral. Tout comme pour les monuments historiques habités, ceci permet de garder leur patrimoine de villégiature intact et préservé de nouvelles constructions par l'intermédiaire d'une institution publique. L'intérêt particulier de ces familles occupant de beaux espaces naturels ou bâtis converge avec celui général et universel, car les premières jouent un rôle - que nul ne leur reproche d'ailleurs - de défense de leurs biens en même temps que de la partie du patrimoine national dont elles sont dépositaires. C'est comme si les familles qui vendent, par exemple, la partie non bâtie de leur propriété au Conservatoire du littoral lui font payer la clôture entre elle et lui.

Main basse sur la ville

La commune la plus huppée de l'ouest parisien, Neuilly, dont Nicolas Sarkozy fut le maire de 1983 à 2002, est un exemple caractéristique des ghettos en termes à la fois d'agrégation sociale - on vit entre soi - et de ségrégation spatiale.

Dans un sens plus social que spatial, la ségrégation n'est pas toujours vécue comme un processus négatif d'exclusion, d'élimination, de relégation ou de désaffiliation dénoncé voire déploré par le discours politique et médiatique en général. Les familles qui habitent ces beaux quartiers valorisent l'entre-soi (le " nous " des établis[23]), l'agrégation volontaire et délibérée de semblables, ce qui leur permet ainsi d'éviter le regroupement contraint de dissemblables, l'entre-soi négatif plus subi que désiré (" eux ", c'est-à-dire les autres, les marginaux9). La prégnance de l'entre-soi, qui fait que la majorité des gens préfèrent habiter près de personnes qui leur ressemblent, avait été constatée en Grande-Bretagne dès 1957 par Michael Young et Peter Willmott dans leur étude pionnière, Family and Kinship in East London[24]. Cette agrégation géographique, qui conduit à une ségrégation par classes sociales ou groupes ethniques, se vérifie quel que soit le statut du logement : propriété, logement social ou location privée. Éric Maurin évoque la gentrification et le séparatisme social de l'habitation et des lieux de vie dans ces termes: " la concentration de la richesse dans quelques voisinages seulement est l'expression d'un choix, celui des personnes les plus aisées et les mieux informées de s'installer dans les environnements les plus stables et les plus protégés possible [...]. C'est sans doute la raison pour laquelle, contrairement à une idée reçue, les personnes les plus pauvres et les plus démunies de diplômes sont aujourd'hui plutôt moins concentrées sur le territoire que les personnes les plus riches10 ".

Que se passe-t-il quand il y a une exigence légale de mixité sociale, lorsque l'article 55 de la loi SRU (Solidarité et renouvellement urbain) de 2000 oblige, sous peine de sanctions, toutes les communes à partir d'une certaine taille à disposer d'ici 2015 d'au moins 20 % de logements sociaux ? La contrainte sociologique qui reproduit les effets de ségrégation est ici impitoyable, car sa force va au-delà des décisions politiques, des politiques publiques et des règles d'attribution des logements sociaux. Six de leurs occupants ne sont-ils pas inscrits au Bottin mondain sous la double adresse " au château le week-end, en HLM la semaine11 " ? En raison d'investissements importants pour acheter des terrains et des logements, Neuilly n'acquitte plus de taxes depuis 2004 alors que c'est, avec Vaucresson, la commune des Hauts-de-Seine ayant le moins de logements sociaux. Pour comparer, Boulogne-Billancourt, qui a connu une forte transformation sociologique de sa population très marquée par le monde ouvrier à l'époque des usines Renault, connaît 11 % de logements sociaux et paie, à raison de 154,50 euros par logement défaillant, plus de 7 millions d'euros d'amendes[9] (p. 33). En 2007, le prix moyen était de 6 383 euros du m2 à Neuilly. Aussi, en 2005, seulement 2,6 % de son parc de logement était composé de HLM. Le revenu annuel médian est de 36 924 euros par ménage, ce qui signifie que la moitié de sa population dispose d'un revenu de plus de 3 000 euros par mois. Neuilly a voté à 87 % pour N. Sarkozy au second tour des élections présidentielles de 2007. Par contre, à Gennevilliers, qui connaît 63,5 % de HLM et a voté Sarkozy à 31 % (soit un peu plus du tiers de Neuilly), le prix moyen du m2 est du tiers, 2 360 euros pour un revenu médian de plus de 900 euros par mois (un peu moins du tiers). La dispersion des voix y est donc beaucoup plus forte qu'à Neuilly, y compris en faveur du Front national lors du premier tour dans cette municipalité pourtant communiste. D'un point de vue idéologique, dans la haute société et la grande bourgeoisie, la cohésion apparaît donc beaucoup plus grande que pour les catégories plus populaires. Aussi peut-on se poser la question : " Est-ce parce que les terrains et les logements d'un quartier sont chers que, seule, la partie la plus aisée de la population y réside, ou est-ce au contraire parce que la population la plus aisée a choisi de vivre dans un quartier que l'espace y est plus cher qu'ailleurs ? Une question lourde d'implications sur le choix des politiques urbaines à conduire12. "

Une écriture en couple

Bien décrit dans leur journal d'enquête[8], le fait d'écrire à quatre mains depuis 1989 est un acte intime qui n'a que de rares précédents littéraires entre frères (les Goncourt) ou sOeurs (les Brontë, Benoîte et Flora Groult), encore plus pour un couple qui comme pour Nicci French réunit les auteurs de roman policier Nicci Gerrard et son mari Sean French.

Un jour, la commission du CNRS, qui promouvait les deux sociologues au fur et à mesure que s'accumulaient leurs livres, exigea pour les évaluer de savoir qui faisait quoi, leur imposant de publier dans l'incontournable Revue française de sociologie. Ce couple a réussi à imposer un travail collectif totalement solidaire l'un de l'autre, fruit d'une union très productive professionnellement. Ce n'est généralement pas le cas des personnes qui, travaillant en équipe, se partagent au moment de rédiger chacun un chapitre ou une partie et dont le travail redevient donc individuel. Moins par moins peut aboutir à plus, comme un plus un permettent une dynamique à l'équipe qui donne comme résultat plus que deux. Leur trajectoire était pourtant improbable, imprévisible tant les individualités qui la composaient n'étaient pas programmées pour travailler ensemble sur ce milieu dont chacun était fort éloigné, bien que de façon différente l'une et l'autre. Monique est en effet issue de la bourgeoisie provinciale : son père était procureur à Mende, préfecture de Lozère. La distance était plus grande pour Michel, fils et petit-fils d'ouvriers polisseurs des Ardennes. Il a fallu beaucoup de courage à ces deux êtres plutôt timides pour exposer leurs travaux par l'écriture ou des conférences, tellement ils préfèrent être tranquilles que dans les cercles mondains parisiens. L'écriture se nourrit de la motivation de l'autre qui attend. Concrètement, Monique écrirait d'abord plutôt une première proposition qui va faire l'objet d'un va-et-vient. Les deux coauteurs vont travailler et retravailler de façon solidaire en formant une équipe sans rivalité par rapport à l'institution du CNRS qui ne valorise que le travail individuel des chercheurs et les évalue finalement selon le mérite personnel.

La principale difficulté quand l'observateur n'est pas issu du même milieu que l'observé est de surmonter son appréhension, la violence symbolique en langage sociologique. Elle se manifeste par le fait de subir l'affirmation devant soi de son infériorité. Par exemple, ceux qui en raison de leur statut social la ressentent en ne s'estimant pas aptes ou dignes d'en avoir le droit, en n'osant pas rentrer dans les boutiques de luxe (de Christian Dior, Chanel, Guy Laroche, Christian Lacroix, Jean-Louis Scherrer, Thierry Mugler, Céline ou Nina Ricci) de l'avenue Montaigne, alors qu'il s'agit de commerces dont l'entrée est libre et donc ouverts à tous.

C'est aussi l'une des raisons pour lesquelles il ne va pas de soi, aux catégories les plus populaires, d'entrer dans des musées malgré tous les efforts qui ont été faits, comme à Beaubourg, pour en démocratiser l'accès. Car ces monuments, comme le Louvre, se présentent encore trop souvent comme des temples ou des églises dédiés à l'art, où un culte doit avoir lieu dont on ne maîtrise pas les règles. Cette violence symbolique qui doit toujours être surmontée explique d'ailleurs le silence des sciences sociales vis-à-vis des dominants, d'autant que notre président de la République a mis en scène (au Fouquet's ou sur le yacht de Vincent Bolloré) cette haute bourgeoisie et ses réseaux méconnus qui étaient auparavant cachés dans l'ombre. Même un lycéen peut éclairer ce pôle de la société, en notant tout ce qu'il voit quand une excursion scolaire est organisée. Car celui qui s'est hissé à force d'efforts au grade de directeur de recherches du CNRS n'a pas envie de lever la tête pour voir au-dessus de lui des gens qui sont dans le cumul. Cela lui est souvent insurmontable, insupportable à ressentir dans son corps.

Étudier le Gotha comme des Papous

Que les 900 sociologues payés par le contribuable qui sont recensés dans l'enseignement supérieur ou la recherche laissent à l'ombre de leurs investigations un groupe social reste encore un mystère. " À commencer par les chercheurs qui, même lorsqu'ils sont spécialisés en sociologie urbaine, abordent rarement les problèmes urbains à partir d'une de ses causes, à savoir cette agrégation des familles dans la haute société dans les mêmes espaces qui, en cascade, génère la spéculation immobilière, rend les centres urbains inabordables et reproduit dans l'espace physique les discriminations et les injustices de l'espace social "[16] (p. 271-272). En 1987, après avoir été introduits dans l'ancienne bourgeoisie de Neuilly par un de leurs collègues, Paul Rendu13, qui en était issu, les auteurs l'ont été auprès de la noblesse et ont respecté la règle du jeu de ce milieu qui veut que, si quelqu'un les recommande auprès d'un tiers, celui-ci ne peut leur refuser un entretien sans désobliger la première personne. Ceci est un petit milieu qui fonctionne comme une toile d'araignée, un réseau de don et de contre-don où la transcription avant publication des bandes magnétiques enregistrant les entretiens sont par exemple échangées contre les statistiques des membres du Jockey Club.

Ces règles sont respectées sans chercher à se maquiller ni à " mettre les babouches de l'indigène ", en appliquant la théorie des rapports sociaux de domination de Pierre Bourdieu14. Cette dernière soulève beaucoup d'intérêt chez les dominés, mais les dominants s'y reconnaissent aussi parfaitement puisqu'ils apprécient beaucoup ce genre de travaux, en reconnaissant que " c'est exactement cela ". " En général, nos textes sont bien acceptés par le milieu fortuné de la noblesse et de la grande bourgeoisie ancienne. " ([16], p. 274). À ceux, en particulier qui furent proches de Bourdieu, qui jugèrent leurs travaux à la limite de la complaisance envers leur objet, les auteurs affirment ne pas être dupes de ce qu' " une sociologie critique peut devenir une arme pour la défense de positions dominantes dont elle dévoile le fonctionnement " (p. 275) et que " l'instrumentalisation d'une sociologie critique aide la grande bourgeoisie à mieux se connaître et à mieux lutter pour maintenir se prérogatives " (p. 276).

Il est possible de comprendre ce milieu, même si l'on en est étranger ou très éloigné. C'est même pour le sociologue un avantage d'être extérieur à la population qu'il étudie, car cela lui laisse la possibilité d'être surpris par certaines de ces pratiques, comme, par exemple, l'intense sociabilité de la haute bourgeoisie qui a un cocktail à 17 heures, puis un vernissage à 19 heures, enfin un dîner en ville à 21 heures. Les membres de ce milieu ont leurs soirées totalement occupées par des pratiques pouvant apparaître de l'extérieur comme dénuées d'intérêt, surtout quand elles se répètent presque tous les jours de la semaine. C'est en fait un travail social très important, car, au travers de toutes ces pratiques, ce qui est en jeu est l'accumulation et l'entretien des relations sociales nouées par ces personnes. Nourrir ces réseaux, les conforter dévore littéralement le temps mais leur donne un pouvoir fantastique, puisqu'ils permettent de connaître des personnes importantes situées au plus haut niveau de pouvoir dans toutes les domaines d'activité de la société, beaucoup plus que pour la sociabilité des couches moyennes et des classes populaires qui joue, avant tout, sur des réseaux d'amitié et de solidarité ; le patron d'un grande entreprise de 5 000 salariés, un général d'armée, un membre de l'Institut, un professeur de médecine réunis lors d'un dîner peuvent mobiliser des ressources fantastiques.

La place sociale de la bourgeoisie

Le libéralisme caractérise l'idéologie dominante de la bourgeoisie, qui se représente la société comme un univers de concurrence où le meilleur doit gagner : son discours magnifie l'individualisme théorique de l'économie de marché et de la loi de la concurrence. Elle pratique en fait un collectivisme tout à fait original et inattendu, allant jusqu'à limiter la propriété privée pour bénéficier d'un bien collectif. Ainsi, à Paris, la villa Montmorency15 est une communauté inaccessible et soigneusement gardée, espace totalement privé : en franchir ses grilles suppose d'y avoir été autorisé par l'un de ses habitants. Dans cet ensemble d'une cinquantaine de " maisons unifamiliales de campagne et d'agrément " de 300 à 800 m2 habitables sur des parcelles de 3 000 m2 chacune près de la porte d'Auteuil, il existe un règlement de copropriété et un cahier de charges qui détermine la couleur d'origine des façades et des volets pour maintenir la valeur esthétique de l'ensemble. Tout ceci limite donc la liberté individuelle des propriétaires au profit d'un sens du collectif, de l'intérêt global du groupe ; les clôtures doivent être par exemple végétales, et il est impossible de construire quoi que ce soit sans avoir l'aval de la copropriété.

Les procédures de cooptation montrent bien que les propriétaires ont conscience de leurs intérêts communs et des limites de leur groupe. Le sens du collectif s'est imposé aux individus quand le milieu des industries du luxe a dépêché Arnaud Lagardère, patron d'un important groupe de médias, pour départager messieurs Pinault et Arnault, lorsque la bataille pour l'achat du joaillier Gucci était devenue un spectacle néfaste pour l'image de marque de ce secteur.

Aussi la bourgeoisie forme une classe sociale objectivement pour elle-même, c'est-à-dire une classe en soi mais dans la manière dont ses membres voient réellement la société, ce sont les individus qui en sont les éléments moteurs. La société ou le monde, selon eux, ce sont les leurs. S'ils ont bien conscience de leurs intérêts collectifs, il y a aveuglement de leur côté, car, même dans leur façon de s'exprimer, il n'y a pas à proprement parler de lutte des classes. L'impression d'enquête est que leur société, qui existe du fait qu'ils sont toujours entre eux à l'échelle de la planète, est celle qu'ils rencontrent aux sports d'hiver : les autres n'existent pas, ils ne les voient pas.

L'agrégation des classes supérieures s'accentue avec le temps. Non seulement la grande bourgeoisie choisit traditionnellement de vivre à l'écart des autres catégories sociales, mais les autres, plus populaires, subissent la ghettoïsation, et les couches moyennes connaissent un phénomène de gentrification par les " bourgeois bohêmes " qui n'est pas incompatible avec la vogue des lotissements sécurisés et des communautés fermées. L'exemple du projet de Grand Paris, qui serait un pôle très développé et attractif à l'échelle mondiale laissant pour compte d'autres territoires qui risquent d'être communautarisés, y compris religieusement, témoigne d'une orientation beaucoup plus segmentée des politiques de l'habitat et du logement souhaitée par le nouveau président de la République et d'une multiplication des formes de ghettos[25].

La ségrégation sociale a-t-elle augmenté ?

À cette question, Edmond Préceteille répond que, dans l'espace parisien, ce sont les classes supérieures qui sont le plus ségrégées et que " leur auto-ségrégation s'intensifie, car elles sont à la fois le moteur et les bénéficiaires de cette ségrégation ". " L'idée que la ségrégation sociale a augmenté et qu'elle concerne avant tout les catégories défavorisées fait partie du sens commun politique, médiatique, académique [...]. Parmi les catégories populaires, les plus ségrégués sont les ouvriers dont les effectifs décroissent, alors que la plupart des catégories d'employés et des professions intermédiaires connaissent une ségrégation décroissante avec des effectifs croissants. Ces tendances générales résultent d'évolutions spatiales bien plus diversifiées que la dualisation souvent avancée. Elles se traduisent par une exclusivité accrue dans les espaces les plus bourgeois, qui s'élargissent, mais par des évolutions diversifiées des quartiers populaires ouvriers, où l'appauvrissement social est une modalité minoritaire mais préoccupante. Si la situation de mixité sociale reste la modalité résidentielle la plus fréquente pour les classes moyennes et populaires, le tissu social de ces espaces est menacé par la montée du chômage et de la précarité, qui affectent de façon croissante les classes moyennes elles-mêmes16. "

Les nouveaux riches[10] sont très différents des dynasties bourgeoises[11], car ces enrichis, qui ont fait fortune durant leur vie active, ont beaucoup de mal à se faire admettre à l'entrée des grands cercles qui leur restent fermés. En même temps, l'aristocratie financière17 réunit ceux qui, sous l'Ancien Régime, étaient anoblis par le roi qui reconnaissait ainsi l'apport de certaines personnes, le mérite de ces familles à la richesse de la nation ou bien à sa défense militaire. Il y avait ainsi des entrées possibles dans une noblesse qui n'était pas un corps complètement fermé. La situation est aujourd'hui similaire avec d'un côté Ernest-Antoine Seillière de Laborde. Cet ancien patron du Medef, à présent responsable du patronat européen au sein de l'Unice18 descend d'une noblesse pontificale d'ailleurs assez récente puisqu'elle remonte à la fin du XIXe siècle et aussi, un peu au-delà, d'une élite fortunée avec la famille de Wendel qui fut influente au sein du comité des Forges. De l'autre côté, les Arnault, Pinault, Bouygues et Lagardère sont des familles en cours d'ascension sociale, qui pourront à terme devenir à part entière membres de cette aristocratie de l'argent si elles réalisent ce qu'il faut faire, comme par exemple constituer une dynastie familiale. Elles ont d'ailleurs déjà transmis ou sont en train de transmettre de très gros patrimoines à leur deuxième génération, alliant leurs richesses financières accumulées à leur capital culturel et social. Par la diversité des élites représentées qui y participaient parmi 650 invités, le mariage de Delphine Arnault au château d'Yquem, en septembre 2005, peut être présenté comme une forme d'anoblissement républicain de cette famille qui n'est pas sans rappeler les élites anciennes de " la société de cour " dépeinte par Norbert Élias. C'est donc non seulement l'accumulation du patrimoine mais aussi la diversification du portefeuille de capitaux qui permet d'entrer dans ces milieux très fermés.

Au contraire, malgré sa fortune rapide, Bernard Tapie a été rejeté pour avoir commis ce qu'il ne fallait pas faire, et ceci explique en grande partie l'aggravation de ses difficultés jusqu'à la réprobation générale dont a fait l'objet l'arbitrage final de ses différends.

Bibliographie

    Références des auteurs

    Michel Pinçon
    [1] Cohabiter. Groupes sociaux et modes de vie dans une cité HLM, Plan Construction, " Recherches ", 1982.
    [2] Désarrois ouvriers. Familles de métallurgistes dans les mutations industrielles et sociales, Paris, L'Harmattan, " Logiques sociales ", 1987.
    Monique Pinçon-Charlot
    [3] En collaboration avec Edmond Préteceille et Paul Rendu, Ségrégation urbaine. Classes sociales et équipements collectifs en région parisienne, Paris, Anthropos, 1986.
    Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot
    [4] Dans les beaux quartiers, Paris, Le Seuil, " L'épreuve des faits ", 1989, rééd. 2001.
    [5] Quartiers bourgeois, quartiers d'affaires, Paris, Payot, " Documents ", 1992.
    [6] La Chasse à courre, ses rites et ses enjeux, Paris, Payot, 1993, nouvelle éd. " Petite Bibliothèque Payot ", 2003.
    [7] Grandes fortunes, Dynasties familiales et formes de richesse en France, Paris, Payot, 1996, rééd. " Petite Bibliothèque Payot ", 1998.
    [8] Voyage en grande bourgeoisie - Journal d'enquête, Paris, Puf, 1997, rééd. Puf, " Quadrige ", 2002.
    [9] Les Rothschild, une famille bien ordonnée, Paris, La Dispute, " Instants ", 1998.
    [10] Nouveaux patrons, Nouvelles dynasties, Paris, Calmann-Lévy, 1999.
    [11] Sociologie de la bourgeoisie, Paris, La Découverte, " Repères ", 2000, nouvelle éd. 2003.
    [12] Paris mosaïque. Promenades urbaines, Paris, Calmann-Lévy, 2001.
    [13] Justice et politique : le cas Pinochet, Paris, Syllepse, 2003.
    [14] Sociologie de Paris, Paris, La Découverte, " Repères ", 2004.
    [15] Châteaux et châtelains. Les siècles passent, le symbole demeure, Paris, Anne Carrière, 2005.
    [16] Les Ghettos du gotha. Comment la bourgeoisie défend ses espaces, Paris, Seuil, 2007.
    Autres références
    [17] Chamboredon J.-C., Lemaire M., " Proximité spatiale et distance sociale : les grands ensembles et leur peuplement ", Revue française de sociologie, janvier-mars 1970, vol. XI-1, p. 3-33.
    [18] Mc Kenzie R., " Le voisinage. Une étude de la vie locale à Colombus, Ohio ", traduction française de " The Neighborhood : a study of local life in the city of Colombus, Ohio ", The American Journal of Sociology, vol. 27, septembre 1921, in Grafmeyer Y. et Joseph I. (présentation de), L'École de Chicago - Naissance de l'écologie urbaine, Les éditions du Champ urbain, CRU, 1979.
    [19] Castells M., La Question urbaine, Paris, Maspéro, 1972.
    [20] Wirth L., Le Ghetto (1928), Grenoble, Pug, 1980.
    [21] Grafmeyer Y., Quand le Tout-Lyon se compte. Lignées, alliances, territoires, Lyon, Presses universitaires de Lyon, 1992.
    [22] Le Wita B., Ni vue ni connue : approche ethnographique de la culture bourgeoise, Paris, éditions de la Maison des sciences de l'homme, 1988.
    [23] Elias N., Scotson J. L., The Established and the Outsiders, Londres, Sage Publications, 1965, traduit en français avec une préface de Michel Wiewiorka sous le titre Logiques de l'exclusion. Enquête sociologique au cOeur des problèmes d'une communauté, Paris, Fayard, 1997.
    [24] Young M., Willmott P., Le Village dans la ville, Paris, Centre de création industrielle, Centre Georges-Pompidou, 1983.
    [25] Lapeyronnie D., Courtois L., Ghetto urbain. Ségrégation, violence, pauvreté en France aujourd'hui, Paris, Robert Laffont, 2008.

(1) À l'exception d'un ouvrage consacré aux poursuites judicaires contre le dictateur chilien Pinochet[13].

(2) Institut de recherche sur les sociétés contemporaines.

(3) Voir leur site www.csu.cnrs.fr et Topalov C., " Le Centre de sociologie urbaine", Politix, n° 20, 1992, p. 195-201

(4) Les chiffres entre crochets renvoient à la bibliographie en fin d'article.

(5) La dernière grande forge de Nouzonville est le sujet du documentaire de Marcel Trillat, Silence dans la vallée, 2006, auquel les deux sociologues ont collaboré.

(6) Comme le montre le documentaire de Jean-Christophe Rosé, Voyage dans les ghetto du gotha, diffusé le 12 octobre dernier sur France 3.

(7) Grange C., Les Gens du Bottin mondain, 1903-1987, Paris, Fayard, 1996.

(8) Du nom d'une série télévisée de cinq épisodes d'un documentaire d'Antoine Gallien diffusés par Arte, durant la semaine du 4 au 9 septembre 2005.

(9) Pinçon M., "Des communautés peu ordinaires: élites sociales et comités de défense dans les beaux quartiers ", in Haumont N. (éd.), La Ville: agrégation et ségrégation sociales, Paris, L'Harmattan 1996.

(10) Maurin É., " La ségrégation urbaine, son intensité et ses causes ", in Paugam S. (sous la dir. de), Repenser la solidarité. L'apport des sciences sociales, Paris, Puf, " Le Lien social ", 2007.

(11) Krémer P., en collaboration avec Pinçon M. et Pinçon-Charlot M., " Enquête sur les HLM de Neuilly ", Le Monde 2, n° 206, 26 janvier 2008.

(12) Granelle J.-J., " Les marchés fonciers, causes ou conséquences de la ségrégation urbaine ? ", Études foncières, n° 99, septembre-octobre 2002.

(13) Auquel leurs différents ouvrages rendent un hommage régulier.

(14) Ainsi, " la manière de gérer le corps est lue comme une expression symbolique de la place dans le monde et du rapport à celui-ci dominant ou dominé "[16] (p. 12).

(15) Y cohabitent vedettes du spectacle telles Sylvie Vartan, Rika Zaraï ou Carole Bouquet et des affaires comme Vincent Bolloré et Corinne Bouygues[12] (p. 259-267).

(16) Préceteille E., " La ségrégation sociale a-t-elle augmenté ? ", Sociétés contemporaines, n° 62, 2006.

(17) " Installée sur le trône, elle dictait les lois aux Chambres, distribuait les charges publiques, depuis les ministères jusqu'aux bureaux de tabac ", Marx K., Les Luttes de classes en France 1848-50, Paris, Éditions sociales-Messidor, 1984, p. 81.

(18) Union des confédérations de l'industrie et des employeurs d'Europe.

Idées, n°156, page 67 (06/2009)

IDEES - Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot, entomologistes de la bourgeoisie