Lectures

Economie de la mondialisation
Opportunités et fractures
Jean-Pierre Allegret, Pascal Le Merrer.
Bruxelles, De Boeck, 2007, coll. " Ouvertures économiques ", 334 pages
ISBN : 280453274

L'objectif de ce manuel, conçu pour les étudiants de l'enseignement supérieur (et idéal pour les enseignants !), est de présenter un état des lieux de l'économie de la mondialisation, tant sur le plan factuel que théorique. Sur ce thème largement discuté, Jean-Pierre Allegret et Pascal Le Merrer réussissent le tour de force de présenter un bilan très complet, et surtout très serein, qui souligne à la fois les avantages et les limites de la mondialisation.

En partant d'une approche historique, les auteurs nous rappellent tout d'abord que " la mondialisation n'est pas un phénomène nouveau " (A. Sen). Dès le XIXe siècle, les économies s'internationalisent, et cette première vague de mondialisation est d'une ampleur plus grande que la seconde vague que nous connaissons depuis la fin du XXe. La véritable nouveauté de la mondialisation (globalization) actuelle concerne le mode d'intégration des économies et la nature de l'intégration financière.

Sur le plan des échanges commerciaux, la forme prise par la nouvelle division internationale du travail (DIT) est aujourd'hui bien connue : poids croissant des services ; échanges de composants tout autant que de biens finis ; rôle majeur des firmes multinationales ; commerce intrabranche et intrafirme...

Comment peut-on comprendre cette nouvelle vague de mondialisation ? La théorie traditionnelle du commerce international (Ricardo, HOS...) a été élaborée pour expliquer la DIT traditionnelle : échange entre nations (Portugal et Angleterre, dans l'exemple célèbre de Ricardo) de produits différents (drap et vin, dans le même exemple). Il faut donc l'enrichir pour prendre en compte les différences technologiques, le goût pour la diversité des consommateurs, la recherche de rendements d'échelle croissants par les firmes, les stratégies de différenciation des produits, les externalités positives liées aux choix de l'implantation géographique des entreprises...

Cette mondialisation des échanges engendre plus de bénéfices économiques en termes de croissance économique et de bien-être qu'elle ne génère de pertes. Cependant, les auteurs soulignent aussi les tensions qui se développent sur le marché du travail et la croissance des inégalités. Paul Krugman lui-même, qui affirmait par le passé que la mondialisation n'était pas coupable des inégalités, est revenu aujourd'hui sur sa position.

J.-P. Allegret et P. Le Merrer sont en revanche beaucoup plus critiques sur la mondialisation financière en adoptant la conclusion de Jagdish Bhagwati pour qui " les affirmations concernant les bénéfices colossaux procurés par la liberté de circulation des capitaux ne sont pas convaincantes ". Depuis les années 1980, la mondialisation financière a engendré des crises récurrentes qui ont des effets sur la sphère réelle des pays qui les subissent (Argentine, par exemple) et qui se propagent dans le monde par un effet de contagion.

Ces crises financières traduisent de véritables défaillances de marché qui contredisent l'efficience théorique supposée de ces marchés financiers. Les nouvelles théories de la finance insistent ainsi sur les asymétries d'information entre prêteurs et emprunteurs, sur le mimétisme des opérateurs financiers, sur les réactions inadaptées des banques (par exemple le rationnement du crédit)... Pour suppléer ces marchés défaillants, une véritable régulation mondiale s'impose. J.-P. Allegret et P. Le Merrer montrent que les institutions internationales ont été conçues sur le modèle de clubs (de pays riches !). Elles ne sont plus aujourd'hui représentatives du poids des nouveaux acteurs de la mondialisation (Chine, Inde, Brésil...) et ne reflètent pas les attentes de la société civile.

Faut-il alors créer de nouvelles institutions à l'image du Conseil économique et social créé par l'ONU, ou doit-on modifier l'architecture financière internationale, comme le prône Michel Camdessus (ancien directeur général du FMI) ?

Mettre enfin un pilote dans l'avion de la mondialisation est indispensable, mais responsabiliser les acteurs privés l'est tout autant.

Gilles Martin, professeur de SES au lycée Lakanal de Sceaux (92).

Idées, n°152, page 76 (06/2008)

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