Dossier

L'épreuve de SES au baccalauréat : évolutions et permanences1

Vincent Paes, étudiant en master " Informations et journalisme économique ", université Paris-I-Panthéon-Sorbonne (75)

L'épreuve du baccalauréat est le moyen d'évaluer les connaissances acquises. Elle doit être perçue comme la cristallisation des attentes d'une discipline. Les évolutions et les permanences de l'épreuve peuvent être interprétées comme une transformation des attentes. Quelles ont été celles de l'épreuve de SES sur la période 1996-2007 ?

Depuis 1995, la structure de l'épreuve de baccalauréat de tronc commun des sciences économiques et sociales n'a pas connu de changements ; elle comporte deux types d'épreuves : une dissertation sur documents et une question de synthèse étayée par un travail préparatoire (QSTP). Mais qu'en est-il au niveau du fond et de la forme ? L'épreuve a-t-elle subi des évolutions ? De nombreux professeurs estiment qu'elle a connu plusieurs changements : baisse du niveau, omniprésence de la thématique du travail et emploi et prédominance de l'économie sur la sociologie dans le choix des sujets. Pour vérifier ces hypothèses, nous allons étudier les deux composantes essentielles de l'épreuve : le sujet et le dossier documentaire.

La formulation des sujets : inchangée

Pour les deux épreuves, on retrouve le même souci dans l'élaboration du sujet. Le sujet est exprimé le plus souvent dans une phrase interrogative. Dire que la formulation du sujet doit être " simple " ne signifie pas que le sujet doive l'être, d'autant plus que le problème doit, de préférence, être original dans le sens où il ne s'agit pas d'une question de cours. Voilà où résident toutes les difficultés de la formulation des sujets de dissertation. Pour le dossier documentaire, le sujet doit clairement donner l'organisation de la synthèse attendue et offre implicitement la problématique attendue par le jury. Le libellé du sujet doit donc en être d'autant plus clair. On retrouve ainsi chaque année, de façon presque caricaturale, la même structure. Entre 1996 et 2007, la formulation des sujets a toujours la même structure : " Après avoir [...], vous montrerez/analyserez/présenterez/étudierez [...] ". On note l'injonction traduite par le futur de l'indicatif adressée directement aux candidats par le pronom de politesse " vous ".

La forme interrogative est caractéristique du sujet de dissertation. Entre 1996 et 2007, tous les sujets se présentent sous une forme interrogative. On repère deux manières de formuler les sujets : les questions ouvertes et les questions fermées. Les questions ouvertes représentent plus de 83 % des sujets et les questions fermées près de 17 %. Les questions posées portent sur l'étude d'un phénomène économique et/ou social. Dans plus de 58 % des cas, il s'agit d'en expliquer les principaux mécanismes. On retrouve ainsi, dans la formulation des sujets, trois fois le verbe " expliquer ", une fois " analyser ", deux fois " dans quelle mesure ? " et une fois le pronom interrogatif prépositionnel " en quoi ? ". Dans 17?% des cas, il s'agit d'en analyser les conséquences économiques et sociales. Les deux sujets sont alors du type : " Quels sont les effets de ".

Enfin, l'étude de la relation entre deux phénomènes apparaît seulement une fois sous la forme " Quelles relations peut-on établir entre ". On note au passage la distanciation qu'établit le pronom indéfini " on " entre le jury et le candidat. Si l'on regarde les sujets antérieurs, on s'aperçoit que la formulation des sujets n'a que peu évolué sur cette période. L'explication d'un phénomène demeure toujours le sujet le plus fréquent. Cependant, la formulation des questions précise de plus en plus le sujet, ce qui permet de mieux encadrer et orienter les élèves dans leur réflexion et d'éviter ainsi les hors-sujets. Il y a aussi peut-être une volonté de se rapprocher de l'épreuve de synthèse qui guide la réflexion de l'élève à travers les questions préparatoires et la formulation du sujet. Il est cependant difficile, au vu de ce seul constat, de parler de baisse d'exigence de la part du jury au niveau de la dissertation.

La formulation de la question de synthèse présente, comme nous l'avons vu, toujours la même structure : " Après avoir [...], vous [...] ". Sur notre période d'étude, seule l'année 1997 fait figure d'exception. La formulation du sujet garde cependant sa nature structurante puisqu'il propose également l'organisation de la synthèse : " Montrez que le progrès technique peut avoir des effets négatifs, mais aussi positifs sur l'emploi. " Les verbes utilisés reviennent fréquemment, on retrouve ainsi plusieurs fois les verbes suivants : " vous montrerez ", " vous analyserez ", " vous étudierez ", " mettre en évidence ", " vous présenterez " et " vous expliquerez ". Dans la question de synthèse, l'étude d'un phénomène économique et/ou social est appréhendée de façon assez équitable, soit par son explication, soit par l'analyse de ses conséquences. Comme dans la dissertation, la relation entre deux phénomènes occupe une place réduite parmi les sujets. Peut-être parce que ce type de sujet est souvent perçu comme plus difficile ; en effet, les élèves oublient souvent de prendre en compte les éventuelles interactions entre les deux phénomènes. Au vu de ces résultats, on peut dire qu'il n'y a pas eu de réelle évolution quant à la forme du libellé de la question de synthèse, sa structure restant la même.

Types de formulations pour l'épreuve de dissertation

 Question ouverteQuestion fermée
Expliquer
un
phénomène
Conséquences
d'un
phénomène
Relation
entre deux
phénomènes
2007X   
2006 X  
2005X   
2004X   
2003   X
2002X   
2001   X
2000 X  
1999X   
1998X   
1997  X 
1996X   
Total sur
la période
7212
Pourcentage58,3 %16,7 %8,3 % 
83,3 %16,7 %

Types de formulations pour l'épreuve de question de synthèse

 Expliquer
un
phénomène
Conséquences
d'un
phénomène
Relation
entre deux
phénomènes
2007 X 
2006X  
2005 X 
2004  X
2003X  
2002X  
2001X  
2000 X 
1999X  
1998X  
1997 X 
1996 X 
Total sur
la période
651
Pourcentage50 %41,7 %8,3 %

Le travail préparatoire : moins d'interprétation, plus d'explication

Le travail préparatoire est la caractéristique principale de cette nouvelle épreuve. Les questions ont pour but de diriger les élèves dans la compréhension des documents et dans leur utilisation pour répondre à la question de synthèse. Entre 1996 et 2007, les sujets sont composés de cinq ou six questions de synthèse qui portent soit sur des notions de cours, soit sur l'étude et l'analyse d'un des documents. En effet, l'objectif du travail préparatoire est de vérifier la maîtrise du vocabulaire économique et social et de savoir-faire (calculs, graphiques) et de mesurer la capacité d'analyse sur certains éléments des documents, en liaison avec le sujet de la question de synthèse. Cet exercice permet de montrer si l'élève est capable de comprendre des expressions économiques et sociales, de distinguer idées principales et idées secondaires et de définir les notions clés évoquées dans les documents.

Sur notre période d'étude, on s'aperçoit que les questions portent majoritairement sur l'exploitation d'un argument ou d'une idée contenue dans le document (plus de 60 % des questions). Cependant, l'étude des documents fait souvent appel aux connaissances de façon directe (13,3 %) ou de façon indirecte (plus de 50 %). Ainsi, à travers les questions, on retrouve bien les différents objectifs du travail préparatoire. Enfin, sur toute la période, aucune question ne porte sur l'étude de plusieurs documents à la fois. Sans doute, cela est-il jugé, par le jury, trop déstabilisant pour le candidat.

On s'aperçoit qu'à partir de 2002 la structure des exigences est modifiée. On peut ainsi dégager quatre tendances qui demandent à être confirmées dans les années à venir : la place de l'étude et de l'interprétation des graphiques tend à baisser, la place des connaissances personnelles diminue légèrement, l'exploitation des documents joue un rôle de plus en plus prépondérant et l'explication d'arguments ou d'idées contenues dans le texte augmente.

La diminution des questions portant sur des connaissances personnelles est à relativiser. En effet, les connaissances personnelles ne sont plus testées directement mais doivent être de plus en plus mobilisées lors de l'explication d'idées ou d'arguments contenus dans le texte. Cette évolution s'approche, à mon sens, des objectifs de la discipline, puisqu'elle amène l'élève à mener une réflexion dans laquelle il doit être capable d'utiliser des connaissances déclaratives et procédurales apprises durant sa formation. L'augmentation des questions portant sur les idées contenues dans un texte peut être interprétée comme une baisse du niveau des élèves, puisqu'elles aident de plus en plus les élèves à extraire les idées principales sans qu'ils aient besoin de les chercher eux-mêmes.

Des évolutions thématiques marquées

De façon générale, on constate que si la dissertation est à dominante économique, la question de synthèse sera alors à dominante sociologique. La seule exception étant l'année 2003, où les sujets de la dissertation et la question de synthèse étaient sur le thème " Travail et emploi ". Cependant, si l'on prend en compte le thème mixte, l'économie devient alors majoritaire avec 50 % des sujets, contre 37,5 % pour la sociologie et 12,5 % pour " Intégration européenne et politiques économiques et sociales ". On vérifie ainsi l'hypothèse selon laquelle l'économie jouerait, de plus en plus, un rôle prépondérant.

En regardant les évolutions sur deux périodes, 1996-2001 et 2002-2007, on remarque néanmoins que le " poids " de l'économie n'évolue pas, elle représente sur les deux périodes 50 % des sujets, mais c'est celui de la sociologie qui diminue. La baisse de la part de la sociologie (de 41,7 % à 33,3 %) dans les sujets s'explique par l'augmentation des sujets portant sur le thème mixte " Intégration européenne et politiques économiques et sociales " (de 8,3 % à 16,7 %). L'augmentation du thème mixte et, plus largement, des sujets mixtes est une évolution dans l'épreuve. Bien qu'encore largement minoritaire (seulement trois sur toute la période), les sujets mixtes traduisent, selon nous, un effort pour se rapprocher de la volonté des fondateurs, et pour montrer que sociologie et économie peuvent s'avérer complémentaires pour comprendre un phénomène.

Sur la période 1996-2007, on remarque qu'il existe des thèmes dominants. En économie, le thème " Travail et emploi " occupe à lui seul 25 % des sujets et, en 2003, les deux épreuves lui étaient consacrées (chose extrêmement rare). En sociologie, c'est le thème " Conflits et mobilisation sociale " qui prédomine avec 16,7 % des sujets. Le thème " Croissance, capital et progrès technique " (20,9 %) est, lui aussi, très présent dans l'épreuve. L'" Internationalisation des échanges et mondialisation " est le grand absent avec seulement un sujet de dissertation (2006) sur toute la période d'étude. Enfin, on constate, sur notre période d'étude, que le thème " Intégration européenne et politiques économiques et sociales " n'a été abordé que dans l'épreuve de question de synthèse.

Si l'on regarde maintenant les évolutions thématiques, on peut distinguer trois tendances : le thème " Conflit et mobilisation sociale " diminue fortement passant de 25 % à 8,3 % des sujets, " Travail et emploi " et " Croissance, capital et progrès technique " pèsent toujours autant sur les deux périodes, et le thème " Intégration européenne et politiques économiques et sociales " a considérablement augmenté, passant de 8,3 % à 16,7 %. La part des autres thèmes demeure stable et les légères fluctuations ne sont pas significatives.

Comment expliquer ces constats ? Nous pensons que le choix des sujets est indirectement (et même directement) influencé par l'actualité. En effet, les thèmes prédominants " Travail et emploi ", " Croissance, capital et progrès technique " et " Conflits et mobilisation sociale " sont des sujets récurrents de l'actualité française. Par exemple, les questions du chômage et de la croissance sont, depuis le début des années 1980, des sujets de préoccupation et de débat. Si l'on se concentre uniquement sur le thème " Conflits et mobilisation sociale ", on se rend compte qu'il existe une forte corrélation entre actualité et choix des sujets. De 1996 à 1998, ce thème est abordé trois fois de suite dans l'épreuve de dissertation, ce qui coïncide avec les grands mouvements de novembre-décembre 1995, suite aux réformes Juppé. Ensuite, alors que les mobilisations ont tendance à diminuer, on ne trouve aucun sujet portant sur ce thème jusqu'en 2006, année de la mobilisation étudiante contre le Contrat Nouvelle Embauche (CNE). Cependant, il est difficile d'expliquer comment le thème " Internationalisation des échanges et mondialisation " ne soit pas " tombé " plus souvent, alors que le sujet fait partie intégrante de l'actualité.

Types de questions posées dans le travail préparatoire

 Dégager
une idée/un argument
d'un document
Expliquer
l'idée/l'argument
d'un document
Définir/utiliser
une notion
d'un document
Interpréter
un graphique/schéma
Période
t2
20073120
20063201
20052310
20043201
20031302
20023110
Période
t1
20011113
20001211
19992111
19983201
19971113
19961212
 Total t2141244
Pourcentage t241,2 %35,2 %11,8 %11,8 %
Total t199511
Pourcentage t126,5 %26,5 %14,7 %32,3 %
Total2321915
Pourcentage33,8 %30,9 %13,3 %22 %

Le dossier documentaire : des évolutions contrastées

Le dossier documentaire garde une place prépondérante dans l'épreuve du baccalauréat - aussi bien dans la dissertation que dans la question de synthèse -, ce qui rend son étude pertinente pour comprendre l'évolution de l'épreuve. En effet, il cadre l'activité cognitive de l'élève et délimite les attentes des connaissances que l'on a à son égard. Les documents composant le dossier peuvent être de trois types : texte, graphique et schéma. De manière générale, les textes occupent dans les deux épreuves une place très importante. Ainsi, entre 1996 et 2007, c'est seulement dans l'épreuve de synthèse de 2003 que le nombre de textes n'est pas supérieur (ou égal) aux autres. Si l'on regarde plus précisément le dossier documentaire, on constate une légère baisse des textes. Entre 1996 et 2001, la moyenne de textes par dossier était de 3,7 alors qu'elle n'est plus que de 3,1 entre 2002 et 2007. Graphiques et tableaux compensent cette diminution mais gardent une part faible comparée à celle des textes. La diminution des textes a souvent été évoquée pour montrer la baisse du niveau du dossier documentaire. Cependant, il faut nuancer cette idée, car cela reviendrait à dire que les textes sont plus compliqués à comprendre que certains graphiques. Or, ce n'est pas toujours vrai. En effet, dans la plupart des cas, il faut posséder des savoir-faire pour déchiffrer et comprendre un graphique ou un tableau.

Le dossier documentaire de la question de synthèse connaît une évolution inverse. En effet, on constate une légère hausse du nombre des textes. Entre 1996 et 2001, la moyenne de textes par dossier était de 1,5 alors qu'elle est de 2 entre 2002 et 2007. Cela fait écho à notre analyse sur le travail préparatoire dans laquelle nous avions vu que les questions portaient de plus en plus sur les textes et moins sur les graphiques et les tableaux, qui représentent toujours un poids très faible dans l'ensemble du dossier documentaire. Au vu de ces résultats, on peut donc nuancer l'hypothèse selon laquelle le texte tend à jouer un rôle moins prépondérant dans le dossier documentaire. Graphiques et tableaux apparaissent toujours comme des documents complémentaires permettant de donner des exemples et de vérifier si les élèves sont capables de les comprendre et de les déchiffrer.

La taille du dossier documentaire varie en fonction des épreuves : six maximum pour la dissertation et quatre maximum pour la question de synthèse. Cette question de la taille a donné lieu à de nombreux débats. La baisse du volume a souvent été associée par les professeurs à une baisse du niveau de l'épreuve qui était, selon eux, moins exigeante envers les élèves. Cependant, il est difficile de concevoir que l'ajout ou le retrait d'un document du dossier conduisent automatiquement à en réduire le niveau. D'autant que, sur la période, plus de 80?% des épreuves contenaient le maximum de documents. Une autre dimension doit être aussi prise en compte pour évaluer le niveau du dossier documentaire : celui de la source des documents. Qui les a écrits ? Pour qui ?

Pour vérifier l'hypothèse selon laquelle le niveau du dossier documentaire diminue, il faut aussi regarder l'évolution de la source des documents. Pour cela, nous avons déterminé trois catégories de sources (organismes statistiques, livres et journaux) et trois catégories d'auteurs (organismes statistiques, professeurs et universitaires et journalistes). Cette typologie permet de classer les documents et de voir leur origine en fonction de leur difficulté. Pour cela, nous sommes obligé de faire l'hypothèse selon laquelle un document extrait d'un livre universitaire écrit par un professeur sera plus difficile qu'un graphique ou que l'extrait d'un article écrit par un journaliste. Les livres de professeurs et d'universitaires restent majoritaires dans les dossiers documentaires des deux épreuves, même si l'on constate une légère baisse. Les livres de la collection " Repères " sont les plus fréquents. Ainsi, le livre de Jacques Freyssinet, Le Chômage, est utilisé à trois reprises durant la période.

Les dossiers documentaires sont majoritairement extraits de livres (48,5 % pour la dissertation et 47,7 % pour la question de synthèse), mais on constate une forte baisse, puisque, sur la période 1996-2001, il est de 55,9 % alors qu'il n'est plus que de 41,2 % entre 2002 et 2007. En contrepartie, on s'aperçoit que les organismes statistiques (Insee, Dares, Eurostat et OCDE) sont de plus en plus fréquents, passant de 26,5 % à 32,3 % entre les deux périodes. L'augmentation de cette source ne veut pas dire pour autant que les graphiques ou les tableaux augmentent. En effet, le plus souvent, les documents des organismes statistiques sont des rapports d'études. On retrouve ainsi cinq fois des documents extraits de Insee Première. Les journaux et revues économiques voient, eux aussi, leur proportion augmenter, passant de 17,6 % à 26,5 % ; revues : Alternatives économiques (x 3) et L'Expansion (x 1), mais aussi des journaux : Le Monde (x 3) et Les Échos (x 2). Ces évolutions font apparaître une diversification des sources qui peut être ressentie aussi bien comme enrichissante que comme appauvrissante au niveau du contenu. Certes les textes de " grands auteurs " sont moins fréquents, mais, en diversifiant les sources, on propose aux élèves des dossiers documentaires plus riches.

Au niveau des auteurs, ce sont les professeurs et les universitaires qui sont majoritairement représentés, aussi bien en dissertation (50,9 %) qu'en question de synthèse (47,7 %). Mais si l'on regarde les évolutions, il faut distinguer les deux épreuves. En dissertation, le poids relatif des professeurs et universitaires diminue entre les deux périodes (55,5 % à 46,9 %), tandis qu'en question de synthèse son poids relatif augmente, passant de 42,1 % à 52 %. Le poids relatif des autres catégories d'auteurs reste stable ou leurs variations ne sont pas significatives pour conclure à une évolution. Enfin, on remarque aussi que, sur la période, on ne retrouve aucun des grands auteurs classiques qui restent cantonnés à l'enseignement de spécialité. Ce constat s'explique par le fait que le jury ne veut pas avantager, pour l'épreuve du tronc commun, les élèves ayant suivi l'enseignement de spécialité. Au vu de ces évolutions et de ces permanences, il est difficile de conclure à une baisse du niveau du dossier documentaire. Certes, la part des professeurs et universitaires a diminué, mais cette évolution est compensée par l'augmentation des textes. Il faudrait examiner le contenu des différents textes pour voir si ceux-ci sont plus faciles à comprendre et à utiliser. Il faut alors s'interroger sur ce qu'est un bon dossier documentaire et comment appréhender sa difficulté.

Classement des sujets en fonction des thèmes du programme de terminale (1996-2007)

 ECONOMIEMIXTESOCIOLOGIE
Croissance,
capital
et progrès
technique
Travail
et emploi
Internationalisation
des échanges
et
mondialisation
Intégration
européenne
et politiques
économiques
et sociales
Stratification
sociale
et inégalités
Conflits
et
mobilisation
sociale
Intégration
et solidarité
Période
t2
2007Question
de synthèse
     Dissertation
2006  Dissertation  Question
de synthèse
 
2005 Dissertation Question
de synthèse
   
2004Dissertation   Question
de synthèse
  
2003Dissertation
Question
de synthèse
      
2002   Question
de synthèse
Dissertation  
Période
t1
2001Dissertation   Question
de synthèse
  
2000Question
de synthèse
     Dissertation
1999Question
de synthèse
Dissertation     
1998   Question
de synthèse
 Dissertation 
1997 Question
de synthèse
   Dissertation 
1996 Question
de synthèse
   Dissertation 
 Total t22312211
%16,7 %25 %8,3 %16,7 %16,7 %8,3 %8,3 %
50 %16,7 %33,3 %
Total t13301131
%25 %25 %0 %8,3 %8,3 %25 %8,3 %
50 %8,3 %41,7 %
Total56133342
%20,9 %25 %4,1 %12,5 %12,5 %16,7 %8,3 %
50 %12,5 %37,5 %

L'utilisation des documents

Un bon dossier documentaire est celui qui sera le plus utile au candidat, c'est-à-dire que ce dernier pourra l'utiliser pour montrer qu'il maîtrise les compétences et les connaissances apprises durant les cours. À cet égard, il ne semble pas, si l'on s'en tient aux instructions pour le baccalauréat, que la fonction des documents soit la même pour la dissertation et pour la question de synthèse étayée par un travail préparatoire. Dans le premier type d'épreuve, le dossier est là " pour aider le candidat à asseoir son travail sur des bases positives et des références précises ". Alors que, dans la question de synthèse, les documents doivent faire l'objet d'un travail d'analyse à travers lequel il est attendu que le candidat fasse preuve de compétences particulières révélées par ses réponses.

Cette distinction formelle peut expliquer les différentes évolutions que nous avons trouvées dans la structure du dossier documentaire, chacune des épreuves utilisant différemment le dossier. L'utilisation du dossier n'est donc pas la même dans les deux épreuves. Dans la dissertation, " Il est demandé au candidat [...] de mobiliser des connaissances et des informations pertinentes pour traiter le sujet, notamment celles figurant dans le dossier. " Comme ce ne sont pas les mêmes connaissances et compétences qui sont testées, il est normal que leur structure ne soit pas la même. Par exemple, dans la dissertation, l'utilisation des informations apportées par les documents est un outil pour que les élèves construisent une réflexion, tandis que, dans la question de synthèse, le dossier documentaire devient une contrainte et constitue un élément de l'évaluation à part entière à travers le travail préparatoire.

Un bon dossier documentaire est celui qui arrive à remplir au mieux ces critères. Il est difficile, alors, de juger de sa qualité en ne regardant que les critères que nous avons étudiés. Il faudrait aussi étudier la cohérence des documents vis-à-vis du sujet et voir ce qu'il apporte à sa compréhension. On peut, cependant, en juger la difficulté. Notre analyse permet de conclure que la difficulté et l'importance de la part des textes ont tendance à diminuer, si l'on considère que la difficulté d'un texte peut être appréhendée par sa longueur, sa nature et son auteur. Le travail préparatoire apparaît, de plus en plus, comme un commentaire de données plus qu'à une réelle préparation à une réflexion. Ce qui est bien en accord avec les rapports de nombreux professeurs qui se plaignent de la baisse des exigences et des attentes du jury vis-à-vis des élèves.

Le jury attend du candidat que le dossier documentaire soit utilisé dans la réponse donnée au sujet. La dissertation doit ainsi intégrer les documents dans la problématique sans pour autant que l'élève ne soit guidé dans son utilisation ; la question de synthèse, elle, est plus centrée sur la manipulation des statistiques. Les exigences du travail préparatoire font appel au référentiel d'outils statistiques. Ainsi, il arrive souvent que les élèves soient amenés à faire un calcul ou à commenter une donnée chiffrée.

Les deux épreuves sont donc le reflet d'exigences diverses. Le dossier documentaire joue, dans chacune des épreuves, un rôle différent. Son utilisation n'est donc pas la même dans les deux épreuves. La dissertation teste plus la réflexion (il faut problématiser le sujet), tandis que la synthèse vérifie davantage le commentaire à travers le travail préparatoire. La dissertation est souvent perçue comme plus difficile par les élèves. Ce qui peut expliquer les évolutions contraires du dossier documentaire de ces deux épreuves. Le dossier documentaire de la dissertation tend à devenir plus simple (cf. la baisse des textes et l'augmentation des lettres d'information d'organismes statistiques), tandis que le dossier de la question de synthèse tend à devenir plus compliqué (cf. l'augmentation des textes et des auteurs professeurs et universitaires). Ces deux évolutions peuvent avoir pour but de rétablir une certaine forme d'égalité entre ces deux épreuves.

Une épreuve toujours en construction, tout comme la discipline

L'enseignement économique et social (ES), cas peu fréquent d'insertion d'une nouvelle discipline dans le curriculum lycéen, a connu une évolution de ses contours et pratiques depuis sa création. Des tensions sont présentes entre les professeurs, montrant combien l'évolution des attentes ne se fait pas, indépendamment de l'acceptation et de la mise en oeuvre des textes par ceux à qui ils sont destinés. L'évaluation pédagogique pratiquée au baccalauréat apparaît comme une question clé pour comprendre cette évolution. Finalement, poser la question de l'évaluation revient à se demander quelles compétences souhaite donner la discipline de SES aux élèves.

Les projets de réforme ministériels énoncés comme devant mettre l'élève au centre des débats ont, le plus souvent, pour effet d'aviver les identités et de mettre la question curriculaire sur le devant de la scène, produisant ainsi des glissements qui ne vont pas nécessairement dans la direction annoncée. La réflexion se focalise ainsi plus sur les contenus des programmes que sur le constat d'une relative incertitude quant à la validité de l'appréciation chiffrée des copies. En effet, la principale réponse apportée aura été de préciser davantage le contenu des programmes, pour défendre, dans l'urgence, l'identité disciplinaire, légitimant cette défense par la référence à l'intérêt de l'élève.

Entre 1996 et 2007, l'épreuve de SES a connu des évolutions et des permanences qui contribuent à l'évolution de la discipline. Au niveau du sujet, si la forme n'a pas changé, les thématiques abordées ont connu des évolutions fortement influencées par les sujets de l'actualité. Au niveau du dossier documentaire, il faut distinguer la dissertation et la question de synthèse. En effet, leurs évolutions ne suivent pas le même cheminement en raison des exigences différentes des deux épreuves. La question de l'évaluation est donc bien au centre des évolutions et des débats.

Enfin, il faut remarquer que les exigences portent parfois beaucoup plus sur des exigences formelles que sur les compétences attendues des candidats. En effet, la capacité à s'approprier et à traiter un problème passe-t-elle nécessairement par la rédaction d'une introduction en trois parties et d'une conclusion en deux ? La définition d'un terme en introduction témoigne-t-elle de la maîtrise du concept ? Faut-il vraiment " évaluer les élèves sur leur capacité à définir [je préfèrerais "expliquer"], n'est-ce pas confondre l'accessoire et l'essentiel ?2 ". Un concept est un outil dont la compréhension se révèle à travers l'utilisation que l'élève en fait dans son devoir pour analyser un problème qu'il doit traiter, et non dans la restitution d'une définition plus ou moins bien appropriée.

  • Beitone A., " A propos d'un faux débat ", in DEES, 2003, n° 94, p. 117-120.
  • Caron P., " La question de l'évaluation au baccalauréat ", IDEES, 2006, n° 146.
  • Caron P., Chatel E.,Enseigner les sciences économiques et sociales, introduction à une réflexion didactique, Paris, INRP, 1992.
  • Caron P., " Les documents dans l'épreuve du baccalauréat en SES : évolution et problèmes ", in Documents : des moyens pour quelles fins ?, Paris, INRP, 1992.
  • Chatel É.,Comment évaluer l'éducation ? Pour une théorie sociale de l'action éducative, Paris, Delachaux et Niestlé, 2001.
  • Chatel E., " La notation des professeurs de lycée ", in Éducation et formation, 1998, n° 53, p. 51- 63.
  • Chatel E. (dir.), Enseigner les sciences économiques et sociales, le projet et son histoire, Paris, INRP, 1990.
  • Danel P., " Les enseignants de sciences économiques et sociales de l'académie de Clermont-Ferrand et l'épreuve du baccalauréat ", in DEES, juin 1983, n° 52.
  • Magliulo B., " Brève étude sur l'importante chute du taux d'admission au baccalauréat B constatée lors de la session de 1984 ", in DEES, décembre 1984, n° 58.
  • Weiss J.,L'Évaluation : problème de communication, Neuchâtel, DelVal, 1991.

(1) Cet article est tiré d'un mémoire du master " Formateurs en sciences économiques sociales " de Paris-I, réalisé sous la direction d'Élisabeth Chatel en 2007.

(2) Caron Paul, " La question de l'évaluation au baccalauréat ", IDEES, 2005, n° 146.

Idées, n°152, page 50 (06/2008)

IDEES - L'épreuve de SES au baccalauréat : évolutions et permanences