Lectures

Sociologie des " quartiers sensibles "
Cyprien Avenel, sous la direction de François de Singly.
Paris, Armand Colin, 2004, coll. " 28 ", 27 pages
ISBN : 2-200-34035-4

Cet ouvrage propose un panorama des savoirs et des travaux sociologiques sur les " quartiers sensibles " devenus, depuis une trentaine d'années, un véritable " problème social ". Ces " banlieues " ont suscité de très nombreux travaux que C. Avenel se charge de rassembler et d'organiser, permettant ainsi de remettre en cause bien des idées reçues.

Symboles de toutes les exclusions, de toutes les violences et de l'insécurité, les " quartiers sensibles ", largement médiatisés, ont alimenté, au-delà des nombreux débats sociaux et politiques, une multitude de travaux sociologiques. l'auteur réussit cependant à organiser ces travaux autour de quatre thèmes : la construction du problème social, les modes de vie et de sociabilité, les violences urbaines, les réponses institutionnelles. il commence par montrer que les " quartiers sensibles " sont un objet fuyant, difficile à définir. pourtant, paradoxalement, nous n'avons plus besoin d'accoler un adjectif à l'expression " les quartiers ", pour comprendre de quoi il s'agit. les " quartiers " sont aujourd'hui tellement stigmatisés et caricaturés qu'il faut se pencher sur leur histoire pour comprendre les mécanismes à l'oeuvre menant à la construction sociale du " problème des banlieues ". Si les " quartiers " peuvent présenter des caractéristiques communes, en termes de cumul des inégalités par exemple, il n'en reste pas moins qu'ils sont loin de présenter une homogénéité sociale ou culturelle. Si homogénéisation il y a, c'est bien celle des représentations, largement construites par les médias, que l'on se fait de ces quartiers et de leurs populations. Cette stigmatisation transforme non seulement le regard posé sur ces quartiers, mais également les comportements de leurs habitants. Sont ainsi mises à jour les stratégies, plus souvent individuelles que collectives, mises en place pour " sortir " du quartier ou pour s'y faire une place, quitte à se conformer à l'image renvoyée par les médias et la société. les analyses des sociabilités, des cultures urbaines, de toutes les formes de violence et de délinquance, mais aussi des rapports entre filles et garçons ou entre " ethnies " semblent montrer l'émergence d'une nouvelle logique de domination, basée davantage sur une quête identitaire que sur une quête matérialiste. Ce " rapport de classe sans classe " se trouve exacerbé dans les relations entre les " quartiers " et les institutions. Ces relations sont complexes. d'un côté, les institutions publiques et privées sont très présentes (aides et actions sociales, redistribution, prévention, animation sociale et culturelle, etc.), pratiquant ainsi une véritable discrimination positive. de l'autre, les relations entre les jeunes et les institutions (police, école, services sociaux, transports, équipements collectifs, pompiers, médecins, etc.) se dégradent de façon très nette depuis quelques années. des analyses plus microsociologiques fournissent des éléments d'explication : les politiques mises en oeuvre peuvent avoir des effets contreproductifs, en stigmatisant davantage les individus ou en engendrant de nouvelles dépendances, sans pour autant parvenir à une véritable intégration. dans une société de plus en plus marquée par l'individualisme et la méritocratie, les individus sont considérés comme les auteurs de leur propre vie et donc de leur réussite, comme de leur échec. Comment alors ne pas éprouver du ressentiment face à ceux qui leur renvoient cette image d'eux-mêmes ?

Sandrine Benasé-Rebeyrol, professeur de SES au lycée D'Arsonval à Saint-Maur (94).

Idées, n°150, page 78 (12/2007)

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