Lectures

Capitalisme ou démocratie ? L'alternative du XXIe siècle
Marc Fleurbaey.
Paris, Grasset, 2006, coll. "Nouveau collège de philosophie", 220 pages
ISBN : 2-246-69521-X

Puisque le marché a fait ses (bonnes) preuves, Marc Fleurbaey en appelle à une nouvelle social-démocratie passant par une redéfinition des principes de base, qu'il s'agisse de l'égalité des chances, de la redistribution ou de la règle de vote. Économie de marché et démocratie doivent se conjuguer pour éradiquer les situations capitalistes caractérisées par des relations autoritaires.

Économiste et philosophe, Marc Fleurbaey affirme le besoin spontané d'autonomie et de dignité des êtres humains comme la pulsion naturelle de l'homme depuis toujours. C'est sur la base de cette "anthropologie" qu'il fait de la démocratie le vecteur du dépassement du capitalisme (exploiteur). Au lieu de prendre les accents révolutionnaires du marxisme, l'auteur affirme que le marché, "horizon indépassable" car il a montré son efficacité, est démocratique par essence, c'est-à-dire que l'économie de marché est adaptée à un idéal de justice en termes d'autonomie individuelle. S'inspirant des Rawls, Dworkin et Sen, il dénonce le mythe de l'équité comme concept "plus juste" que celui d'égalité. Il entend alors montrer que l'égalité des chances n'épuise pas la question puisqu'elle peut s'accompagner des plus grandes inégalités possibles au "bout du compte". Autrement dit, l'égalité des résultats est à prendre au sérieux et, ainsi, de substituer à l'égalité des chances l'égalité d'autonomie afin que chaque individu puisse avoir accès de manière égale aux opportunités, c'est-à-dire que chacun soit capable de les saisir. On comprend aussi son propos contre le mythe des contrats avec des parties faussement égalitaires, comme une partie du droit d'ailleurs le reconnaît via des clauses de sauvegarde en faveur du "plus faible". Politiquement, il redéfinit également la règle : toute décision doit être prise par ceux qu'elle concerne et le pouvoir de décision doit être réparti en proportion des intérêts en jeu. Le principe de proportionnalité remplace donc celui d'égalité, ce qui limiterait la tyrannie de la majorité et lèverait une bonne partie du paradoxe de Condorcet. Ajoutons que l'auteur fait des propositions permettant de résoudre le problème des comparaisons interpersonnelles, point essentiel pour qui veut dépasser l'égalité formelle et qui considère que le bien commun est définissable, sans passer par les professionnels de la politique.

Cet ouvrage fourmille de propositions à débattre, entre l'analyse stricto sensu et l'engagement politique. Au-delà des accents populistes, l'auteur n'hésite pas à interroger certaines évidences, échappant ainsi au "politiquement correct".

Pour tous ceux qui veulent aller plus loin que les "débats de société" en passant par les travaux d'intellectuels reconnus sans pour autant renoncer à faire des propositions politiques au nom de leur éthique de conviction.

Charles Henry, professeur de SES au lycée du Parc de Vilgénis à Massy (91).

Idées, n°149, page 74 (09/2007)

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