Lectures

Sociologie des organisations. Introduction à l'analyse de l'action collective organisée
Philippe Scieur.
Paris, éditions Armand Colin, 2005, coll. "Cursus-Sociologie", 180 pages, ISBN : 2-200-26249-3

Si le champ de la sociologie des organisations est, depuis longtemps, cerné et exploré, de Max Weber à Renaud Sainsaulieu en passant par tant d'auteurs auxquels ce livre fait référence, les interrogations se multiplient dans notre société, comme le montrent bien des sujets de concours, à l'image du "Pourquoi les organisations doivent-elles s'adapter ?", avec un pourquoi rejoignant aussi le "comment" et le "pour quoi". Ce questionnement renouvelle les perspectives d'analyse des organisations avec toutes ses facettes, des entreprises aux associations sans oublier administrations, syndicats, partis politiques, églises, établissements scolaires...

Composé de cinq chapitres, cet ouvrage présente, de manière didactique et actualisée, les composantes des organisations, dans une perspective analytique et socio-historique, pour mieux prendre en compte la dynamique tant de la sphère publique que du fait associatif ou bien encore du tissu productif. Le premier chapitre replace sociologie, sciences de gestion et théorie des organisations dans une perspective historique, des fondements philosophiques de l'Antiquité à l'épanouissement de la société industrielle, avec des analyses éclairantes tant sur l'impact du taylorisme, du fordisme, de l'OST que du fayolisme. Cela permet de mieux comprendre la complexité évolutive du mouvement des relations humaines, enrichies par les apports de la psychologie industrielle. L'accent est mis sur la flexibilité organisationnelle qui traduit bien une quête permanente de rationalité.

Le deuxième chapitre, plus théorique, analyse l'émergence de l'organisation comme objet d'études sociologiques, de la bureaucratie weberienne aux modèles politiques stratégiques (avec des références à Alfred Chandler, William Mac Ewen. James Thompson...), en passant par l'apport de Talcott Parsons sur le système social, la loi d'airain de Roberto Michels, jusqu'aux dérives oligarchiques donnant une place d'honneur aux formes de la domination et de ses légitimations.

Le troisième chapitre, intitulé "De l'organisation au système d'action concret", aborde l'efficacité structurelle des organisations : adaptation à l'environnement ; cohérence interne ; dimensions relationnelles (dont celles affectives)... À travers de nouvelles grilles de compréhension, c'est là un dépassement du paradigme fonctionnaliste pour mieux mettre en exergue les mécanismes de rationalité, d'action, de décision, d'intervention.

Le quatrième chapitre est un retour fécond vers les approches théoriques où sont abordés, à travers les formes sociales de l'action organisée, les grands débats actuels : celui de Touraine/Friedberg ; les discussions autour de la culture nationale ; l'existence d'une sociologie des PME ; la fin de l'administration républicaine avec le passage du service public au service au public ; les relations de partenariat.

Les chapitres précédents préparent le cinquième et dernier volet de cette analyse, pour dresser un bilan du phénomène organisationnel et de la logique d'action organisée, mettant en relief les trois concepts clés de convention, de réseau et de logique d'action. L'intérêt de ce chapitre est d'ordre méthodologique avec le rapprochement entre les contenus théoriques et la réalité des organisations, constituant un apport sociologique précis.

Les points les plus essentiels sont l'objet d'encadrés structurés, ayant une portée à la fois heuristique et pédagogique, et font de cet ouvrage bien bâti un réel instrument de travail.

Yves-Jean Beloeil-Benoist, professeur de SES aux lycées Vial et Clemenceau de Nantes (44).

Idées, n°143, page 79 (03/2006)

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