Dossier : Spécial orientation

Élaboration des choix d'orientation des élèves de ES

François Debesson, Professeur1 de SES au lycée Marguerite-de-Navarre de Bourges (18) et responsable du groupe TICE (Orléans-Tours)

Des choix de poursuites d'études des bacheliers ES, nous ne connaissons finalement que le résultat. Les données fournies par le ministère, celles que l'on collecte au niveau d'un établissement ou d'une académie, font état des choix effectués mais ne nous renseignent pas sur la façon dont les élèves construisent leurs projets. L'absence d'informations en la matière se comprend aisément, puisque, par principe, l'orientation en post-bac découle d'un choix personnel de l'élève dont il n'a pas à rendre compte. Pour autant, si la décision in fine est individuelle et non contrainte, l'Institution essaie de tout mettre en oeuvre pour qu'elle soit le fruit d'une réflexion éclairée et informée, de façon à ce que cette liberté de choix reste compatible avec un autre objectif affiché du système éducatif : former une main-d'oeuvre qualifiée répondant aux besoins du système productif. L'information fournie dans ce cadre est-elle efficace, dans quelle mesure est-elle prise en compte par les élèves dans l'élaboration de leur choix ? C'est au travers du cas particulier de deux académies du Centre que la question est ici posée.

Si l'aide à l'orientation constitue une obligation institutionnelle de l'enseignant, inscrite au titre de ses missions2, laquelle est réaffirmée par la nouvelle loi d'orientation, reste que, face à ses classes, le professeur se sent relativement démuni. Comment amener les élèves à se préoccuper de leur orientation de façon sérieuse quand le sentiment qui domine est celui d'un choix qui s'élabore péniblement, en classe de terminale, sous la contrainte des délais d'inscription imposés par le système ?

Les professeurs de sciences économiques et sociales sont nécessairement impliqués dans cette réflexion. D'un point de vue pratique, n'intervenant qu'au niveau lycée, les enseignants de SES ont presque tous en charge les classes terminales. De surcroît, le poids de leur discipline dans la série les conduit le plus souvent à assumer le rôle de professeur principal, aussi la question de l'aide à l'orientation se pose-t-elle de façon récurrente. Du fait même de leur formation et des savoirs qu'ils dispensent, les professeurs de SES ne sont pas sans connaître le poids des déterminismes sociaux dans les " choix des élèves " ; pour autant, la marge de liberté individuelle dans la prise de décision existe. Comment jouer sur cette dernière, comment permettre la construction d'un avis qui serait l'aboutissement d'une réflexion mûrie ?

Un contexte spécifique

Dans l'académie d'Orléans-Tours, lorsque les enseignants sont amenés à aborder entre eux la question de l'orientation de leurs élèves, tous s'accordent sur un point : la préférence manifeste pour un choix de proximité. Bien évidemment, le souci de s'inscrire dans la formation du supérieur souhaitée la plus proche du lieu de résidence de sa famille relève d'un comportement logique et rationnel, mais, dans le cas de cette académie, le poids de la proximité va au-delà. Ce facteur semble devenir premier au point qu'un élève qui aurait eu le profil pour s'inscrire à l'université préférera s'inscrire dans une filière courte, type IUT ou BTS, parce qu'elle se trouve sur place. Reflet de la génération " Tanguy ", produit d'une culture locale marquée par l'attachement au terroir ou simple résultat d'un contexte socio-économique déprimé qui renforce les contraintes budgétaires des familles ? Quelles qu'en soient les explications, le phénomène est suffisamment massif pour faire l'objet d'une priorité inscrite au plan académique. En effet, les conséquences de cette réticence à l'éloignement du domicile parental ne sont pas neutres. Les élèves issus des séries générales, loin d'alimenter les universités ou plus globalement les formations longues de l'enseignement supérieur, se tournent vers les filières courtes et sélectives tels les IUT et BTS (tableau 1) et privent, par là même, une partie de ceux qui en étaient destinataires, à savoir les bacheliers technologiques. Ainsi, de façon paradoxale, ces derniers, faute de pouvoir s'inscrire dans des post-bacs adaptés, sont contraints de s'orienter vers l'université où leur chance de réussite est minime. Ce gaspillage de ressources humaines, dont les bacheliers technologiques font les frais, ne s'accompagne pas, en contrepartie, d'un avantage réel pour les élèves issus des séries générales. Si leur réussite dans les filières courtes du post-bac ne fait aucun doute, le gain est de court terme puisque l'insertion sur le marché du travail et l'aptitude à la reconversion en cours de carrière restent corrélées au niveau du diplôme détenu comme le confirment les études du Céreq3.

Pour remédier à cette " mauvaise allocation des ressources ", le plan académique enjoint donc les membres de la communauté éducative et plus particulièrement les conseillers d'orientation et professeurs principaux à tout mettre en oeuvre pour infléchir ces tendances lourdes par une information efficace à même d'éclairer les élèves issus de séries générales, sur les avantages des formations longues pour leur avenir.

Les élèves de série ES, de cette académie, n'échappent pas à cette tendance générale de repli sur les filières courtes (tableau 2). Comment les convaincre, alors, des opportunités dont ils se privent ? Comment les amener à faire évoluer la façon dont ils élaborent leur choix en matière de poursuites d'études ? L'information délivrée par les enseignants et plus généralement l'Institution a-t-elle effectivement un impact ? De ce questionnement initial est né le constat d'une relative méconnaissance des critères qui entrent dans la prise de décision des élèves. Faute d'études empiriques existantes sur ce point pour l'académie concernée, le groupe TICE de la discipline a procédé à une enquête de terrain.

Répartition des effectifs de l'enseignement supérieur (tableau 1)

 Ensemble
des académies
Académie
de Clermont
Académie
d'Orléans-Tours
Universités et assimilés hors IUT58,2%58,8%56,1 %
IUT5%6%8,1 %
STS10,4%12%14,5%
CPGE3,2%3%3,8%
Autres établissements et formations23,2%20,217,5%
Ensemble22549004292158413

Source : Repères, références statistiques, ministère de l'Éducation nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, 2004.

Voeux exprimés par les élèves de terminale (mai 2003), selon leur série - académie Orléans-Tours (tableau 2)

 Série LSérie ESSérie S
Université hors IUT59,7%43,2 %35,1%
IUT6,8%23,9 %22,4%
STS10,6%13,6 %6,6%
CPGE7,7%5,7%22,0%
Autres formations15,2%13,6%13,9%
Dont paramédical social3,9%5,5%3,8%

Source : Académie d'Orléans-Tours, service académique d'information et d'orientation.

Conditions de l'enquête

En faisant le choix d'interroger directement les élèves, le groupe avait, bien évidemment, conscience des limites de la technique. D'abord, la taille limitée de l'échantillon (333 élèves), imposée par les contraintes matérielles, risquait d'induire une certaine fragilité des résultats statistiques ; par ailleurs, derrière la saisie des motivations se posait, comme pour tout questionnaire sur les comportements ou opinions, la question de l'écart entre le discours et la réalité. Aussi, pour éviter de ne s'en tenir qu'au déclaratif, a-t-il été jugé nécessaire d'ajouter un certain nombre de questions de fait permettant de croiser les deux aspects.

La constitution de l'Échantillon

L'objet de cette enquête était double : d'une part, répondre à une logique descriptive en mettant en évidence les choix déclarés des élèves quant à leur poursuite d'études ainsi que les critères ayant eu à leurs yeux un rôle important dans ce choix, d'autre part, tester quelques hypothèses concernant le poids du milieu d'origine, l'incidence du genre, l'impact de l'offre locale de formation et la particularité ou non des critères de choix des élèves de cette académie. Ainsi l'échantillon a-t-il été constitué de façon à répondre à ces objectifs.

1. Pour vérifier la particularité ou non des critères intervenant dans le choix des élèves de l'académie d'Orléans-Tours, il est apparu nécessaire de comparer leurs réponses à celles d'élèves issus d'une autre académie. Le choix s'est porté sur celle de Clermont-Ferrand. D'un point de vue pratique, le travail en commun avec cette académie était facilité par le fait qu'elle dépende du même IA-IPR ; par ailleurs, il semblait intéressant de confronter les réponses sur deux académies du Centre, toutes deux marquées par une certaine ruralité, des effectifs dispersés sur un territoire assez vaste et une démographie peu favorable, mais ayant des comportements très différents dans les poursuites d'études au vu des moyennes (tableau 1). Ainsi, ont été retenus quatre établissements sur Orléans-Tours et trois sur Clermont-Ferrand.

2. Pour appréhender le poids du milieu d'origine, dans chacune de ces deux académies, ont été retenus des établissements à population scolaire typée pour chaque académie, il fallait donc un lycée à PCS défavorisées4 supérieure à la moyenne, un lycée proche de la moyenne et un lycée dont la part des PCS défavorisées était très inférieure à la moyenne.

3. Pour éviter que l'intériorisation d'une certaine incompétence de la part des élèves ne soit le seul facteur explicatif des différences de choix de post-bac, ont été ciblés des établissements au taux de réussite au baccalauréat entre 80 et 90 %, soit des établissements ayant de bons résultats, au moins conformes à la moyenne nationale.

4. Enfin, pour tester l'impact de l'offre de formation locale, ont été choisis des établissements se trouvant volontairement dans des environnements différents. Pour chacune des académies, a été retenu un lycée situé dans une ville universitaire, un lycée d'une ville sans université mais bénéficiant d'un choix en formations courtes sur place et d'un lycée dépourvu de choix sur place.

Le profil des établissements est repris dans le tableau 3.

Profil des établissements de l'échantillon (tableau 3)

ÉtablissementsRésultats
au baccalauréat
ES 2003
Part des PCS
défavorisées1
Offre de
formation locale2
Lycée Édouard-Vaillant (Vierzon),
académie d'Orléans-Tours
78%40%
(ac-31,2%)
BTS nombre
de spécialités limité 2
Lycée Augustin-Thierry (Blois),
académie d'Orléans-Tours
80%36,7%
(ac-31,2%)
BTS tertiaires,
9 spécialités offertes
Lycée Marguerite-de-Navarre (Bourges),
académie Orléans-Tours
90%26,9%
(ac-31,2%)
BTS tertiaires
8 spécialités offertes
et IUT GEA antenne
universitaire droit
Lycée Charles-Péguy (Orléans),
académie d'Orléans-Tours
89%13,3%
(ac-31,2%)
Université, classes
préparatoires, IUT GEA,
BTS spécialités
en grand nombre
Lycée Jean-Monnet (Aurillac),
académie de Clermont-Ferrand
81,3%27,7%
(ac-29%)
BTS nombre de spécialités
limité et préparation
aux concours médicaux
dans l'établissement
Lycée Théodore-de-Banville (Moulins),
académie de Clermont-Ferrand
84,6%22,8%
(ac-29%)
BTS et antenne IUT
Lycée Ambroise-Brugière
(Clermont-Ferrand),
académie de Clermont-Ferrand
88%52,9%
(ac-29%)
BTS spécialités
en grand nombre
IUT, université

(1) Entre parenthèses rappel de la moyenne académique.

(2) Pour les BTS y compris lycées privés et formation en apprentissage, ne sont retenues que les formations ouvertes accessibles aux bacheliers ES.

Le questionnaire et sa passation

Pour avoir l'assurance de saisir les choix quasi définitifs des élèves en matière de post-bac, le questionnaire a été distribué dans les classes en fin d'année scolaire, au cours du mois de mai 2004. Au final, 333 élèves ont été interrogés.

Compte tenu des objectifs fixés, le questionnaire a été structuré grossièrement en trois parties5. Dans un premier temps, les élèves étaient interrogés sur leur identité, leur milieu d'origine, leur cursus, dans un second temps sur leurs choix et leurs motivations, dans un dernier temps, sur la place de l'information institutionnelle (revue Onisep, rencontre avec le conseiller d'orientation, déplacements aux salons de l'étudiant ou journée portes ouvertes).

Premiers résultats

Des voeux assez similaires d'une Académie à l'autre

Concernant leur orientation après le baccalauréat, 53 % des élèves se sont limités à une inscription, 46 % ont procédé à plusieurs pré-inscriptions, tandis que 1 % n'en a effectué aucune.

La répartition de l'ensemble de ces inscriptions selon leur nature confirme une surreprésentation des demandes pour les filières courtes par rapport à l'affectation effective des bacheliers issus de la série ES au niveau national. L'écart est particulièrement significatif pour les demandes en IUT puisqu'il est de 7 points.

Si les inscriptions pour l'université sont inférieures à ce que voudrait la répartition effective au niveau national, reste qu'elles sont supérieures à la moyenne académique d'Orléans-Tours (43,2 %, tableau 2). La première hypothèse formulée pour expliquer cet état de fait a été de considérer que la prise en compte de trois établissements de l'académie de Clermont avait permis de faire remonter la moyenne à la faveur d'une orientation vers l'université, ce qui a été démenti par un tri croisé en fonction de l'établissement d'origine (tableau 5). Parmi les trois lycées de l'académie de Clermont-Ferrand : Théodore-de-Banville, Jean-Monnet et Ambroise-Brugière, seul ce dernier a une proportion d'élèves inscrits à l'université supérieure à la moyenne de l'échantillon. Ce fut là un premier enseignement de cette enquête, bien qu'ayant des moyennes académiques très différentes concernant les inscriptions à l'université, les voeux exprimés par les élèves interrogés dans ces deux académies ne sont pas très éloignés. En d'autres termes, l'hypothèse d'une culture académique spécifique qui conduirait à la formulation de voeux caractéristiques dans l'académie d'Orléans-Tours ne semble guère probante.

Répartition des demandes d'inscription des élèves de l'échantillon selon leur nature (tableau 4)

 Part dans l'ensemble
des dossiers d'inscription
Rappel répartition
effective des bacheliers ES
au niveau national
Faculté51 %60,7 %
IUT18,7 %11,7 %
STS13,5 %10,1 %
CPGE5,1 %5,5 %
Autres14,16 %9,3 %
Écoles de commerce3,1%3,8%
Autres écoles8,6%5,5%
(dont médico-social)(2,5%)(1,6%)

Répartition des dossiers d'inscription selon leur nature et l'établissement d'origine (tableau 5)

LycéesFacultéIUTSTSCPGEÉcoles
de
commerce
Autres
écoles
Dont
médico-
social
Théodore-de-Banville45,3719,4415,746,482,7810,194,63
Marguerite-de-Navarre59,8018,638,823,924,903,921,96
Édouard-Vaillant48,6521,6210,815,41 13,518,11
Charles-Péguy50,0013,6411,3611,365,687,953,41
Ambroise-Brugière58,4916,9816,981,891,893,77 
Jean-Monnet46,5118,6013,95  20,9318,60
Augustin-Thierry44,6425,0019,641,791,797,147,14
Total50,9218,6913,555,133,088,625,13

Une bonne intériorisation du niveau scolaire

Finalement, la part de demandes d'inscription en université, supérieure dans l'échantillon à la moyenne académique d'Orléans-Tours, ne s'explique pas par la composition géographique de celui-ci mais par le fait qu'il soit constitué d'établissements performants en termes de résultats au baccalauréat.

Une corrélation positive peut être établie entre ces deux éléments. Plus précisément, plus le taux de réussite est élevé, plus le total (demandes d'inscription en faculté + demandes d'inscription en classes préparatoires) est important (tableau 6). A contrario, moins le taux de réussite est élevé, plus les demandes pour les filières courtes sont importantes. Ce constat atteste d'une intériorisation assez juste par les élèves de leur niveau scolaire, lequel constitue un critère relativement discriminant dans leur choix de formation. Cette observation est confortée à un niveau plus fin lorsque l'on compare les voeux émis par les élèves ayant déjà redoublé à ceux émis par les élèves " à l'heure " (tableau 7). Les élèves " à l'heure " optent plus largement pour la faculté (7,33 points d'écart) et formulent moins de demandes pour les STS (7,62 points d'écart). Ce lien " taux de réussite et orientation universitaire " peut, au moins pour partie, justifier des différences d'orientation des élèves ES entre les deux académies, puisque les taux de réussite des bacheliers en série économique et sociale pour la session 2004 ont été respectivement de 84,7 % pour Clermont-Ferrand et de 80,7 % pour Orléans-Tours.

Souhait d'orientation vers des filières longues et taux de réussite au baccalauréat (tableau 6)

LycéesFacultéCPGETotalTaux de réussite
au bac 2004
Marguerite-de-Navarre, Bourges59,80%3,92%63,72%90%
Charles-Péguy, Orléans50,00%11,36%61,36%89%
Ambroise-Brugière, Clermont58,49%1,89%60,38%88%
Théodore-de-Banville, Moulins45,37%6,48%51,85%84,6%
Jean-Monnet, Aurillac46,51% 46,51%81,3%
Augustin-Thierry, Blois44,64%1,79%46,43%80%
Édouard-Vaillant, Vierzon48,65%5,41%54,06%78%

Voeux selon le redoublement ou non au cours de la scolarité (tableau 7)

En %

 FacultéIUTSTSCPGEAutres
formations
Élèves ayant redoublé46,1119,7618,562,413,18
Elèves à l'heure53,4418,1310,946,5610,93

Critères déclarés dans la construction du choix d'orientation

La rentabilité de la formation

Le poids des filières courtes dans les inscriptions des élèves est incontestablement à relier aux critères qu'ils mettent au premier rang dans l'élaboration de leur choix. Ainsi, on ne peut qu'être frappé par la place occupée par la profession souhaitée et plus généralement le souci d'insertion professionnelle.

De façon très nette, la formation est perçue comme un moyen du devenir professionnel et n'est pas prioritairement choisie pour elle-même, c'est-à-dire pour son contenu. L'écart avec les données nationales est considérable. Alors que, pour l'ensemble des nouveaux bacheliers (tableau 9), l'intérêt pour le contenu des études est classé comme la principale motivation par les élèves interrogés, ce critère ne vient qu'en septième position dans le cas de notre étude locale. C'est donc la rentabilité du diplôme qui est, avant tout, recherchée par les élèves de l'échantillon. Or cette attitude n'induit pas les mêmes comportements face à l'orientation que celle qui consiste à privilégier l'intérêt pour le contenu des études. La préférence pour la rentabilité conduit à s'orienter vers des filières courtes (troisième critère pour l'échantillon) ou sélectives (CPGE), tandis que l'intérêt pour le contenu semble l'apanage de ceux qui choissent l'université. Cette opposition déjà notée dans une étude réalisée par l'Onisep des Pays de Loire en collaboration avec le Céreq et des professeurs de SES6 semble constituer un élément déterminant dans l'explication de la surreprésentation des demandes des élèves de l'échantillon vers des filières courtes.

Les éléments déterminants dans la construction des choix (tableau 8)

Critères (position 1)Effectifs%
La profession souhaitée17853,4
Aptitude à l'insertion professionnelle
grâce à la formation
4212,6
Durée de la formation3610,8
Connaissance de la formation
grâce à un membre de l'entourage
267,8
Informations du lycée, présence à des journées
portes ouvertes, Salon de l'étudiant
195,7
Situation géographique113,3
Goût pour la discipline82,4
Coût de la formation41,2
Modalités d'évaluation20,6
Sans réponse72,1
Total333100

Principales motivations citées par les nouveaux bacheliers en faveur du choix de leur formation (tableau 9)

En %

Principales motivationsEnsemble
des bacheliers
CPGEDEUG/PCEMIUTBTS
Intérêt pour le contenu des études56,562,464,654,241,7
Débouchés attendus de la filière47,365,937,951,752,8
Projet professionnel46,236,851,630,138,8
Filière adaptée à la série de bac26,711,123,424,745,9
Souci de se garder
le plus de portes ouvertes
16,834,617,515,512,4
Durée des études14,22,73,928,727,4
Attrait de la vie d'étudiant12,65,820,211,07,4
Proximité du lieu de formation12,58,212,012,717,2
Encadrement et suivi12,126,42,226,316,0
Résultats scolaires précédents12,125,413,27,510,0

Source : Panel de bacheliers 2002, MEN-DEP.

Proximité de la formation

Alors que le point de départ de cette enquête venait d'une perception intuitive d'une préférence pour les formations à proximité du lieu de résidence, les déclarations des élèves minimisent très largement le poids de ce critère en ne le plaçant qu'en sixième rang. De fait, s'est posée la question d'un écart possible entre la représentation des élèves et leur comportement réel. Pour tester l'incidence ou non de l'offre locale de formation (tableau 3) sur les voeux émis par les élèves, celle-ci a été confrontée aux demandes par établissement (tableau 5). Le rapprochement de ces deux informations est significatif : dès qu'une formation spécifique existe sur place, les demandes exprimées en sa faveur sont très supérieures à la moyenne de l'échantillon. C'est le cas pour les classes préparatoires, 6 points au dessus de la moyenne pour le lycée Charles-péguy ; c'est le cas également pour les préparations au concours paramédicaux, 18,6 % des demandes des élèves au lycée

Jean-Monnet contre une moyenne de 5,13 %, mais aussi pour les demandes pour l'université, 58,49 % des voeux au lycée Ambroise-Brugière contre 50,92 % en moyenne. Ainsi, la présence sur place de la formation et l'intériorisation d'un bon niveau de réussite scolaire constituent deux critères décisifs dans la construction des choix d'orientation, bien supérieurs au poids de la catégorie sociale d'origine. Le cas du lycée Ambroise-Brugière est à ce titre éclairant : constitué d'une population scolaire issue pour 52,9 % de catégories défavorisées, il s'agit néanmoins d'un des établissements pour lesquels les demandes d'inscription à l'université sont, en proportion des effectifs, les plus élevées.

Si le poids de la proximité est aussi important, comment expliquer alors que les élèves le placent si loin dans leurs motivations ? En ne citant pas ce critère comme déterminant, les élèves ne tronquent pas la réalité, car ce n'est pas la proximité qui est au coeur de leur préoccupation, mais la visibilité de la formation. La présence sur place d'une filière leur donne accès à une meilleure connaissance de son fonctionnement et des débouchés qu'elle procure, grâce, notamment, aux témoignages directs des individus de leur âge qui y sont inscrits, mais aussi grâce à leurs enseignants qui se trouvent plus à même d'en faire état. Ce besoin d'être éclairé et rassuré sur l'organisation de la formation est conforme à la conception utilitariste des études constatée plus haut. C'est ce qui justifie que l'information donnée par l'entourage apparaisse comme la quatrième motivation citée (tableau 9).

Poids de l'information apportée par l'institution

Que le besoin d'informations sur les post-bacs possibles soit une préoccupation forte des élèves n'a rien de surprenant, mais le fait que les informations apportées par l'entourage obtiennent plus de crédit que celles délivrées par l'institution scolaire l'est plus. Il peut, en effet, sembler paradoxal que ceux qui disposent de la vision la plus complète, et sont, de par leur statut, les professionnels en la matière, aient un impact moindre. Interrogés sur la question de l'aide à l'orientation au lycée, les élèves dans leur grande majorité (59,76 %) la jugent " nécessaire et insuffisante ". Seuls 24 % estiment qu'elle est efficace. En confrontant ces représentations à la réalité, on constate qu'à peine un élève sur deux a rencontré un conseiller d'orientation en classe terminale (49,55 %) et que 75,53 % d'entre eux n'ont eu qu'une séance de vie de classe consacrée à la question pour ce même niveau d'enseignement. L'insuffisance du temps réservé à l'élaboration du projet de l'élève est donc effective mais se trouve quelque peu compensée par les efforts des enseignants et plus généralement des équipes éducatives pour accompagner les élèves aux salons de l'étudiant, puisque 57,65 % déclarent s'y être rendus avec le lycée. La déficience en matière d'orientation est encore plus nette sur le niveau première, 71,77 % des élèves n'ont jamais rencontré le conseiller d'orientation et 80,88 % n'ont bénéficié que d'une seule séance de vie de classe à ce sujet. Enfin, force est de constater que les parents qui sont partiellement associés au processus d'orientation en classe de seconde en sont quasiment exclus en classe de terminale, puisque, dans seulement 31 % des cas, des rencontres parents-professeurs ont été organisées sur le thème de l'orientation post-bac. Ce constat rejoint assez largement celui effectué au niveau national par Sylvie Lemaire7. Les résultats de son étude méritent d'autant plus d'être soulignés (voir graphiques) qu'ils pointent la situation spécifique des élèves issus de la série ES. Ainsi ces derniers sont-ils le moins souvent " très satisfaits " de l'information reçue sur les choix possibles et globalement " assez insatisfaits " de l'ensemble de l'information qui leur a été délivrée. Un effort particulier s'impose donc.

Satisfaction à l'égard de l'information reçue sur le choix des orientations après leur série de baccalauréat

Satisfaction à l'égard de l'information reçue sur les différents parcours d'études possibles

Satisfaction à l'égard de l'information reçue sur les débouchés professionnels des différentes filières

Quelques pistes

Renforcement de l'aide à l'orientation

De notre enquête locale sommaire, il ressort que l'impact de l'information délivrée par l'institution scolaire est relativement faible, mais qu'elle en est pour partie responsable. En premier lieu, il semble indispensable d'accroître le temps réservé à la réflexion sur les post-bacs possibles. Outre un plus grand nombre d'heures de vie de classe à y consacrer en terminale, il semble nécessaire de débuter ce travail dès le niveau de première. Ainsi, une rencontre avec les parents sur le sujet, au terme de l'année de première, peut contribuer à montrer l'importance des choix qui seront à effectuer dès le début du second trimestre de terminale. La sensibilisation du milieu familial assez tôt dans le cycle devrait éviter les prises de décision dans l'urgence. Dès lors qu'un travail de long terme est envisagé, il devient possible de privilégier chacune des étapes sous-jacentes à la construction d'un projet mûri : connaissances de ses goûts, de ses aptitudes, recherches sur les formations : débouchés, lieux, programmes, coefficients... Pour guider les élèves dans ces différentes phases, il est possible de s'appuyer sur des outils déjà existants, tels ceux élaborés par des enseignants de Clermont-Ferrand, publiés dans cette même revue en 19998. Ci-dessous figure un exemple de calendrier proposé aux classes terminales.

Visibilité des débouchés professionnels

En dehors de cet aspect quantitatif, l'information délivrée doit gagner en efficacité. Les quelques résultats réunis ici attestent de deux aspects auxquels les élèves sont particulièrement sensibles et sur lesquels il est possible de s'appuyer : d'une part, la mise en évidence de la rentabilité de la filière choisie et, d'autre part, le poids du témoignage (du fait de l'information concrète qu'il délivre). Concernant le premier point, il convient donc d'insister tout particulièrement sur les débouchés professionnels, notamment pour les formations universitaires pour lesquelles on décrit le plus souvent les cursus en passant sous silence les emplois. La réforme du LMD (voir p. 35) constitue un atout non négligeable qu'il est possible de mettre en avant. La professionnalisation inscrite désormais dès le master établit des liens avec le monde du travail pour chacun des étudiants.

Il importe de montrer, comme l'indique Pascal Combes, universitaire à Clermont, que la faculté ne conduit pas seulement à la production (ou reproduction) de chercheurs destinés à l'enseignement. Actuellement, les doctorants en sciences économiques de l'université d'Auvergne sont à 70 % recrutés par le privé, et parmi les 30 % restants beaucoup le sont par des organismes publics, de sorte que la part de futurs enseignants est minime. Pour rendre concrets ces débouchés qu'autorisent les filières universitaires, des rencontres avec les professeurs du troisième cycle et doctorants sont très efficaces, même si leur mise en oeuvre n'est pas toujours aisée. Pour pallier les difficultés matérielles liées à la lourdeur des déplacements, quelques initiatives se développent qui consistent à mettre sur les sites académiques des témoignages d'anciens étudiants.

Le calendrier en classe terminale, quelques étapes importantes

Septembre

  • Recenser les voeux d'orientation des élèves.
  • Donner quelques informations : le CIO (adresse, horaires),des adresses utiles, les premières échéances (concours médico-social...), le calendrier de l'année.
  • Réunion de l'équipe pédagogique des principaux de terminale.

Octobre

  • Réunion de l'équipe pédagogique de terminale.

Novembre

  • Recherche sur Internet à partir du site de la Maison des universités (http://www.amue.fr/Universites/Default.asp).
    Objectif : rechercher et imprimer pour mi-décembre (avant l'intervention des CIOP) des documents sur les formations correspondant aux souhaits d'orientation des élèves (les procédures d'inscription, les parcours, les enseignements, les horaires, les poursuites d'études, les débouchés...) ; chaque élève doit se constituer un dossier personnel d'orientation.

Décembre

  • Intervention des CIOP (une heure).
  • Nouveau recensement des voeux d'orientation des élèves.

Janvier

  • Réunion parents-professeur principal.
  • Confrontation des premiers résultats au(x) voeu(x) d'orientation + nouvelles recherches si nécessaire.
  • Préparation du forum des enseignements supérieurs qui a lieu fin janvier.

Février

  • Les élèves indécis sont incités à se rendre au Salon du lycéen et de l'étudiant - Carrefour des métiers (Orléans).
  • Carrefour des Anciens organisé par le lycée.
  • Nouveau recensement des voeux d'orientation des élèves.

Mars-Avril

  • Les élèves sont incités à se rendre aux journées Portes ouvertes.

Visibilité des formations

La faveur qu'obtiennent les BTS et IUT, auprès des élèves, tient, certes, à leur forte rentabilité, comme nous l'avons vu plus haut, mais aussi à la connaissance immédiate qu'ils en ont de par la décentralisation plus forte de ces formations sur le territoire. Pour permettre aux filières longues de gagner en visibilité et de combler ce désavantage, un certain nombre d'équipes ont développé des liens avec les universités les plus proches de façon à rendre possible l'accueil de lycéens sur toute une journée. Comme en témoigne Olivier Margot, professeur au lycée Virlogeux (académie de Clermont-Ferrand), si le dispositif est lourd, les résultats sont probants sur du moyen et long terme. En six ans, la proportion d'orientation vers des filières courtes ou vers l'université (60 %/40 %) s'est inversée (voir encadré ci-dessous).

Une expérience pour l'orientation des élèves de terminale ES

Depuis six ans, à l'initiative des enseignants de SES (professeurs principaux de terminale), en collaboration avec le CIO et les universités de Clermont-Ferrand, notre lycée a développé des actions spécifiques afin de faciliter les choix d'orientation des élèves.

À l'origine, nous avons constaté un choix très majoritaire des élèves en direction des filières supérieures courtes et plus spécialement des BTS, y compris pour les "bons" élèves. Ce choix s'explique, en grande partie, par une sous-estimation de leurs capacités et/ou une surestimation des difficultés des formations universitaires (même si ce n'est pas la seule raison).

Le forum d'orientation organisé dans l'établissement permet de confronter directement les élèves avec des enseignants du supérieur et d'anciens élèves devenus étudiants. Ils peuvent aussi assister à certains cours de première année à l'université. Dans cette action, notre volonté n'est pas de pousser les élèves vers une orientation que nous aurions dictée pour eux mais de démystifier leurs représentations pour permettre des choix en toute connaissance de cause.

Au bout de ses six ans, nous avons constaté une nette augmentation des choix d'orientation vers l'enseignement supérieur long (même si les classes préparatoires restent encore en retrait). Dans tous les cas, le choix de l'université n'est plus écarté a priori, en particulier pour la faculté des sciences économiques de Clermont (qui a aussi su adapter son cursus de formation, en particulier en mathématiques). Ce forum a été depuis élargi aux autres filières générales.

La collaboration est d'autant plus fructueuse qu'elle permet des avancées tant du côté des représentations des élèves que du côté de l'université qui perçoit mieux les besoins et attentes de ce public. Tisser des liens entre le secondaire et l'université c'est attester auprès des lycéens de la continuité logique qui existe entre les deux, c'est remettre en cause à une échelle locale le discours usuel d'une inadéquation majeure entre ces deux types d'enseignement. Fort de cette expérience, le dispositif a été repris cette année sur l'académie d'Orléans-Tours. Si les effets ne sont pas forcément à attendre dans l'immédiat, au moins l'engouement des élèves pour s'inscrire à cette journée confirme-t-il que cette initiative répond à un souhait réel de leur part.

Les témoignages d'élèves montrent que de telles journées ont au moins pour avantage de les rassurer :

  • Soraya souhaite s'inscrire en licence d'économie-gestion à Orléans ou Tours : " La journée passée au sein de l'université de droit-économie-gestion d'Orléans a été enrichissante pour moi. Elle m'a notamment permis d'entrevoir ce à quoi je me destinais après le bac.
    La journée en elle-même a été assez plaisante. Le seul point négatif sur lequel je m'attarderai est l'accueil quelque peu froid, voire glacial, que certains étudiants nous ont réservé. Cependant, j'ai particulièrement apprécié le cours de microéconomie en amphithéâtre, même si je n'ai pas compris grand-chose. Toutefois, à la fin de la séance, j'ai été rassurée, je m'attendais à un rythme de parole beaucoup plus soutenu, or ce n'est pas le cas, donc compréhension et prise de notes sont conciliables.
    En conclusion, cette journée va pouvoir m'éclairer dans mes choix post-bac. " ;
  • Aurélie souhaite s'inscrire en licence de droit à Bordeaux et a fait des demandes pour une CPGE : " Lors de notre journée à la faculté de droit-économie-gestion d'Orléans, nous avons assisté en premier lieu à un cours de microéconomie en amphithéâtre. Je pense que d'avoir vu un cours magistral m'a rassurée sur les angoisses qu'il suscite (prise de notes, nombre d'étudiants...). Le fait que nous n'ayons pas pu assister à un TD est regrettable, mais dans l'ensemble cette journée a été bénéfique et instructive, c'est pourquoi elle est à renouveler. "

Pour conclure, ce travail, aux ambitions limitées, a fait ressortir l'importance de deux critères dans le choix des élèves : leur niveau de réussite ainsi que l'importance de la visibilité des débouchés. Bien que modestes, ces résultats peuvent aider à la mise en place d'une aide à l'orientation mieux ciblée.

Organisation de la journée d'accueil des lycéens à l'université d'Orléans
  • 10 h - 11 h : Microéconomie 1 (cours amphi - 1re année éco-gestion).
  • 11 h 15 - 12 h 15 : Rencontre avec les directeurs des départements " économie-gestion " et " administration-gestion ".
  • 12 h 15 - 14 h : Déjeuner au restaurant universitaire - découverte du campus.
  • 14 h - 15 h : Visite de la bibliothèque universitaire de droit.
  • 15 h 15 - 17 h 15 : TD économie(*) ou conférence de méthode (deux tiers des groupes éco-gestion 1re année).

Document (format PDF) : Questionnaire sur les choix d'orientation pour le post-baccalauréat


(*) Les élèves n'ont pas pu assister au TD.

(1) Nous remercions les collègues de SES qui ont accepté de faire passer les questionnaires dans leurs lycées à savoir : Cécile Bouquillion (lycée Augustin-Thierry de Blois), Christian Dubois (lycée Théodore-de-Banville de Moulins), Claude Garcia (lycée Édouard-Vaillant de Vierzon), Gisèle Oléon-Drouineau (lycée Ambroise-Brugière de Clermont-Ferrand), Sylvie Péricouche (lycée Charles-Péguy d'Orléans) et Claude Simon-Couineau (lycée Jean-Monnet d'Aurillac).

(2) BO n° 22 du 29 mai 1997 : " Le professeur doit pouvoir établir un dialogue onstructif avec les familles et les informer sur les objectifs de son enseignement, examiner avec elles les résultats, les aptitudes de leurs enfants, les difficultés constatées et les possibilités de remédiation, conseiller, aider l'élève et sa famille dans l'élaboration du projet d'orientation. Il participe au suivi, à l'orientation et à l'insertion des élèves en collaboration avec les autres personnels, d'enseignement, d'éducation et d'orientation. Au sein des conseils de classe, il prend une part active dans le processus d'orientation de l'élève. "

(3) Pour consultation, voir le site : http://www.cereq.fr.

(4) Selon les critères retenus par les indicateurs de performances des établissements scolaires (IPES), les PCS défavorisées sont définies comme l'ensemble des ouvriers, employés et ouvriers retraités-chômeurs n'ayant jamais travaillé, inactifs non renseignés.

(5) Voir annexe, p. 22.

(6) " Les terminales ES, leur devenir après le baccalauréat, lien entre projet d'orientation et réalité ", mai 2000, Enquête réalisée dans l'académie de Nantes.

(7) Sylvie Lemaire, " Que deviennent les bacheliers généraux après leur baccalauréat ? ", France. Portrait social 2004-2005, Insee.

(8) " Relations enseignement secondaire/enseignement supérieur dans l'académie de Clermont-Ferrand ", Réjane Lenoir, Jean-Marie Marsat, Laurent Zekpa, DEES, décembre 1999, n° 118.

Idées, n°141, page 12 (09/2005)

IDEES - Élaboration des choix d'orientation des élèves de ES