Dossier : Spécial orientation

Que deviennent les bacheliers ES ?

Sarah Roux-Périnet, IA-IPR de sciences économiques et sociales

Le baccalauréat ES, par son caractère extrêmement équilibré, prépare à de nombreux débouchés. Cette diversité des post-bac possibles, qui constitue un atout évident pour l'élève, peut néanmoins se transformer en handicap au moment du choix de la série en fin de classe de seconde. L'absence de visibilité des poursuites d'études conduit un certain nombre d'élèves et de familles à bouder cette orientation. Pour invalider cette représentation dont le post-bac n'est pas clairement établi, cet article se propose de dresser un état des lieux des poursuites d'études des bacheliers ES. Ces données, mobilisables lors de réunions, de journées portes ouvertes, s'appuient sur des statistiques du ministère1 ainsi que sur "les points de repère en sciences économiques et sociales" produits par l'Inspection générale2.

Panorama des poursuites d'études des bacheliers ES

La quasi-totalité des bacheliers ES poursuivent des études supérieures l'année suivant l'obtention du baccalauréat, puisque c'est le cas pour 97,3 % d'entre eux. Cette proportion, inférieure à celle des deux autres séries générales, reste néanmoins supérieure à celle des filières technologiques ; ainsi, l'écart entre le taux de poursuite des bacheliers ES et des bacheliers STT (futurs STG) est-il de 17,3 points. Cette différence significative mérite d'être soulignée auprès des élèves dans le cadre de leur orientation à l'issue de la classe de seconde. Si dans les représentations et dans le discours courant, le rapprochement entre les deux séries ES et STT semble s'accentuer, reste qu'elles relèvent de deux filières différentes, générale et technologique, ce qui se traduit par des possibilités non identiques en matière de poursuite d'études supérieures.

Tableau : Taux de poursuite d'études des bacheliers selon les principales séries du baccalauréat général et technologique en 2003-2004 (France métropolitaine + DOM) (tableau 1)

Une orientation majoritaire vers l'université

Très majoritairement, les bacheliers ES s'orientent vers l'université, où 60,7 % d'entre eux entreprennent des études dans des disciplines générales. Pour autant, le poids des filières sélectives est loin d'être négligeable : près de 40 % des titulaires d'un baccalauréat ES font ce choix (11,7 % en IUT, 10,1 % en STS, 5,5 % en CPGE et 9,3 % dans les autres formations). Bien que la détention d'un baccalauréat général ne prédispose pas à la poursuite d'études supérieures courtes, plus de 23 % des bacheliers ES optent pour cette voie (IUT, STS et une partie des autres formations). Un éclairage plus précis des autres formations est fourni dans le tableau 2.

Tableau : Taux de poursuite des nouveaux bacheliers ES (1) dans l'enseignement supérieur en 2003-2004 (France métropolitaine + DOM) (tableau 2)

Répartition par discipline universitaire

Si la poursuite d'études en université est prédominante, toutes les disciplines n'ont pas le même succès. Les choix effectués par les élèves issus de la série ES attestent d'une continuité effective entre les enseignements qu'ils ont reçus dans le secondaire et ceux qu'ils souhaitent retrouver dans le supérieur. Ainsi, sciences humaines, droit-sciences politiques, économie et AES recouvrent 62,7 % des entrants en première année de premier cycle universitaire, détenteurs d'un baccalauréat ES.

Tableau : Répartition des entrants (1) de 2001-2002, détenteurs d'un baccalauréat es en première année de premier cycle (tableau 3)

Cohérence avec les enseignements dispensés en série ES

Si la répartition des inscriptions en faculté en trois blocs, sciences humaines, droit-sciences politiques et sciences économiques-AES, de proportion quasi-équivalente, autour de 20 %, peut donner, en première analyse, une impression d'éparpillement des bacheliers ES, elle traduit, en réalité, une liaison lycée/post-bac universitaire cohérente et efficace. D'une part, cette répartition est conforme à la formation acquise par les élèves en s'appuyant sur les enseignements centraux de la série ES. D'autre part, le recrutement de chacun de ces blocs universitaires, prioritairement centré sur des bacheliers ES (tableau 4), atteste d'une reconnaissance de la spécificité de leur formation. Ce rappel de données chiffrées établit l'adéquation qui prévaut entre enseignement secondaire et recrutement universitaire et permet la remise en cause de quelques représentations erronées :

  • l'obtention d'un baccalauréat scientifique ne constitue pas la voie d'accès privilégiée à un cursus économique : 44,2 % des entrants ont un bac ES contre 30,8 % de détenteurs de bac S ;
  • la filière AES n'est pas l'apanage des bacheliers STT (42,4 % de détenteurs de bac ES contre 30,1 % de détenteurs de bac STT) ;
  • l'orientation droit-sciences politiques concerne principalement des bacheliers ES après une longue tradition de suprématie des bacheliers littéraires. S'il est difficile d'établir que l'introduction de l'enseignement optionnel, dit de "sciences politiques", en classe de première ait encouragé ce mouvement, au moins est-on assuré qu'il répond à une demande sociale réelle.

Tableau : Part des bacheliers ES parmi les entrants en première année de premier cycle universitaire 2001-2002 (tableau 4)

Tableau : Nouveaux entrants et nouveaux bacheliers inscrits en DUT selon la série du baccalauréat (France métropolitaine + DOM) 2002-2003 (tableau 5)

Les poursuites d'études courtes

L'orientation en IUT

Si 11,7 % des bacheliers ES s'orientent vers des IUT (tableau 1), ils représentent 20,7 % des inscrits dans ce type de formation. Cette part, qui ne traduit qu'une moyenne, s'élève à 36,5 % pour les spécialités du tertiaire (carrières juridiques, carrières sociales...) plaçant les bacheliers ES devant les détenteurs d'un baccalauréat STT (26,9 %) ou d'un baccalauréat S (25,2 %).

Ainsi ce type d'orientation n'est pas à négliger, d'autant que la palette des formations tertiaires s'est largement étoffée au cours des dernières années laissant le choix entre carrières juridiques, carrières sociales, gestion des entreprises et des administrations, gestion administrative et commerciale, gestion logistique et transport, information communication, informatique, services et réseaux de communication, statistiques et traitement des données, techniques de commercialisation.

Les sections de techniciens supérieurs

A contrario de ce qui se passe pour les DUT, les sections de techniciens supérieurs recrutent essentiellement parmi les bacheliers technologiques. Pour autant, les bacheliers ES représentaient 7,4 % des effectifs de première année STS tous domaines confondus, à la rentrée 2003-2004, et 10,1 % dans le domaine des services.

Le succès des classes préparatoires

Actuellement, les bacheliers ES peuvent prétendre à s'inscrire dans deux types de classes préparatoires :

  • les classes économiques et commerciales, plus particulièrement celles à option économique, créées en 1995 (ECE) ;
  • les classes littéraires et notamment celles dites "lettres et sciences sociales" (B/L).

Les préparations économiques et commerciales, option économique, recrutent 90,2 % des élèves auprès des bacheliers ES, tandis que les classes "lettres et sciences sociales" recrutent 30,7 % de bacheliers ES.

Même si les classes préparatoires restent le fait d'une minorité, il est nécessaire de souligner qu'un nombre de plus en plus élevé de bacheliers ES s'y dirigent. Ils représentent 12,8% des nouveaux inscrits en 2002-2003 contre 11 % cinq ans auparavant. La diminution des effectifs en première année de CPGE à la rentrée 2003-2004 a particulièrement touché les CPGE économiques et commerciales (- 4,7 %), mais la part des élèves recrutés en CPGE et détenteurs d'un baccalauréat ES reste de 12,3 %.

Si ce survol rapide des poursuites d'études des bacheliers ES atteste des nombreuses possibilités qu'offre la série, reste que le post-bac prépondérant et conforme aux objectifs d'un baccalauréat général demeure l'orientation universitaire. Cette orientation des baccalauréats généraux vers l'université constitue une priorité nationale réaffirmée, au moment même où ce type de recrutement connaît une certaine désaffection. À quoi tient-elle ?

Tableau : Recrutement en CPGE en 2003-2004 selon le baccalauréat d'origine (tableau 6)

Désaffection pour les cursus universitaires ?

Un mouvement général

La proportion de bacheliers, quelle que soit sa filière d'origine (générale, technologique ou professionnelle), poursuivant des études supérieures est restée stable depuis 1996, comme est restée constante la part des jeunes d'une génération obtenant le baccalauréat (62 % en 2002). Pour autant, derrière cette apparente stabilité, des modifications importantes se sont opérées. Les bacheliers issus des séries générales se détournent de l'orientation universitaire (moins 5 points en six ans, tableau 7). Plus déroutant, ce sont les élèves au profil le plus adapté tels les bacheliers les plus jeunes, dits "à l'heure", qui semblent délaisser l'inscription à l'université au profit des IUT et écoles spécialisées. Le phénomène est général, mais touche relativement moins la série ES, puisque la perte est limitée à trois points (tableau 8). À défaut d'une véritable désaffection à l'égard des cursus universitaires, un palier semble atteint. Pour expliquer cette situation, il faut, bien entendu, tenir compte de l'augmentation ainsi que de la diversification de l'offre de formation (multiplication d'écoles spécialisées après le baccalauréat), mais on ne peut occulter les arguments avancés par les bacheliers eux-mêmes : crainte de l'échec, manque d'encadrement...

Tableau : Poursuite d'études des bacheliers en 1996 et 2002 selon le type baccalauréat (tableau 7)

Tableau : Poursuite d'études selon les principales séries du baccalauréat général (tableau 8)

Réussite des bacheliers ES À l'Université

La crainte de l'échec est-elle véritablement fondée ? Il s'agit d'une question très légitime à laquelle il convient logiquement d'apporter des éléments de réponse lors de la présentation aux élèves des poursuites d'études possibles. Au titre des facteurs ayant une incidence sur la réussite, on ne peut que souligner l'importance de l'âge au baccalauréat, l'effet de la discipline universitaire retenue ainsi que l'impact du genre.

Pour appréhender la réussite des étudiants au Deug3, les statisticiens retiennent généralement deux indicateurs : le taux de réussite après un cursus de deux ans et le taux de réussite cumulé sur cinq ans, pour tenir compte des réorientations possibles ou des interruptions provisoires de cursus des étudiants. Leur calcul fait apparaître que les bacheliers ES ne dénotent pas des étudiants issus des autres séries générales concernant le taux de réussite en deux ans. L'écart est inférieur à un point si l'on raisonne toutes disciplines universitaires confondues (tableau 9). En revanche, les ex-bacheliers scientifiques ont des performances très nettement supérieures aux étudiants issus des autres séries, sur cinq ans. Au vu du tableau 9, plus que la série d'origine, l'âge d'obtention du baccalauréat semble déterminant. Ainsi peut-on constater qu'un élève de série ES ayant eu son baccalauréat "à l'heure" bénéficie d'un taux de réussite supérieur à celui d'un élève de série S ayant un an de retard.

Tableau : Taux de réussite au DEUG selon l'origine des étudiants et leur âge au baccalauréat, session 2002 (tableau 9)

Des taux de réussite différenciés

Par ailleurs, la discipline universitaire choisie apparaît discriminante dans l'explication des taux de réussite. Quelle que soit la série d'origine du candidat, son âge ou son genre, les UFR de droit et de sciences conservent des pratiques sélectives fortes (34,3 % de réussite sur deux ans en droit ; 40,7 % en sciences), alors que les UFR de lettres et de sciences humaines affichent des taux de réussite sur deux ans plus généreux : 60,3 % pour les premiers, 51,6 % pour les seconds.

Compte tenu de l'incidence de la série d'origine dans le choix de la discipline universitaire, les taux de réussite au Deug selon la nature du baccalauréat détenu (tableau 9, ligne "Ensemble") sont mécaniquement marqués par des effets de structure.

Incidence du genre

Les élèves issus de la série ES ne font pas exception au constat général d'une performance des filles supérieure, ainsi l'écart est-il de 15,4 points pour la réussite en deux ans et 11 points pour le taux de réussite cumulé sur cinq ans.

De cette analyse rapide des taux de réussite au Deug ressortent deux conclusions rassurantes pour les bacheliers ES. Premièrement, le fait d'être issu de cette série ne constitue pas à un handicap comme l'attestent les taux de réussite sur deux ans. Deuxièmement, les élèves ayant un cursus normal, sans retard, accroissent nettement leur chance de réussite.

Tableau : Taux de réussite au DEUG par discipline et série de baccalauréat en 2001 (tableau 10)

Tableau : Taux de réussite au DEUG par sexe et selon l'âge d'obtention du baccalauréat des étudiants issus de la série ES (tableau 11)

Tableau : Taux de réussite selon la série et le sexe (tableau 12)


(1) Repères, références statistiques sur les enseignements, la formation et la recherche, ministère de l'Éducation nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, 2004.

(2) "Points de repère sur l'enseignement des sciences économiques et sociales", rentrée 2000-2001, Inspection générale, groupe Sciences économiques et sociales, en ligne sur les sites disciplinaires académiques.

(3) Les statistiques n'intègrent pas encore la nouvelle organisation universitaire LMD dont la mise en oeuvre échelonnée selon les universités débute tout juste.

Idées, n°141, page 6 (09/2005)

IDEES - Que deviennent les bacheliers ES ?