Dossier
L'orientation vers le post-bac : un enjeu renforcé

Sarah Roux-Périnet, IA-IPR de sciences économiques et sociales

Selon une périodicité variable, la question de l'orientation revient au centre des préoccupations de la revue. Cette récurrence tient, bien sûr, à l'enjeu qu'elle représente pour le bon fonctionnement de notre système, mais aussi à l'évolution permanente de l'offre, des conditions de formation et des profils requis de sorte qu'un état des lieux régulier s'impose.

Article : Que deviennent les bacheliers ES ?

Article : Élaboration des choix d'orientation des élèves de ES

Article : Les classes préparatoires BL, "lettres et sciences sociales"

Article : Les classes préparatoires économiques et commerciales, voie économique

Séquence pédagogique : Objectifs et changements majeurs de l'instauration du MLD

Depuis le plan Langevin-Wallon1 (1947), le système éducatif français se fixe des objectifs ambitieux mais contradictoires qui s'organisent autour de quatre principes2 : "la démocratisation de l'enseignement (principe de justice), la diffusion de la culture, l'individualisation de l'action pédagogique (droit des jeunes à un développement complet) et l'adaptation de l'Éducation nationale aux besoins de l'économie". Si la démocratisation ou, pour le moins, la massification du recrutement scolaire doit contribuer à fournir une main-d'oeuvre élargie au système productif, reste que la reconnaissance légitime d'un droit à chaque élève de choisir son cursus constitue une première source de hiatus possible. Par quel mécanisme, en effet, les aspirations des élèves correspondraient-elles précisément aux besoins de l'économie ? De la même façon, comment concilier l'objectif inscrit d'un enseignement basé sur la diffusion d'une culture générale avec celui d'une adaptation des compétences des élèves aux exigences spécifiques du monde professionnel ?

Loin de s'estomper au cours du temps, ces contradictions se sont plutôt exacerbées. L'élève placé au centre du système, la priorité accordée à son projet personnel reconnue depuis la loi d'orientation de 19893 sont autant d'impératifs qui rendent encore plus délicate la question de l'adéquation au système productif. Or la nouvelle loi Fillon insiste avec force sur ce dernier aspect. L'objectif, désormais, n'est plus seulement d'amener 80 % d'une classe d'âge au baccalauréat mais d'obtenir que 50 % de celle-ci détienne un diplôme de l'enseignement supérieur, de façon à élever le niveau de qualification de la population active nécessaire à la compétitivité de notre économie.

Dans ce contexte, l'aide à l'orientation devient une pièce maîtresse du système, elle est le moyen de permettre des ajustements qui n'ont aucune raison de se faire naturellement. C'est à ce titre que le "droit au conseil en orientation et à l'information", inscrit dans l'article 8 de la loi d'orientation de 1989, est repris dans le nouveau texte sous la forme suivante : "L'orientation et les formations proposées aux élèves tiennent compte de leurs aspirations, de leurs aptitudes et des perspectives professionnelles liées aux besoins prévisibles de la société, de l'économie et de l'aménagement du territoire" (second alinéa de l'article L. 313-1 du Code de l'éducation).

L'obligation faite aux enseignants de s'impliquer dans l'élaboration du projet de l'élève4 change progressivement de nature. D'une obligation de moyens : informer sur l'offre existante, on passe insensiblement à une obligation de résultats : conduire 50 % d'une classe d'âge à l'obtention d'un diplôme de l'enseignement supérieur. Pour y parvenir, nul doute que les enseignants doivent de plus en plus s'attacher aux profils requis dans chacune des formations, aux matières enseignées, aux coefficients ainsi qu'aux modes d'évaluation qui les caractérisent. Le champ est immense et la position à tenir délicate. Informer, c'est fournir les renseignements les plus étoffés possibles sans prise de position sur l'opportunité du choix ou non. Veiller à ce que l'orientation retenue soit couronnée de succès, c'est directement ou indirectement formuler un point de vue sur la pertinence ou non du choix.

Si ces enjeux concernent, bien entendu, l'ensemble des professeurs, et ce quels que soient le niveau d'enseignement et la discipline dispensée, ce dossier s'attache au seul cas des professeurs de SES dans le cadre de l'aide à l'orientation des élèves de terminale.

Informer efficacement

La première tâche du professeur en matière d'orientation consiste donc à produire une information, complète et actualisée, à même d'aider l'élève à élaborer un choix éclairé. Pour simple que soit cette ambition, sa réalisation n'est guère aisée. Loin de faire défaut, l'information perd de sa lisibilité en raison de son caractère surabondant. Les supports et modalités d'accès se sont multipliés. Entre les traditionnelles brochures Onisep, les CIO, les forums divers, salons d'étudiants, journées portes ouvertes, les sites institutionnels ou non, la difficulté vient plutôt de la nécessité de procéder à une synthèse suffisamment exhaustive pour être utile, mais assez brève pour permettre une vue d'ensemble. C'est à cette fin que le premier article du dossier propose un état des lieux du devenir des bacheliers ES.

Contribuer aux attentes institutionnelles

Délivrer une information complète constitue une étape nécessaire, mais est-elle suffisante pour amener les élèves à s'orienter selon les attentes institutionnelles ? Très concrètement, de quelle marge de manoeuvre dispose-t-on lorsqu'un écart apparaît entre les voeux exprimés par les élèves et les objectifs affichés ? La nouvelle loi prévoit de rétablir une cohérence plus marquée entre filières professionnelle, technologique, générale et les post-bac afférents : BTS, DUT, université et CPGE. Dans ce cadre, la poursuite d'études dans des filières longues devient le passage normal des élèves issus de la série ES. Pourtant, cette continuité logique est mise à mal par un recrutement de plus en plus large dans des post-bac courts. C'est à travers une étude locale de deux académies du Centre que le second article pose cette question de l'écart entre souhaits des élèves et attentes institutionnelles, avant d'envisager quelques pistes.

Connaître les filières

Deux articles très complets s'attachent à détailler ces voies qui restent encore trop souvent d'exception, l'un réservé aux "prépas BL", l'autre aux "prépas commerciales". Il importe, en effet, que les élèves de bon niveau puissent profiter de ces formations solides. Trop souvent, par ignorance, les élèves tendent à surestimer le niveau d'exigences requis et écartent ces possibilités. À l'inverse, lorsqu'un enseignant doit faire face à une telle demande, il n'est pas rare qu'il soit démuni d'informations précises tant elle présente un caractère exceptionnel.

Ces cursus n'étant pas le lot commun, un retour sur le choix le plus fréquent, à savoir les filières universitaires, est proposé dans le cadre du dernier article. Bien qu'il s'agisse du post-bac le plus connu des collègues, un éclairage sur les modifications apportées par la réforme LMD (Licence-Master-Doctorat) a semblé utile. Le souci d'harmonisation européenne a conduit à un découpage en trois niveaux du cursus, rendant partiellement caduc le niveau maîtrise. Outre cet alignement de structures, la mise en place du LMD dans les universités, étalée sur trois ans (entrée en vigueur dans la dernière zone à la rentrée 2005-2006), s'accompagne de changements assez conséquents : organisation semestrielle, obtention des diplômes à partir d'un système de crédits capitalisables et transférables, professionnalisation obligatoire du master... Globalement, si cette réforme vise à plus d'attractivité, reste que les passerelles anciennes entre filières courtes et filières longues perdent leur caractère systématique.


(1) Le Plan Langevin-Wallon de réforme de l'enseignement, Paris, Puf, 1964.

(2) La Fin de l'École républicaine, Philippe Raynaud, Paul Thibaud, Paris, Calmann-Lévy, 1990.

(3) Article 1 : "L'éducation est la première priorité nationale. Le service public d'éducation est conçu et organisé en fonction des élèves et des étudiants. Il contribue à l'égalité des chances. Le droit à l'éducation est garanti à chacun afin de lui permettre de développer sa personnalité, d'élever son niveau de formation initiale et continue, de s'insérer dans la vie sociale et professionnelle, d'exercer sa citoyenneté. L'acquisition d'une culture générale et d'une qualification reconnue est assurée à tous les jeunes..."

(4) "Les missions de l'enseignant", BO n° 22 du 29 mai 1997 : "Le professeur doit pouvoir établir un dialogue constructif avec les familles et les informer sur les objectifs de son enseignement, examiner avec elles les résultats, les aptitudes de leurs enfants, les difficultés constatées et les possibilités de remédiation, conseiller, aider l'élève et sa famille dans l'élaboration du projet d'orientation. Au sein des conseils de classe, il prend une part active dans le processus d'orientation des élèves."

Idées, n°141, page 4 (09/2005)

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