Editorial

Editorial du numéro 141 ("Spécial orientation")

Gilles Martin

L'IUT, c'est mieux que la fac !" - "Il n'y a que les élèves de S qui réussissent en fac de sciences éco." - "Il paraît que les élèves de prépa travaillent plus de 80 heures par semaine." Tout comme moi, ces formules toutes faites, vous avez dû les entendre des dizaines de fois dans la bouche de nos élèves de terminale ES. Et si ces rumeurs ont la vie aussi longue, c'est en partie parce que nous ne disposons pas toujours des preuves statistiques pour déconstruire ces prénotions.

En consacrant un dossier complet à l'orientation, nous espérons vous aider dans cette rude mais essentielle tâche qui vous incombe. Car améliorer l'information des élèves c'est aussi combattre l'inégalité des chances, en modifiant la rationalité des acteurs... ou en infléchissant le poids de l'habitus !

En privilégiant la présentation des filières de l'enseignement supérieur où l'on continue à faire des SES, notre objectif est aussi de vous permettre de montrer à vos élèves que notre discipline n'est pas, comme certains se plaisent à le dire, une erreur génétique propre à l'enseignement secondaire...

Fréquemment, l'apprentissage des pourcentages avec nos élèves de seconde ou première est source de conflits... avec nos collègues de mathématiques. Certains élèves peuvent ainsi avoir l'impression que pour calculer un pourcentage de variation, il y a la méthode (scientifique) du prof de maths et la méthode (parfois très expérimentale...) du prof de SES. Jacques Bair et Valérie Henry nous montrent que le hiatus persiste dans l'enseignement supérieur et peut conduire à des interprétations contradictoires d'un graphique apparemment aussi simple qu'une courbe de demande.

En décembre dernier, Marc Montoussé ouvrait une réflexion sur la place que devraient tenir les théories économiques dans notre enseignement de SES et sur le rôle du débat théorique. Comme je le souhaitais, cette contribution a permis de lancer un débat de fond et, dans la rubrique "Vie de la discipline", vous trouverez trois articles qui sont autant de réponses aux propositions de Marc Montoussé.

S'il est essentiel de définir des principes généraux pour notre enseignement - c'est le rôle des programmes ou des débats sur leur application - en bon sociologue qu'il est, le professeur de SES doit aussi tenir compte "du terrain". Enseigner les SES dans les lycées français à l'étranger est ainsi une expérience tout à fait originale. L'exemple de l'Amérique latine que nous propose le groupe de Saõ Paulo montre à quel point les réalités sociales modifient la perception des problèmes économiques et sociaux mais aussi, peut-être, à quel point, au fil des réformes, nos programmes sont devenus "eurocentrés"...

Idées, n°141, page 1 (09/2005)

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