Dossier : Innovation, concurrence et croissance

Croissance comparée Europe/États-Unis

Le dossier documentaire a été préparé par Marc Gurgand et Akiko Suwa-Eisenmann.
Les travaux dirigés ont été élaborés par des enseignants participant aux journées organisées par l'École d'économie de Paris (75).

Le dossier proposé est constitué de divers documents développant plusieurs déterminants de la croissance des pays. Il est suivi de travaux dirigés.
Les documents 1 à 3 illustrent les différences de croissance entre l'Europe et les États-Unis, ainsi que la contribution relative des multiples facteurs de production à la croissance. Le document 4 synthétise les apports des nouvelles théories de la croissance. Les documents 5 à 8 se concentrent sur la R&D comme facteur de croissance. Enfin, les documents 9 à 11 explicitent la relation entre croissance et éducation.
Le premier TD met l'accent sur la décomposition des facteurs de croissance, tandis que le deuxième et le troisième explorent le rôle de la R&D et de l'éducation.

Dossier documentaire

Document 1

Graphique : PIB par tête de l'Europe des quinze et du Japon par rapport aux Etats-Unis entre 1950 et 2000 (document 1)

Document 2

Tableau : Taux de croissance du PIB et du PIB par tête, Etats-Unis et Europe des quinze (document 2)

Document 3

Tableau : Décomposition de la croissance du PIB, Etats-Unis et Europe des quinze (document 3)

Document 4 : les nouvelles théories de la croissance

Développées au cours de ces quinze dernières années, les nouvelles théories de la croissance reposent sur quatre idées essentielles que l'on peut résumer ainsi :

  • l'innovation et l'adaptation technologiques sont les moteurs de la croissance de la productivité et par suite de la croissance à long terme d'un pays ou d'un secteur de l'économie. Elles prennent la forme de nouveaux produits, de nouveaux procédés de production, de nouvelles formes d'organisation au sein des entreprises et des marchés ;
  • l'innovation et l'adaptation technologiques sont produites pour une large part au sein des entreprises. Ces activités dépendent des incitations entrepreneuriales à innover, elles-mêmes étant influencées par les politiques et l'environnement économiques (politique des brevets et de la propriété intellectuelle, subventions à la R&D, politique de la concurrence, offre de travailleurs qualifiés, etc.) ;
  • l'idée schumpétérienne de "destruction créatrice" explique une large part du phénomène de croissance de la productivité : toute innovation nouvelle accélère l'obsolescence des technologies existantes ainsi que celle des biens d'équipement et des qualifications associés à ces technologies. Par conséquent, l'innovation contribue à augmenter les inégalités entre ceux qui s'adaptent rapidement au progrès technique et ceux qui ne suivent pas ; en particulier, elle tend en général à creuser les écarts de revenus entre travail qualifié et travail non qualifié ;
  • le stock de capital humain conditionne l'aptitude d'un pays à innover et/ou à rattraper les pays plus développés. Cette idée selon laquelle les rendements de l'éducation se mesurent avant tout à l'aune du progrès technique nous renvoie directement à l'article de Nelson et Phelps.

Les nouvelles théories de la croissance impliquent que les différences observées, à la fois en niveaux de PIB par tête et en taux de croissance de la productivité (à court et moyen termes) d'un pays à l'autre, sont largement dues à des différences dans les systèmes et politiques de R&D et également aux différences entre les systèmes éducatifs dans la mesure où ces systèmes conditionnent l'offre de travail qualifié capable d'engendrer du progrès technique.

L'éducation et la recherche sont facteurs de croissance dans tous les pays quel que soit leur niveau de développement technologique :

  • dans les pays proches de la frontière technologique, l'éducation augmente l'offre de chercheurs ou développeurs potentiels et, par suite, réduit le coût de la R&D ; par conséquent, elle est de nature à renforcer les effets incitatifs de toute politique directe de subvention à la R&D sur l'innovation ;
  • dans les pays ou secteurs moins développés technologiquement, l'éducation et la R&D facilitent l'adoption de nouvelles technologies introduites auparavant dans les pays plus avancés et leur adaptation aux situations géographiques et économiques locales (ce qui est en soi une innovation), permettant ainsi d'atteindre un niveau plus élevé de productivité des facteurs. Un exemple illustratif du rôle de l'éducation et de la recherche dans la diffusion technologique est celui de la "révolution verte" ; partant d'une innovation fondamentale dans le domaine de l'hybridation des graines végétales, les pays en voie de développement les mieux dotés en travailleurs hautement qualifiés, en équipements de recherche et en universités, ont été les mieux à même de produire de nouvelles qualités de riz, blé, adaptées aux conditions locales.
Aghion Philippe et Cohen Élie, Éducation et croissance, Rapport du CAE, La Documentation française, 2004, p. 19-20.

Document 5 : recherche et développement : l'Europe à la traîne

L'Europe n'a toujours pas donné le coup d'accélérateur nécessaire en recherche et développement (R&D) pour se maintenir dans la course de l'économie de la connaissance, selon l'édition 2006 des Perspectives de la science, de la technologie et de l'industrie, publiée lundi 4 décembre par l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), à la différence des États-Unis, et encore davantage de la Chine, dont la dépense en R&D sera supérieure à celle du Japon en 2006, selon les extrapolations de l'OCDE.

Globalement, pour l'ensemble des pays faisant partie de l'Organisation, "les perspectives d'une poursuite de la croissance des investissements dans la science, la technologie et l'innovation sont excellentes", estiment les auteurs du rapport. Mais les disparités d'un continent à l'autre sont considérables. L'écart continue de se creuser entre les États-Unis et l'Europe. Les dépenses de R&D ont augmenté en moyenne de 4 % par an entre 2002 et 2004 de l'autre côté de l'Atlantique, pour atteindre près de 313 milliards de dollars (235 milliards d'euros), contre 210 milliards de dollars, en 2004, dans l'Union européenne à Vingt-cinq, une dépense en croissance presque deux fois moindre (+ 2,3 % entre 2000 et 2003).

Certes, ces chiffres, arrêtés en 2004, ne tiennent pas compte de la reprise des investissements de recherche par les entreprises européennes, observée en 2005, en raison de la bonne conjoncture économique. Les dépenses de R&D des entreprises avaient alors augmenté de 5,3 % après avoir quasiment stagné en 2004 et régressé en 2003, selon Bruxelles.

Mais comme ce résultat demeure inférieur à celui des États-Unis (+ 8,1 %), il ne remet pas en question le constat global, à savoir que l'Europe accroît son retard vis-à-vis des États-Unis.

Plus que jamais, les objectifs de Lisbonne selon lesquels l'investissement européen en R&D devait atteindre 3 % du produit intérieur brut (PIB) apparaissent donc comme inatteignables.

Ce taux, appelé aussi "intensité technologique", a même régressé en France, selon l'OCDE, passant de 2,28 % en 2003 à 2,16 % en 2004.

La question des effectifs de scientifiques est également préoccupante. Dès 2003, l'Union européenne avait tiré la sonnette d'alarme, en disant qu'il fallait que l'Europe compte 700 000 chercheurs de plus en 2010 pour atteindre les objectifs de Lisbonne. Cet objectif a peu de chance d'être atteint, en raison, essentiellement, du faible taux de chercheurs en entreprises dans les pays de l'Union. Et si, quantitativement, le secteur public fait un meilleur score, "l'inadaptation du système de formation, qui produit des chercheurs en surabondance dans certaines filières et délaisse la formation de scientifiques dans des secteurs où il existe une forte demande, demeure", indique Mario Cervantes, économiste à l'OCDE.

"Recherche et développement : l'Europe à la traîne", Le Monde du 6 décembre 2006.

Document 6

Graphique : Les dépenses de R&D par source en 1999, en pourcentage du PIB (document 6)

Document 7

Graphique : Intensité de la R&D rapportée à la valeur ajoutée : industrie de faible technologie (document 7a)

Graphique : Intensité de la R&D rapportée à la valeur ajoutée : industrie de moyenne/haute technologie (document 7b)

Graphique : Intensité de la R&D rapportée à la valeur ajoutée : industrie de moyenne/faible technologie (document 7c)

Graphique : Intensité de la R&D rapportée à la valeur ajoutée : industrie de haute technologie (document 7d)

Document 8 : produire de la connaissance

[...] Du point de vue de la productivité totale des facteurs, il est nécessaire d'accélérer l'investissement dans l'économie de la connaissance, par une élévation de la dépense dans l'enseignement supérieur, dans les logiciels et dans la R&D. En ce qui concerne la R&D, [...] l'urgence n'est pas d'augmenter directement la dépense publique en R&D mais de créer les conditions favorables à un accroissement autonome des dépenses de recherche. L'analyse empirique a identifié trois principaux canaux d'action, à savoir une plus large intégration des marchés des produits, l'éducation et des marchés financiers plus efficaces. La taille des marchés des produits semble cruciale, car le développement de nouveaux produits entraîne généralement d'importants coûts fixes d'investissement. Les activités de recherche étant intensives en capital humain, l'éducation est un préalable essentiel à la R&D. Enfin, des structures financières reposant davantage sur les actifs semblent soutenir les formes d'investissement les plus risquées, comme la R&D, plus efficacement que le système bancaire.

An Analysis of EU and US Productivity Development, Commission européenne, juillet 2004, p. 52 (traduction de Marc Gurgand).

Document 9

Tableau : Dépenses d'éducation et niveaux scolaires en Europe et aux Etats-Unis (document 9)

Document 10

Graphique : Taux de croissance du PIB 1960-1985 en fonction d'un indice de scolarisation en 1960 (document 10)

Document 11

Graphique : Nombre de diplômes de doctorat en sciences (document 11)

Travaux pratiques

Décomposition des facteurs de croissance

Ce premier TD utilise les documents 1 à 4. Il peut se placer à l'intérieur du cours sur les facteurs de la croissance, le prérequis étant le principe de décomposition en facteurs. On se concentre sur la mesure d'un écart de croissance et ses déterminants. La séquence contient trois objectifs :

  • comparer les rythmes de croissance économique aux États-Unis et dans l'Europe des Quinze à partir des années 1960 et analyser l'écart de croissance ;
  • décomposer les facteurs de la croissance économique pour identifier les contributions de chacun ;
  • faire apparaître l'importance du progrès technique en tant que déterminant de la croissance et montrer sa contribution inégale dans les croissances américaine et européenne.

Selon l'avancement dans le cours, on pourra directement commencer par le deuxième objectif.

Le diagnostic du décrochage

Document 1

Comparez le PIB par tête de l'Europe des Quinze par rapport à celui des États-Unis en 1950 et en 2000.

Peut-on parler d'un rattrapage du PIB par tête de l'Europe des Quinze ?

Document 2

À l'aide des documents 1 et 2, peut-on parler de stagnation du PIB par tête de l'Europe des Quinze à partir de 1975 ?

Quelle est la particularité de la période 1996-2000 ?

Décomposition des contributions des facteurs à la croissance

Document 3

À l'aide d'un calcul simple, montrez comment évolue l'écart de croissance entre les États-Unis et l'Europe des Quinze.

Sans calcul, comparez la contribution du facteur travail à la croissance, aux États-Unis et dans l'Europe des Quinze.

Exprimez le chiffre "- 0,7" dans une phrase. Que peut signifier une valeur négative pour la contribution du facteur travail à la croissance ? Quelles peuvent être les pistes d'explication ?

Sans calcul, comparez la contribution du capital et son évolution dans la croissance aux États-Unis et dans l'Europe des Quinze.

Sans calcul, comparez la contribution du "résidu" et son évolution dans la croissance aux États-Unis et dans l'Europe des Quinze.

Le rôle du progrès technique

Document 4

D'après ce document, comment l'innovation détermine-t-elle la croissance ?

Quels sont les mécanismes par lesquels elle permet d'accroître la productivité ?

Le rôle des dépenses de la R&D et de l'éducation

Ce deuxième TD (préparé par Frédérique Bagot, Dany Caillet, Gérard Caplanne et Lucien Orio) utilise les documents 1, 4, 5, 6, 7, 8, 9 et 10. Son objectif est de repérer la fin de la convergence Europe/États-Unis, de réfléchir au rôle des dépenses en R&D et en éducation et de s'interroger sur les politiques publiques susceptibles de renforcer la croissance de longue période dans l'Union européenne.

Le poids des variables démographiques et le rôle des politiques macroéconomiques (monétaire, budgétaire) n'ont pas été pris en compte. Par ailleurs, ce travail étant conçu pour des élèves de terminale ES, il fait l'impasse sur les discussions théoriques autour du modèle de Solow et des modèles de croissance endogène.

Document 1

Mesurez l'écart de PIB par tête entre les États-Unis et l'Europe en 1950 et en 2000.

Périodisez la croissance européenne par rapport à la croissance américaine de 1950 à 2000.

Document 4

(Dernier paragraphe seulement, à partir de "l'éducation et la recherche...")

Que signifie l'expression "frontière technologique"?

Appliquez cette notion à la lecture du document 1.

Document 5

Recherchez les objectifs du sommet de Lisbonne.

En quoi peut-on parler d'un retard européen ?

Document 6

Comparez le niveau et la structure des dépenses en R&D en Europe et aux États-Unis.

Positionnez la France par rapport aux autres pays européens.

Document 7

Les entreprises industrielles françaises dépensent-elles moins en R&D ?

De quel handicap semble souffrir l'industrie française ?

De quelle manière le document 7 éclaire-t-il le document 6 ?

Document 8

Quels sont les facteurs qui favorisent le développement d'une économie de la connaissance ?

Quelle relation pouvez-vous établir entre les documents 6 et 8 ?

Document 9

Le niveau d'éducation de la population américaine est-il plus élevé que celui de la population européenne ?

L'écart peut-il s'expliquer par l'importance des dépenses d'éducation ?

Quelle est la particularité de la structure des dépenses d'éducation aux États-Unis ?

Document 10

Formulez en une phrase la corrélation observée.

Quelle relation établissez-vous entre ce document et le précédent ?

Conclusion

Vers quelles politiques publiques l'Europe devrait-elle s'engager pour converger à nouveau vers le niveau de PIB/tête américain ?

Le rôle de la R&D et de l'éducation sur l'innovation et la croissance

Ce troisième TD (préparé par Gérard Grosse, Fabrice Millet, Hervé Moreau, Gérard Souchet et Martine Ubersfeld) utilise les documents 4, 6, 7, 8, 9 et 11. Son objectif est de mettre en évidence les rôles conjoints de la R&D et de l'éducation sur l'innovation et la croissance, en particulier d'insister sur les aspects structurels et les politiques de long terme : augmenter la proportion de diplômés dans la population contribue à faire évoluer l'appareil productif vers des secteurs de plus haute technologie.

Les prérequis sont : différences de croissance, de productivité et de niveaux de vie entre la France et les États-Unis. Le constat de retard relatif est supposé vu. On met aussi de côté le poids de la FBCF (voir le premier TD). D'autres explications, comme les différences en matière de régulation conjoncturelle, ne sont pas abordées, de même que les réformes structurelles des différents marchés.

Innovation et croissance

Document 4

(Préparation à la maison)

Illustrez par des exemples les trois formes d'innovation évoquées dans le deuxième paragraphe.

Pourquoi et comment les innovations doivent-elles être protégées ?

Quels peuvent être les effets de l'innovation sur les salariés ?

Compléter le schéma ci-dessous avec les termes suivants : R&D, éducation, obsolescence des technologies et des qualifications, innovations, adaptation de la main-d'oeuvre et lutte contre les inégalités, protection de l'innovation.

Éducation et innovation

Documents 4 et 8

Expliquez la phrase: "L'éducation est un préalable à la R&D".

Document 9

Faites une phrase utilisant les deux données entourées (12,2 % et 38,9 %).

Quelle conclusion générale pouvez-vous tirer de la comparaison Europe/États-Unis quant au niveau de formation de la population de 25 à 64 ans?

Quel lien peut-on faire entre le constat précédent et le niveau de dépense d'éducation ?

Document 11

Rédigez une phrase décrivant les chiffres de l'année 1996.

La population totale de la France, du Royaume-Uni et de l'Allemagne est d'environ 210 millions d'habitants et celle des États-Unis est de 300 millions d'habitants : rapportez le nombre de nouveaux docteurs en sciences à la population de chacun des deux ensembles.

Comparez l'écart entre l'Allemagne et les États-Unis en 1996 et en 1981. Que constatez-vous ?

Les résultats obtenus aux deux questions précédentes vous paraissent-ils contradictoires ?

R&D et innovation

Document 6

Rédigez une seule phrase donnant la signification des données pour l'Europe des Quinze (EU-15) et les États-Unis.

Comparez la répartition public/privé des dépenses de R&D des États-Unis et de l'Europe des Quinze.

Classez les pays européens selon deux modèles : d'une part, les pays dont la répartition public/privé de l'effort de recherche se rapproche du modèle nord-américain, d'autre part les pays qui s'en éloignent.

De ces deux groupes, quel est celui qui participe le plus à l'effort de recherche européen ?

Document 7

Rédigez une phrase donnant la signification des nombres concernant la France et les États-Unis en 2000 pour les industries de moyenne à faible technologie.

Comparez l'effort de recherche des États-Unis et de la France dans chacun des quatre secteurs.

L'effort de recherche est-il du même niveau dans tous les secteurs ?

Question de synthèse

Après avoir montré l'importance de la R&D et de l'éducation dans le processus d'innovation, vous direz quelle politique de long terme il faut mettre en oeuvre pour faire évoluer la structure économique française.

Idées, n°150, page 27 (12/2007)

IDEES - Croissance comparée Europe/États-Unis