Quelques modèles d'entrepreneurs (1)

Le lecteur de Schumpeter ressentira sans doute une grande surprise en constatant la quasi-absence de grande figure "historique" d'entrepreneur. En effet, Schumpeter concrétise peu ses propositions théoriques, comme dans Business Cycles où il évoque les figures des frères Pereire et de John Law. Il précise, dans ce même ouvrage, que l'entrepreneur se trouve souvent à la tête et parmi les propriétaires d'une firme. En 1928 [15], il évoque quatre types modernes d'entrepreneurs :

  • le propriétaire d'usine et le marchand. Il existe dans le contexte "d'une ère concurrentielle" et encore aujourd'hui. Il combine des fonctions économiques hétérogènes (commercial, il gère les affaires courantes). Son éducation est technique et commerciale voire juridique. Il correspond à un bourgeois avec un esprit de famille qui n'aime pas l'intervention de l'extérieur dans sa firme. Il vient de la frange supérieure de la classe qui travaille ;
  • le capitaine moderne d'industrie. C'est un type plus "pur" que le précédent. Il ne représente pas uniquement les intérêts de sa famille ou les siens, mais est intéressé par le fait de gagner, d'agir dans des "situations dangereuses" ;
  • le manager salarié. Sa trajectoire ressemble plus à celle d'un fonctionnaire que d'un propriétaire de firme ;
  • le fondateur. Il est complètement focalisé sur sa fonction d'entrepreneur. Il possède peu de relations. Son statut social et moral est peu élevé.
    [15] Schumpeter J. A., "La marche au socialisme. Les perspectives du capitalisme américain (1950)", Capitalisme, socialisme et démocratie, 1990, Paris, Payot, p. 433-447.

(*) Pour une autre typologie de l'entrepreneur, voir les travaux de Sophie Boutillier et Dimitri Uzunidis et notamment L'Aventure des entrepreneurs, Studyrama, 2006.

Idées, n°149, page 40 (09/2007)

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