Les perdants et les gagnants de la mondialisation

Jeffrey G. Williamson dans un Working Paper du NBER(*) pose le problème des gagnants et des perdants dans les deux phases de mondialisation, celle qui se termine avec la Première Guerre mondiale et celle qui commence après la Seconde Guerre mondiale. Une question préalable se pose : quel est le lien entre mondialisation et accroissement des inégalités ? On sait que la divergence internationale des revenus commence il y a plus de quatre siècles (donc bien avant la mondialisation du XIXe siècle) avec une triple dimension : inégalités croissante entre nations européennes mais aussi à l'intérieur de ces nations et enfin entre l'Europe et l'Asie. On peut en déduire que la mondialisation n'est pas une condition nécessaire pour que les inégalités internationales s'accroissent. Mais, comme on peut le voir sur le graphique 4, la composante internationale de l'inégalité mondiale (c'est-à-dire l'inégalité entre pays) augmente rapidement pendant la première mondialisation, ce qui est révélateur des effets négatifs de l'intégration commerciale pour les économies du Sud. En ce qui concerne les inégalités internes, on constate qu'elles ne contribuent pas à aggraver l'inégalité mondiale pendant la première mondialisation : il faut rappeler que les grands perdants pendant cette première phase sont les propriétaires terriens qui voient leurs rentes diminuer avec la baisse des prix agricoles liée à l'ouverture commerciale (les propriétaires terriens et les agriculteurs sont moins touchés dans les pays protectionnistes comme la France ou l'Allemagne) tandis que les gagnants sont les ouvriers qui bénéficient avec l'essor du nouveau monde et la deuxième révolution industrielle en Europe d'une demande croissante de travail. Les rentes foncières qui sont dans les hauts revenus ont tendance à s'éroder, tandis que les salaires des ouvriers bénéficient de la demande soutenue et de l'essor des syndicats. Avec la deuxième révolution industrielle on n'assiste pas à une progression comparable des inégalités internationales. Ainsi, le dernier rapport du Centre de développement de l'OCDE constate à partir des études réalisées : "La mondialisation produit des résultats insatisfaisants dans de nombreux pays en développement mais ses effets nets sont faibles. Qu'ils soient positifs ou négatifs, ils sont souvent mineurs et s'annulent les uns les autres. Autrement dit, la mondialisation n'est pas la source majeure des problèmes de développement, de pauvreté ou d'inégalités ; les facteurs internes sont les plus importants(**)." Au pire, la mondialisation ne ferait qu'accentuer les problèmes propres à chaque économie, en particulier dans les pays les moins avancés qui sont les plus vulnérables à tout changement qui vient mettre en péril des populations en situation de grande pauvreté. Le problème serait donc d'améliorer la préparation de ces économies à une plus forte concurrence ce qui pose la question de l'amélioration de la qualité des institutions.


(*) Williamson Jeffrey G., "Winners and losers over two centuries of globalization", Working Paper, septembre 2002, 9161, http://www.nber.org/papers/w9161.

(**) Séminaire du Centre de développement sous la direction de Richard Kohl, "Mondialisation, pauvreté et inégalité", OCDE, 2003, p. 19.

Idées, n°145, page 19 (09/2006)

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