Sommaire du numéro 37

L'Economie politique n° 37hiver 2008 Qu'est-ce que l'économie de marché ?

 

Editorial

Ce qu'en pensent les économistes

  • Depuis plus de deux siècles, le marché est sujet de discorde entre économistes. Les uns y voient un merveilleux mécanisme d'horlogerie qui, par le miracle du mouvement des prix, transforme le chaos en ordre, la multitude des intérêts particuliers en intérêt général. Les autres y voient une source d'inégalités sociales sans cesse renouvelées, où le fort tire profit du faible, où l'avidité - " enrichissez-vous ! " - tient lieu de morale et de ressort. D'un côté, l'apologie de la " main invisible " conduisant chacun à " remplir une fin qui n'entre nullement dans ses intentions ", de l'autre, des " stimulants grossiers " conduisant à élever des " chasseurs de dollars " (John Stuart Mill).

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  • L'autonomisation de l'économie relativement aux autres sciences sociales, au début du XIXe siècle, naît de la conviction profonde que la sphère économique, qui rassemble les activités ayant trait à la production et la distribution des richesses, est le lieu d'un phénomène unique au sein des affaires humaines : l'existence d'un ordre autonome, spontané, ne reposant sur aucun accord explicite ni aucune volonté collective. Le lieu ou se manifeste cet ordre spontané, c'est le marché, dès lors qu'il induit une concurrence suffisante entre les différents acteurs. Le mouvement de l'économie politique repose ainsi sur cette conviction que le marché peut, en économie, débarrasser la collectivité humaine de la question de l'accord collectif, que celui ci prenne la forme du contrat social (et du Léviathan), comme chez Hobbes, ou bien encore de la convention, comme chez Hume. En économie, chacun serait ainsi " libre de tous les autres ", débarrassé de l'épineuse question de la coordination ou de la coopération avec les autres, affranchi de tout cadre d'action commun, et ce tout en contribuant par cette liberté même à l'intérêt collectif.

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  • Parler de l'économie de marché suppose en tout premier lieu qu'on la définisse. Cela pourrait sembler facile, tant la notion de marché paraît liée à celle d'économie, tant il est clair que l'échange libre entre un producteur et un consommateur, mécanisme que l'expression de marché illustre, est au centre de la réflexion des économistes, que ce soit pour le magnifier ou au contraire pour en souligner les limites.

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  • Dans les premières décennies de l'après-guerre, l'expression " économie de marché " servait à désigner les économies distinctes de celles des pays du " socialisme réel ", dites " économies planifiées ".Même si le capitalisme de cette époque de compromis social n'avait pas la violence propre au capitalisme néolibéral, cette terminologie s'imposait déjà pour désigner les économies capitalistes. De fait, " économie de marché " constitue une manière détournée de dire " capitalisme ". Il est facile de comprendre le succès de cette formule euphémique désormais consacrée, car parler de " capitalisme " suggère directement l'existence de " capitalistes ", c'est-à-dire d'une classe sociale dominant un système hiérarchisé, alors qu'" économie de marché " renvoie à une société d'égaux.

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Ce qu'en disent les historiens

  • Quiconque connaît un peu l'histoire des deux derniers siècles a de quoi s'étonner lorsqu'il voit ressurgir, dans un monde totalement différent, des discours sur la concurrence assez semblables à ceux des premiers temps de l'industrialisation. La perplexité s'accroît lorsqu'on voit s'affirmer au même moment deux tendances fortes, mais tout à fait contradictoires, des sociétés contemporaines : la concurrence est une valeur aujourd'hui partout saluée et dont la place s'affirme au sein de nos institutions (en Europe comme au Japon et aux Etats-Unis), alors qu'elle ne paraît pas tellement appréciée par les principaux acteurs du monde des affaires. Tout se passe comme si, dans la majorité des cas, les entrepreneurs s'efforçaient non pas d'être les plus compétitifs, mais d'échapper à la concurrence, ce qui est assez différent.

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  • Les ideés reçues ont la vie dure. a lire bien des analyses, l'économie française aurait souffert (et souffrirait encore) du poids trop lourd de l'Etat, d'un excès de règlements et de contraintes multiples, autant de freins à la croissance nationale. Victime d'un interventionnisme quasiment atavique en France, l'économie de marché y aurait ainsi toujours été bridée, empêchée de se déployer, pour notre plus grand malheur. Dans un pamphlet promis à un grand succès, en 1976, Alain Peyrefitte, ministre giscardien, avait imputé la responsabilité initiale de ce Mal français à Colbert : en proie à un " délire technocratique ", le ministre de Louis XIV aurait jeté les bases d'un " appareil d'Etat tentaculaire " évidemment étouffant : " Colbert décide de tout. Il multiplie les édits pour codifier l'équarrissage du bois, la largeur des pièces de tissu ou le poids des chandelles (...). L'initiative privée est a priori suspecte ; on ne la tolère que soumise, encadrée, contrôlée. Dessinée au cordeau, taillée et retaillée, l'économie est "à la française", comme les jardins "1.

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  • Les affaires de la " vache folle ", du sang contaminé et des produits transgéniques, mais aussi les débats sur la valeur réelle des sacs et vêtements de marque par rapport à leurs contrefaçons (les premiers sont-ils meilleurs que les seconds ?) témoignent d'une question essentielle : comment peut-on définir la qualité d'un produit ? Répondre à cette question, c'est choisir une représentation du fonctionnement de l'économie de marché. Ainsi, pour certains, la libre concurrence conduit à une relation entre prix et qualités qui assure une minimisation des coûts de production, de transaction (le prix reflète la qualité) et donc une distribution efficace des ressources. Pour d'autres, au contraire, la santé publique et les difficultés de circulation de l'information, et, à partir de là, les effets de contrôle des marchés par les lobbies ne sont pas pris en compte.

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