La constitution Davos

Le libéralisme économique a du plomb dans l'aile. Telle est la conclusion à laquelle nous devrions être conduits à l'écoute des complaintes des dirigeants réunis à Davos. Les crises de la finance mondialisée auraient au moins cette vertu d'inquiéter l'élite de l'économie mondiale et de l'engager à mettre un frein aux politiques de déréglementation à tout va. Les plus grands économistes chantent de nouveau les vertus du contrôle des mouvements de capitaux et de la libéralisation maîtrisée des marchés nationaux. Bref, l'expérience, "le nom que les hommes donnent à leurs erreurs", soulignait Oscar Wilde, aurait payé et la régulation de la mondialisation serait en marche.

Le dossier que nous publions sur les leçons politiques à tirer de la crise financière et l'article du chercheur canadien Stephen Gill viennent jeter le doute sur cette interprétation. La maîtrise de la crise financière coréenne n'a été possible que par l'expression du pouvoir hégémonique des Etats-Unis, relayée par la bonne volonté des banques internationales. La montée du pouvoir politique des firmes multinationales est soulignée par Stephen Gill. Il montre que les détenteurs de capital cherchent aujourd'hui à inscrire dans le droit politique des Etats leur domination économique. C'est en ce sens qu'il faut comprendre leur appel à une meilleure régulation, souhaitée par des investisseurs autopromus comme souverains politiques de la vie économique et sociale. C'est pourquoi, comme le souligne Marie-Thérèse Join-Lambert dans l'entretien qu'elle a donné à L'Economie Politique, l'un des enjeux majeurs est de donner sa place au débat démocratique sur toutes les questions de régulation sociale.

Après la période de déréglementation engagée par les Etats, le retour à des formes de réglementation de l'économie mondiale est porté par les acteurs privés. Une constitution de la mondialisation est bien en train de s'écrire : elle affirme la primauté des rapports de force et la domination des intérêts particuliers. Cette constitution-là fixe des droits qui sont en contradiction avec la démocratie.

L'Economie politique, n°2, page 5 (04/1999)
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