Le lent déclin de l'idée libérale

Le libéralisme comme principe d'organisation de l'économie mondiale serait-il sur le déclin ? Dans son rapport de juin 1999, la Banque des règlements internationaux (BRI) souligne que "le fonctionnement d'une économie de marché a ses mauvais côtés, surtout quand les marchés financiers sont fortement libéralisés et que les anticipations sont sujettes à la succession de cycles d'optimisme et de pessimisme". Une condamnation, au fil des chapitres, par les banquiers centraux des dérèglements de la finance mondiale et de l'accroissement des risques qu'elle fait peser sur l'économie mondiale.

La BRI en conclut qu'il faut apprendre à vivre avec, aucune alternative ne se dessinant. Ce n'est pas, ou plus, l'avis de la Banque mondiale. L'un des plus ardents défenseurs du "tout marché" est en train de changer de doctrine, au moins dans le discours, mais ce n'est pas à négliger. Une évolution menée sous l'impulsion de son président, James Wolfensohn, et de son économiste en chef, Joseph Stiglitz. C'est l'une des leçons à tirer de la tenue, pour la première fois en Europe, de la conférence annuelle de réflexion dite ABCDE de l'institution, fin juin. Le message de Joseph Stiglitz est sans ambiguïté : tenir cette conférence à Paris était l'occasion de nourrir un débat sur le rôle essentiel de l'Etat et des institutions dans le fonctionnement d'une économie qui doit se préoccuper autant d'équité que d'efficacité.

Cette évolution amène la Banque mondiale de plus en plus vers l'analyse et l'action politiques. Il aurait paru inimaginable, il y a encore quelques mois, de pouvoir entendre, lors d'un atelier de travail de la Banque mondiale, un débat sur l'interprétation à donner de la doctrine de la séparation des pouvoirs chez Montesquieu... Joseph Stiglitz se défend de faire passer la Banque mondiale dans le domaine politique et préfère souligner que les frontières entre économie et d'autres types de savoir sont "aujourd'hui moins nettes que ce que l'on pensait". C'est finalement la science économique libérale qui semble en retrait, la Banque mondiale devenant l'un des défenseurs d'un retour vers... l'économie politique.

L'Economie politique, n°3, page 5 (07/1999)
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