Les nouvelles théories du développement

La théorie économique sur le développement est en plein renouveau. Principalement parce que, jusqu'à sa démission en novembre dernier, Joseph Stiglitz, alors vice-président et économiste en chef de la Banque mondiale, avait engagé une critique radicale du discours économique servant de fondement aux interventions du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale. On en trouvera le détail dans l'article qui suit.

Comme le montre l'analyse d'Elsa Assidon, les prises de position de Joseph Stiglitz résultent d'une approche (la théorie de "l'information imparfaite") qui s'inscrit parfaitement dans la théorie économique dominante, tout en la contestant sur plusieurs points. En particulier, par son refus de concevoir la macroéconomie comme une simple agrégation des interrelations entre des individus autonomes. Une approche qui casse, dans ses fondements, le consensus théorique et, par suite, politique entre le FMI et la Banque mondiale.

De ce fait, les critiques en provenance de l'approche structuraliste, dont on a pu penser un temps qu'elle participait à la construction d'une alternative théorique au courant dominant, se trouvent dépassées par les évolutions internes de ce courant. De plus, comme le souligne la contribution de Hakim Ben Hammouda, en dépit de leur intérêt certain, elles ne sont pas exemptes de critiques.

Finalement, les travaux de Joseph Stiglitz n'ouvrent la voie qu'à une amélioration du modèle dominant. Mais ils lui font franchir un pas important en matière de réflexion économique sur le développement, qui a souvent servi d'indicateur avancé aux changements du corpus théorique général. C'est de bon augure pour l'avenir de la science économique.

L'Economie politique, n°5, page 5 (01/2000)
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