Taxe Tobin ou paradis fiscaux ?

Le débat public sur la régulation de la finance internationale s'est focalisé en France sur le projet de taxe Tobin, un impôt visant à taxer les transactions financières à court terme afin de rendre la spéculation plus coûteuse. La proposition permet d'ouvrir le nécessaire débat sur la maîtrise des dérapages de la finance internationale. Mais elle ne paraît pas la plus opportune en l'état actuel des rapports de force.

Sur le plan technique, elle risque de se heurter à l'inventivité des opérateurs de la finance, qui peuvent trouver les voies permettant d'en contourner les effets. A cela s'ajoute l'opposition farouche des banquiers de la City et de New York et de leurs gouvernements. Des obstacles qui ne sont pas insurmontables en soi, mais qui conduisent à mettre en avant d'autres revendications, plus susceptibles d'aboutir.

Comme on l'a montré récemment (voir L'Economie Politique n°4), la remise en cause des paradis fiscaux est techniquement possible et les grands Etats paraissent aujourd'hui plus enclins à lutter contre cette finance "hors les lois". Pour des raisons complexes. Toujours est-il que cette lutte est un enjeu essentiel parce que l'importance des risques qui y sont pris et leur contagion portent plus préjudice à la santé de l'économie mondiale que les attaques spéculatives sur les taux de change.

La régulation de la finance internationale est un enjeu capital pour le soutien à la croissance de long terme de l'économie mondiale. Ne nous trompons pas de stratégie. La lutte contre les paradis fiscaux représente un axe de mobilisation a priori facile, efficace et politiquement mieux soutenu. C'est là que la pression doit s'exercer.

L'Economie politique, n°6, page 5 (04/2000)
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