Vers quel plein-emploi ?

Lionel Jospin l'a promis : le plein-emploi est pour la fin de la décennie. Les effets d'une croissance économique stimulée par les nouvelles technologies, conjugués à ceux du retournement démographique, rendent l'objectif crédible aux yeux des dirigeants politiques. Encore faut-il s'entendre sur les mots. La question d'une définition satisfaisante du plein-emploi a été posée depuis longtemps, mais la science économique ne lui a jamais apporté de réponse simple.

En tout état de cause, l'analyse devant accompagner cette quête du plein-emploi doit faire part d'une certitude et d'une conviction.

La certitude, c'est que le futur plein-emploi n'aura pas le même visage que celui que la plupart des pays industrialisés ont connu pendant les Trente Glorieuses. Davantage de femmes sur le marché du travail, d'individualisation dans l'évolution des rémunérations, de mobilité entre les périodes d'emploi et les périodes de formation, d'aménagements dans le temps de travail sont quelques unes des différences qui distingueront l'ancien plein-emploi de celui que nous attendons.

La conviction, c'est que le travail n'est pas une marchandise. Le simple jeu du marché ne saurait permettre d'atteindre l'objectif. Les politiques de l'emploi et leur articulation avec les politiques macroéconomiques sont plus que jamais indispensables. Depuis le sommet de Luxembourg, en novembre 1997, cette orientation, même timide, semble privilégiée par les pays de l'Union européenne. Pour être crédible aux yeux de l'opinion, ces politiques devront obtenir des résultats rapides, en priorité dans les domaines de la lutte contre la précarité et la montée des "travailleurs pauvres".

Car, aussi louable soit-il, le plein-emploi ne peut être un objectif en soi. La justice sociale reste une valeur qu'il faut sans cesse réaffirmer.

L'Economie politique, n°8, page 5 (10/2000)
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