Poutine ou la tentation de Faust

Le 14 mars prochain, Vladimir Poutine sera élu pour un nouveau mandat de quatre ans à la tête de la Russie. Sa mainmise sur l'ensemble des institutions lui permettra même, s'il le souhaite, de changer la constitution pour rester au pouvoir au-delà de son terme légal de 2008. Faut-il s'en réjouir ou s'en alarmer ?

Côté inquiétude, il y a ce monopole du pouvoir exercé par un président dont on souligne la poigne de fer, à l'intérieur (destruction de toute opposition) comme à l'extérieur (Tchétchénie). Mais les Russes votent pour lui, pour son parti et pour sa politique de restau ration d'un Etat fort, qu'ils réclament. Le problème que pose Poutine est ailleurs : si l'on en croit les différentes contributions de ce numéro, son pouvoir s'appuie sur plusieurs clans, prêts à le servir tant qu'ils peuvent l'utiliser pour se maintenir eux-mêmes au pouvoir. Une porte ouverte à tous les conservatismes et à tous les comportements d'accaparement : horizon économique court-termiste (peu d'investissement), évasion fiscale, administration corrompue, armée violente en décrépitude, etc.

Côté espoir, l'instrumentalisation dont est victime le président russe n'est pas univoque. Vladimir Poutine arrive à bousculer les habitudes : il relance l'économie, assure une sécurité à ceux qui le rejoignent, ouvre l'armée vers l'Occident, trouve des compromis. C'est ce Poutine-là que soutiennent et laissent tranquille les Etats-Unis et l'Europe. Ont-ils signé un pacte avec le Diable dont ils devront un jour, comme les Russes, payer les conséquences ? Rendez-vous en 2008.

L'Economie politique, n°21, page 5 (01/2004)
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