Editorial

Les quatre crises françaises

La France s'enfonce progressivement dans la crise sociale. Le taux de chômage s'approche des 11 % et la pauvreté ne cesse de croître. La poussée des emplois aidés (emplois d'avenir et contrats de génération) en fin d'année contiendra peut-être temporairement la montée du chômage - c'est sans doute le pari que fait le président de la République lorsqu'il promet d'en inverser la courbe. Mais on ne voit pas ce qui permettrait d'y arriver de manière durable.

Car la crise économique, cause des dégâts sociaux, semble là pour durer. Elle ne se résume pas à la croissance zéro prévue pour cette année. La multiplication des faillites d'entreprises et la durée de plus en plus longue du chômage détruisent du capital et du travail qui manqueront lorsque la reprise se dessinera. L'économie française est en train de saper son potentiel de redémarrage. Quand on y ajoute une inflation passée sous la barre de 1 %, la baisse des prix, en plus de celle de l'activité, n'est pas loin : la déflation menace.

Dans ce contexte difficile, un vent mauvais souffle sur le monde politique. La gauche prend en boomerang l'affairisme qu'une partie des siens a développé depuis les années 1990, en même temps qu'une opposition sans leader ni projet en est réduite à l'invective et au conservatisme social le plus rigide.

Sortir d'une telle situation n'a rien de simple. Surtout lorsque s'ajoute une quatrième crise, idéologique celle-là. Telle une France imposant des réparations exorbitantes à l'Allemagne en 1918, telle l'Angleterre s'enfonçant dans l'austérité pour rétablir l'étalon-or dans les années 1920, les dogmes de l'orthodoxie du moment nous aveuglent, de l'ultra-austérité à la flexibilisation croissante du marché du travail, en attendant la remise en cause des allocations chômage et des retraites.

La crise des années 1930 avait été l'occasion d'un sursaut politique porté par Franklin Roosevelt et d'une révolution intellectuelle issue de Keynes. Ils sont morts tous les deux et restent sans héritiers.

L'Economie politique, n°58, page 5 (04/2013)
L'Economie politique - Les quatre crises françaises