Editorial

Quelques pistes pour l'avenir

Bruno Racine, président de la Bibliothèque nationale de France, et président du Haut Conseil de l'éducation

Après l'école primaire, le Haut Conseil de l'éducation a choisi de s'intéresser à l'orientation scolaire, celle qui concerne les élèves des collèges et des lycées. Il lui a ainsi semblé tenir les deux bouts d'un parcours où le système éducatif français concentre certes des forces, mais aussi de graves faiblesses. L'orientation apparaît comme une mécanique d'exclusion, trop souvent implacable. Les chiffres parlent d'eux-mêmes : 15 % d'élèves connaissent des difficultés sévères ou très sévères dans le primaire, et 16 % de jeunes quittent le système éducatif sans qualification ni diplôme ; 25 % d'élèves ont des acquis fragiles à l'issue du primaire, et 20 % d'élèves sortent avec un diplôme niveau CAP ou BEP ou atteignent une classe terminale de lycée sans obtenir le baccalauréat. L'orientation entérine une répartition des élèves déterminée très tôt dans la scolarité, répartition dans laquelle le critère social joue un rôle important. À résultats scolaires comparables, les conseils de classe n'encouragent pas assez les ambitions des élèves issus des milieux sociaux les moins favorisés. En outre, l'orientation se fonde beaucoup sur les résultats scolaires dans des savoirs abstraits, où dominent les capacités déductives. Le collège restant marqué par cette conception de la réussite scolaire, il ne faut pas s'étonner que l'orientation procède par glissements successifs de la voie générale vers des voies ou des filières moins considérées. La situation est aggravée par la persistance d'un décalage avec les réalités de la vie professionnelle et les besoins économiques de la nation. Pour de multiples raisons, le système est peu flexible. Il faut des années pour fermer des sections ne débouchant sur aucun emploi et n'offrant à des milliers de jeunes qu'un avenir professionnel incertain. Le monde économique sait mal estimer ses besoins à long terme ; les relations de l'école avec l'entreprise, malgré de réels progrès, restent empreintes de distance ; les rectorats et les collectivités régionales, qui souvent collaborent avec un maximum d'efficacité, ne maîtrisent pas complètement les processus complexes de prospective et de planification dans ce domaine ; enfin, l'État lui-même a sa part de responsabilité puisqu'il gère les enseignants. Parmi les recommandations du Haut Conseil, je voudrais en souligner trois.

La fonction de conseil en orientation scolaire et professionnelle est nécessaire mais la priorité devrait être d'élaborer un référentiel de compétences qui actualiserait ce qu'elle doit être. Elle pourrait alors être exercée sous l'autorité du chef d'établissement par une plus grande diversité d'intervenants après une formation adaptée (spécialistes de l'insertion professionnelle, de l'emploi, de la formation continue, professionnels eux-mêmes, voire conseillers principaux d'éducation). Les régions pourraient aussi utilement prendre en charge - elles y sont souvent prêtes - les missions d'accueil et d'information des jeunes qui ont à s'orienter. Cette tutelle unique clarifierait enfin un paysage aussi confus pour les parents que pour les élèves et devrait mettre fin aux relations parfois compliquées entre l'État et les collectivités régionales. Enfin, les professeurs, sans devenir des spécialistes de l'orientation, doivent conserver et même accroître le rôle qu'ils tiennent dans le processus d'orientation, intimement lié aux apprentissages des élèves et à la pédagogie. L'instauration de professeurs référents pourrait y contribuer.

Education & management, n°36, page 1 (12/2008)

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