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L'immersion européenne : les exemples de Dijon et Poitiers

Dominique Malicet, Chargé de communication, ESEN

Plusieurs académies ont déjà engagé, à l'intention de leurs cadres, des opérations de découverte et de sensibilisation aux enjeux éducatifs européens. En voici deux exemples : Dijon et Poitiers.

L'immersion européenne : l'exemple de Dijon

L'équipe de formateurs des personnels de direction de l'académie de Dijon partait d'un constat clair : on ne peut plus faire l'économie de l'ouverture sur l'international dans la formation des cadres du système éducatif, qu'il s'agisse de la connaissance d'autres systèmes ou de l'échange de pratiques. Les problématiques communes aux pays européens sont de quatre ordres :

  • le recrutement, la formation, les missions, l'évaluation des chefs d'établissement ;
  • le pilotage pédagogique, managérial, administratif et organisationnel des établissements ;
  • l'évaluation des enseignants ;
  • les relations avec la hiérarchie et les partenaires institutionnels.

Un contexte plutôt favorable

La région Bourgogne bénéficie de longue date d'un partenariat étroit et dynamique avec le land de Rhénanie/Palatinat. L'académie de Dijon a signé avec ce Land une convention qui se traduit par une politique active d'échanges d'élèves, d'étudiants et de professeurs. De plus, l'académie savait pouvoir compter sur l'appui logistique du Centre d'information et de recherche sur l'Allemagne contemporaine (CIRAC) et d'un de ses enseignants-chercheurs, Werner Zettelmeier. L'académie de Dijon a obtenu pour cette action un financement dans le cadre de la délégation à la formation, et par l'OFAJ (Office franco-allemand pour la jeunesse) notamment lors de la phase d'immersion des stagiaires et pour l'accueil et l'hébergement de leurs collègues. Un séminaire a été organisé pour 12 chefs d'établissement français (ou adjoints) et 12 allemands, dans le cadre de leur formation statutaire ou continue. L'opération d'échange a connu trois phases :

  • en mars 2005 s'est tenue une première réunion de trois jours à Spire en Allemagne, principalement axée sur la mobilisation des acteurs ;
  • un second regroupement, de trois jours également, à Dijon en novembre 2006, a plus particulièrement traité de l'évaluation des personnels, toujours avec l'éclairage d'un regard croisé sur les pratiques allemandes et françaises ;
  • entre ces deux regroupements, les participants ont vécu une phase d'immersion en établissements français et allemands. En mars, des binômes se sont constitués en Allemagne. Le "contrat" prévoyait que chaque membre du binôme s'immerge chez son collègue pour une durée de 3 à 5 jours à des fins d'observation sur des thèmes définis : fonctionnement de la vie scolaire, communication avec les usagers, liaisons avec les collectivités, organisation des remplacements, etc. Cette phase d'immersion a donné lieu a un rapport "d'étonnement" traduit dans les deux langues.

Contenus et méthodologie

Le choix de ne pas faire appel à des intervenants rémunérés était délibéré, non seulement pour une raison de coût, mais aussi pour une question d'approche : on ne visait pas tant des apports théoriques sur les systèmes qu'une confrontation des pratiques. C'est donc l'expertise de praticiens réflexifs (IA/IPR, chefs d'établissement, directeurs de ressources humaines) qui a été privilégiée. L'opération a permis le croisement des regards sur des systèmes éducatifs institutionnellement et philosophiquement différents mais qui font face aux mêmes interrogations sur les acquis des élèves en fin de scolarité obligatoire, sur les sorties sans qualification, sur la nécessaire évolution des pratiques enseignantes, dans un contexte de rigueur budgétaire. Une réflexion très riche a été amorcée pour l'action future. La confrontation à d'autres pratiques et la nécessaire distanciation qu'apporte une telle expérience ont amené ces cadres, par un "effet miroir", à s'interroger sur leurs fonctionnements et à envisager que les réponses peuvent naître de l'échange.

L'immersion européenne : l'exemple de Poitiers

Depuis longtemps, pour l'équipe académique qui en a la charge, forte était la volonté d'injecter une "dose d'Europe" dans la formation des personnels de direction. Deux solides arguments plaidaient en ce sens : d'une part, le besoin d'une meilleure maîtrise de la langue anglaise qui était clairement apparu lors d'une enquête de la DRH de l'académie. D'autre part, l'incontournable nécessité pour de futurs cadres de prendre du recul par rapport au système scolaire français en en découvrant un autre.

La volonté d'un projet d'immersion dans un pays d'Europe a été clairement exprimée. De nouveaux responsables ont souhaité oeuvrer en ce sens, soutenus par le responsable du GAPFPE (groupement académique de pilotage de la formation des personnels d'encadrement) qui est aussi le correspondant ESEN. L'idée d'un déplacement de groupe a vite été abandonnée, une telle formule semblant moins propice à une réelle immersion. Le DARIC (délégué académique aux relations internationales) voyant là le moyen de développer l'ouverture internationale dans les établissements a, lui aussi, fortement soutenu le projet. Il a pu identifier un programme européen (Comenius 22C) susceptible d'apporter le financement voulu. Ainsi fut levé le principal obstacle. L'agence SOCRATES (qui gère les programmes Comenius) de Bordeaux a été sollicitée et a accepté de s'engager dans le projet, dans le cadre des procédures SOCRATES.

Objectifs directs

L'observation à laquelle devaient se livrer les personnels de direction participants devait se focaliser sur quelques thèmes communs au groupe et actuellement en débat dans notre système aussi (autonomie des établissements, approche distanciée et préparation des futures pratiques). Par ailleurs, chaque stagiaire devait produire un document, synthèse de ses "découvertes" ou réflexions.

En raison de nombreuses contraintes, le séjour des dix stagiaires concernés a eu lieu sur le temps de vacances (la seconde semaine des congés de printemps, allongée de deux ou trois jours sur crédit individuel de formation accordé par le rectorat). Grâce au réseau des DARIC, des lieux de séjour possibles ont été repérés. Dans le cadre d'une convention passée avec le rectorat de Poitiers, l'ESEN a mis en place un "séjour documentation" de deux jours dans ses murs. Avec l'aide du responsable des relations internationales de l'ESEN (qui était aussi le correspondant ESEN de l'académie de Poitiers), son centre de ressources a ainsi été mis à la disposition des partants pour rechercher la documentation sur les systèmes éducatifs à découvrir. Une courte formation en anglais, axée essentiellement sur le "jargon" professionnel, a été proposée aux 12 stagiaires et à leurs trois accompagnateurs (deux du groupe et un proviseur vie scolaire).

Échanges et production écrite

Dès avant le séjour, un blog avait été ouvert par l'un des stagiaires afin d'y accueillir quotidiennement les "journaux" de chacun, un peu façon Lettres persanes, et pour pratiquer des échanges réguliers entre membres du groupe. Selon la commande de production écrite, chacun devait rédiger, sur son pays d'accueil :

  • un texte sur chacun des 4 thèmes sélectionnés pour observation ;
  • un texte sur la situation du système éducatif (contexte, civilisation, éléments socio-historiques, religieux) avec un schéma de type ONISEP et les liens utiles sur le pays et le système. Le succès et l'efficacité de cette opération soutenue par le rectorat expliquent qu'elle sera renouvelée cette année.

Education & management, n°33, page 58 (04/2007)

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