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Des propositions pour les enseignants

Jacky Simon, Médiateur honoraire de l'Éducation nationale, IGAENR honoraire

Face au désarroi de certains enseignants, aux attentes d'autres, il serait souhaitable de doter cette profession de quelques principes. Voici quelques jalons pour l'élaboration de règles éthiques destinées aux enseignants.

De nombreuses professions, et pas seulement les professions réglementées (médecins, architectes...) se sont dotées d'un code de déontologie. Ainsi les policiers (décret du 18 mars 1986) ont-ils ce corpus de principes alors même qu'ils relèvent de la fonction publique. En 1982, un projet avait été élaboré pour les travailleurs sociaux mais il n'a pas vu le jour. On parle de plus en plus de la nécessité d'un code de déontologie pour les magistrats.

En ce qui concerne les enseignants, il ne s'agit pas, à mon avis, d'ajouter de nouvelles règles à celles déjà existantes mais plutôt d'assurer la cohésion d'une profession en regroupant, dans un texte assez court, quelques principes forts relevant de la déontologie et de l'éthique. Cette démarche relève évidemment d'un exercice difficile et il est certes plus facile d'élaborer un corpus de règles valant droits et obligations pour les parents que pour les enseignants. On peut aussi avancer qu'il est habituel d'adresser des instructions ou des incitations aux chefs d'établissement. Mais est-ce bien la bonne "cible" compte tenu de la nature des rapports que les enseignants entretiennent avec leur hiérarchie ? En toute hypothèse, il ne s'agit là que d'une approche qui ne saurait tenir lieu ni de déontologie ni d'éthique, deux démarches qui doivent être intériorisées par les intéressés. Durant toute ma carrière, j'ai eu l'occasion d'enseigner, d'administrer, d'inspecter et, de tout temps, l'occasion d'observer le fonctionnement du système éducatif. Ceci m'a conduit à être extrêmement modeste et respectueux vis-à-vis des interrogations et du désarroi dont j'ai été le témoin, de la part d'enseignants très souvent déboussolés. Ils ne savent plus qui ils sont et ce qu'on attend fondamentalement d'eux. Ceci dépasse le cadre de la professionnalisation de leur métier qui est aussi une mission.

Les attentes des enseignants.

En règle générale, les enseignants ont une haute idée de cette mission et réclament, souvent à juste titre, des moyens supplémentaires pour l'école. Mais ils attendent avant tout de l'institution un soutien, une confiance, une considération pour ce qu'ils font, et non des injonctions, en contradiction avec la liberté pédagogique, qu'on a sans doute inscrit un peu rapidement dans la loi en 2005. Une certaine confusion s'est introduite entre le devoir d'obéissance aux instructions générales de tout fonctionnaire et une certaine liberté dans la façon d'atteindre les objectifs fixés.

Mais j'ai surtout été frappé par leur grande méconnaissance de ce que l'on attend d'eux, moins au plan des programmes changeants ni même du niveau à atteindre, mais plus gravement, en leur qualité de représentant de l'État éducateur, concept que la plupart ignorent... J'ai, par exemple, été frappé par les réactions nombreuses d'enseignants protestant auprès de moi contre la différence de traitement faite entre l'enseignant et l'élève dans l'affaire dite du voile... Si l'on souhaite sortir d'une certaine incantation en leur demandant de défendre les "valeurs de l'école, de la République", il me paraît clair qu'il faut affirmer quelques grands principes déontologiques forts.

Texte associé : Principes déontologiques et éthiques pour les enseignants

Pour une meilleure formation.

Le Haut Conseil de l'éducation devait fixer les grandes lignes d'un cahier des charges de la formation en IUFM. Il vient de remettre un rapport au ministre1. Il y a urgence à établir un lien fort entre les principes affichés par exemple dans le socle commun des connaissances et la formation de ceux qui auront à les concrétiser. Souhaitons que l'inscription de ces grands principes soit enfin prise en compte et accompagnée de l'obligation d'accès à une connaissance fine du fonctionnement réel du système éducatif (orientation...) et de ses enjeux. Je sais que cet exercice est redoutable et doit éviter moralisation et juridisme2. J'ai aussi conscience que les suggestions proposées ci-contre n'échappent pas à ce risque mais il ne s'agit que d'une ébauche perfectible tant sur le fond que dans la forme. Aussi, si la déontologie peut se définir comme un ensemble de règles qui régissent une profession et l'éthique, l'ensemble des valeurs qui fondent les règles de conduite de chacun, je livre à la sagacité de chacun quelques principes3.

Je suis convaincu qu'en faisant appel à l'intelligence de chacun et en excluant toute arrière-pensée, ces quelques principes, certes incomplets, peuvent servir de base à un travail de réflexion avec les enseignants et être tout à fait compatibles avec l'autonomie professionnelle et pédagogique à laquelle les enseignants sont attachés.

Ces principes, une fois au point, mériteraient d'être remis et commentés à chaque enseignant, en priorité à ceux qui embrassent cette profession exigeante.

Notice biblio : La laïcité à l'école. Un principe, une éthique, une pédagogie

Notice biblio : 1905-2005 : un siècle de laïcité en France


(1) Voir Le Monde du 3 novembre 2006. La lecture des "recommandations pour la formation des maîtres" du HCE du 31/10/2006, bien après la rédaction de mon texte, fait apparaître des convergences.

(2) Divers ouvrages commencent à aborder cette question notamment : Pour une déontologie de l'enseignement, Longhi, 1998 ; De la déontologie enseignante, Eirick Prairat, puf, 2005 ; Éducation et devenir...

(3) Une réflexion avait été engagée avec des collègues du système éducatif au sein d'un groupe de travail Éducation, de la Commission nationale consultative des droits de l'homme en 2001. Le texte ci-dessus s'inspire largement de ces échanges.

Education & management, n°33, page 5 (04/2007)

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