Dossier : Gouvernance, performances

Mise au point : tendus vers le résultat

Alain Boulineau, IPR honoraire (EVS), ­­­­­­­co-auteur (Éd. Vuibert) d'ouvrages de préparation au concours (CPE et des personnels de direction d'établissements du second degré), contributeur au Livre Bleu des personnels de direction (SCÉRÉN)

La performance, pour un grand nombre, implique une notion de dépassement. L'établissement " performant " serait alors celui qui va plus loin que les autres, qui a de meilleurs résultats. Le contexte ­serait alors un contexte de concurrence, en adéquation avec le libéralisme et l'individualisme ambiants. Performance et résultat sont confondus. Et à la limite, la fin peut l'emporter sur le moyen. L'origine du mot " performance " se trouve au XIXe dans le monde hippique : c'est le parcours fait par le cheval lors d'une manifestation. Le terme dérive de l'anglais où to ­perform signifie la réalisation d'un spectacle, d'une action, d'un parcours. Dans cette acception, il n'y a plus concurrence, mais action tournée vers un ­résultat, celui que chacun s'est fixé.

Au service du résultat

N'est-ce pas ce sens que les ÉPLE peuvent s'approprier ? La performance est la démarche que se donne chaque ÉPLE, non pas dans un souci de fonctionnement isolé, mais pour contribuer à l'efficacité du système dans son ensemble. Vu sous cet angle, on retrouve aisément ce qui caractérise la démarche de projet. La performance n'est pas le résultat, elle en est un des facteurs. On évaluera le résultat, mais on analysera la performance, c'est-à-dire la démarche, pour savoir en quoi elle a ­permis le résultat. Se pose alors une autre question. S'agissant de contribuer à ­l'efficacité globale d'un système à ­l'organisation hiérarchique, comment la notion de performance est-elle insérée dans la logique hiérarchique ?

L'ÉPLE, outil central

Si on accepte la conception de la performance comme processus que l'ÉPLE se donne, l'édifice hiérarchique s'appuie sur l'autonomie de l'ÉPLE, sur sa capacité à définir lui-même ses objectifs en lien avec les ­besoins du système, et de là, sa démarche. On est dans l'esprit de la LOLF. En ­revanche, le risque n'est pas nul (loin de là !) de voir un échelon hiérarchique considérer qu'il est plus sûr de définir lui-même la performance en fixant de fait les objectifs à l'ÉPLE. On est alors dans la confusion entre performance et résultat, une extrapolation hiérarchique de l'approche citée en premier. L'ÉPLE est alors un simple outil dans la recherche d'un résultat, appelé performance, qui est celui du seul système et dépasse sans la prendre en compte la dimension ­locale pourtant présente dans la dénomination ÉPLE. L'ÉPLE, en tant que tel, ne peut s'approprier qu'une notion de performance qui s'applique à tous les niveaux, de façon distincte mais solidaire. Quelle est, en vue d'un résultat systémique, la performance de l'établissement, de la structure académique, des différents ­acteurs ? Chaque performance, au sens de démarche adoptée, ne peut pas être analysée sans les autres. Le résultat global est l'effet d'une conjonction (ou d'une disjonction) de performances qu'une ­approche déontologique saine impose ­d'expliciter.

Le bon chemin

Et n'oublions pas d'appliquer cette approche à celui qui est au centre de notre action : l'élève. La performance est le chemin qui a permis à chaque élève, parti d'un point précis, d'atteindre un résultat ciblé. Là aussi, utilisons la notion de performance pour s'affranchir de la dictature du résultat brut et donner tout son sens au concept de parcours scolaire.

Education & management, n°37, page 43 (11/2009)

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