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L'évaluation externe des établissements scolaires en Europe

Françoise Leblond, proviseure du Foyer des lycéennes, vice-présidente d'ESHA-France

Le rapport de la Commission pour la libération de la croissance française présidée par Jacques Attali propose d'instaurer " une nouvelle gouvernance au service de la croissance " (ambition 7) : " chacune de nos institutions doit être évaluée au regard du double objectif : garantir la solidarité et servir la croissance ". La décision fondamentale 18 précise les modalités d'évaluation des institutions : " créer des agences pour les principaux services au public, et faire évaluer tout service public (école, université, hôpital, administration) par des organismes indépendants ". Au sein de l'Éducation nationale (décision 17), " chaque école devra faire l'objet d'une évaluation par une autorité administrative spécialisée et indépendante du ministère, tenant compte de l'avis des usagers, de leurs résultats, de leurs évolutions à moyen terme. Ces évaluations devront être publiques ". Le bon emploi des ressources nécessite une évaluation externe des institutions, des agents et des résultats.

Le contexte européen

Il illustre les principaux modes d'évaluation externe des établissements scolaires en Europe et partage des tâches entre les évaluateurs. Plusieurs modes d'évaluation externe des établissements peuvent coexister dans un pays. Dans la majorité des pays où deux modes d'évaluation externe au moins coexistent, les différents évaluateurs évaluent des objets différents dans les établissements scolaires (segmentation). Aux Pays-Bas, l'inspectorat évalue toutes les tâches éducatives, la gestion des ressources humaines et les relations extérieures de l'école affectant la qualité de l'enseignement ; certaines tâches liées à la gestion sont évaluées par le département d'audit du ministère et l'inspection du travail. En Islande, l'évaluation interne est effectuée par des experts sous la responsabilité du ministère de l'éducation, l'évaluation externe par des centres de recherche ou des experts à l'instigation du ministère ou de la municipalité.

Les autorités locales interviennent lorsqu'elles sont elles-mêmes le pouvoir organisateur de l'école (République tchèque, Estonie, Lettonie, Slovaquie). Au Danemark, l'inspection externe est effectuée par le Danemarks Evaluerings Institut (EVA) : un ou deux cadres (parmi lesquels un responsable de l'évaluation désigné), un assistant (étudiant) et un représentant des trois unités, à savoir : méthodologie, communication et administration, tous employés par l'institut. Le responsable de l'évaluation organise la communication entre les institutions évaluées, l'équipe du projet et le groupe d'évaluation. Cette équipe est matériellement en charge de la mise en oeuvre de l'évaluation ainsi que de la rédaction du rapport. Au Royaume-Uni (Angleterre, Pays de Galles), l'Ofsted (Office for Standards in Education) en Angleterre et l'Estyn au Pays de Galles doivent responsabiliser les écoles vis-à-vis des parents et de la communauté locale, aider les écoles à préparer des plans d'amélioration, fournir des informations sur l'état de l'enseignement au niveau national. Les LEA (Local education authorities) doivent promouvoir des standards élevés d'enseignement.

Les critères d'évaluation externe

Les situations nationales varient : listes de critères préétablies au niveau national ou supérieur en matière d'éducation, évaluation des processus ou des produits (résultats des élèves), niveaux d'exigence, standardisation. Les évaluateurs dépendent en général du niveau local ou régional, en se basant sur les textes législatifs nationaux définis par l'autorité administrative dont ils dépendent (Danemark, Suède, Lituanie, Hongrie, Pologne, Liechtenstein). Au Royaume-Uni (Angleterre, Pays de Galles), les LEA doivent faire en sorte que les écoles respectent les exigences nationales statutaires en termes de curriculum. Elles établissent un plan stratégique définissant comment le niveau d'enseignement sera amélioré et établissent des objectifs par rapport aux résultats des élèves au niveau de l'ensemble des écoles (Écosse).

Texte associé : Les actions de L'ESHA, de1992 à 2007

Dans certains pays, les évaluateurs sont libres de choisir les éléments à partir desquels ils déterminent leurs critères. Les évaluateurs qui ne disposent pas de critères centralisés s'appuient sur la législation nationale, qu'ils dépendent des niveaux central, régional ou bien même local (évaluation du chef d'établissement par le recteur d'académie en France, évaluation menée par les founders en République tchèque, évaluation facultative des aspects éducatifs en Hongrie).

Autonomie et responsabilisation

Dans les nouveaux modèles de responsabilisation des établissements scolaires en Europe, dont la montée en charge date du milieu des années 1990, on observe une adaptation d'instruments d'évaluation qui soit existaient auparavant (les inspections), soit ont été développés à des fins plus larges (évaluations standardisées des acquis des élèves), soit ont été dédiés pour formaliser l'évaluation des nouvelles responsabilités des établissements. La responsabilisation des établissements envers les familles se développe avec la publication des résultats dans un nombre croissant de pays, et prend des formes différentes : mise en ligne des rapports d'inspection, des rapports de collectivité territoriale en charge des établissements, et des évaluations standardisées. De façon générale, on assiste au développement de la " multiresponsabilisation " des établissements qui doivent rendre des comptes à des acteurs multiples (ministère de l'éducation, collectivités territoriales, société civile).

Les ambiguïtés de la proximité

Deux pratiques de l'évaluation " moderne " des établissements apparaissent conjointement aux modèles institutionnels émergents. Une évaluation " inamicale " des établissements, d'une part, avec comme cadre normatif une obligation de résultat impérative, autrement dit des sanctions à l'égard de ceux qui ne fonctionnent pas bien, des mises en concurrence entre établissements. Une évaluation " amicale ", d'autre part, formatrice, solidaire, en soutien aux établissements qui ne fonctionnent pas bien, avec comme cadre normatif une obligation incitative d'attention aux résultats de l'action, autrement dit une culture de la responsabilité et le rappel à la solidarité nécessaire entre établissements pour lutter (un peu) contre les mécanismes spontanés de concurrence. Les dispositifs d'évaluation ne peuvent être indépendants des modèles organisationnels et politiques, mais comme ceux-ci sont superposés avec les modèles anciens, ils sont forcément ambigus et composites.

Bibliographie

  • Jacques Attali, Rapport de la Commission pour la libération de la croissance française,XO Éditions, La Documen-tation Française, 2008.
  • Commission Européenne,dg Éducation et culture, L'évaluation des établissements d'enseignement obligatoire en Europe, Bruxelles, Eurydice, 2004.
  • Commission Européenne,dg Éducation et culture, L'autonomie scolaire en Europe - Politiques et mécanismes de mise en oeuvre, Bruxelles, Eurydice, 2007.
  • Lise Demailly, En Europe : l'évaluation contre la crise des systèmes scolaires, l'évaluation en crise, " Éducation et Sociétés ", De Boeck Université, 2006.

Education & management, n°35, page 56 (05/2008)

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