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Le Conseil de l'Europe et la violence à l'école

Jean-Michel Leclercq, Expert international

Dans le cadre d'un Projet intégré, c'est-à-dire d'un programme mobilisant ses divers services, le Conseil de l'Europe a conduit de 2002 à 2004 une réflexion sur les actes de violence dont pâtissent aujourd'hui les sociétés européennes et sur les mesures les plus appropriées pour remédier à des situations qui compromettent dramatiquement leurs chances d'une vie normale. Ce Projet n'a bien entendu pas négligé les aspects de la violence en milieu scolaire qui ont été abordés dans les mêmes perspectives que ses manifestations dans les autres secteurs de la société tout en tenant compte de leur spécificité.

Les principes pour une politique intégrée de réponse à la violence dans la vie quotidienne
  • Une approche intégrée permettant une politique nationale de prévention.
  • Un recours systématique aux partenariats pour associer toutes les personnes et toutes les institutions impliquées dans la prévention et la réduction de la violence.
  • Une légitimité démocratique et une participation de la société grâce à l'intervention des représentants élus à tous les niveaux.
  • Une approche en priorité préventive et centrée tout autant sur les victimes possibles que sur les délinquants potentiels.
  • Un développement du recours à la médiation.
  • Donner la priorité aux programmes de prévention locaux.
  • Assurer la planification des réponses à la violence et évaluer celles-ci systématiquement.
  • Garantir la pérennité des initiatives et des ressources requises.
  • Prévoir une formation pour tous les partenaires.
  • Susciter une politique de recherches interdisciplinaires en vue d'une meilleure connaissance des phénomènes de violence indispensable au développement des politiques et des pratiques.

Conseil de l'Europe - novembre 2004.

Le Rapport final du Projet1 et la résolution adoptée à sa Conférence finale2 ont défini les "principes pour une politique intégrée de réponse à la violence dans la vie quotidienne" (voir ci-dessous). Ces principes se retrouvent dans les recommandations faites à l'issue de la Conférence organisée à Strasbourg en 2002 sur le thème "Partenariats locaux pour la prévention et la lutte contre la violence à l'école"3. Ici encore, un rôle essentiel est accordé au partenariat mais plus précisément aux partenariats locaux par suite de l'implication croissante des autorités régionales et locales dans le domaine de l'éducation. Le Rapport final attire l'attention sur l'importance à donner aux mesures éducatives pour qu'une évolution des mentalités fasse diminuer la violence. Maintenant se trouvent évoqués les objectifs et les pratiques à envisager dans le fonctionnement même des systèmes éducatifs pour obtenir ce résultat. Les curricula doivent faire toute la place souhaitable aux connaissances et aux compétences susceptibles de contrecarrer l'apparition de violences dans les établissements scolaires. Dans ceux-ci doivent s'implanter plus fortement le souci et la pratique de la démocratie. Tous les acteurs de la communauté éducative doivent être partenaires pour l'éradication de la violence grâce à un décloisonnement des rôles et à la formation initiale et continue nécessaire à cet effet. Il convient notamment que cette formation couvre des domaines aussi variés que la prévention de la violence dans un cadre interdisciplinaire faisant appel à tous les enseignements ou l'attention à porter à des dimensions éthiques comme l'influence des médias sur les jeunes. L'éducation est également le secteur dans lequel l'évaluation des initiatives et la diffusion des bonnes pratiques s'imposent sans doute avec les meilleures ressources humaines et matérielles pour les effectuer. Par ailleurs, les réponses à la violence que donne l'éducation se relient inévitablement à toute la politique à envisager à l'égard des jeunes dans l'ensemble de la société. Car il faut toujours élargir les analyses et les solutions des problèmes posés par la violence qui tiennent à de multiples facteurs et ceux que rencontre l'école ne font pas exception. C'est cette volonté d'approche multiforme qui caractérise la démarche du Projet et qui explique l'importance stratégique accordée aux partenariats dans tous les secteurs et à tous les niveaux.

On peut penser que ces travaux ouvrent des perspectives qui se retrouvent en France où l'on a pu estimer qu'après avoir misé successivement sur un meilleur encadrement des élèves et des solutions prioritairement pédagogiques, la conclusion de plusieurs partenariats avec la police et la justice paraît actuellement une issue à ne pas négliger.4

Théorie et pratique du partenariat

Dans l'ensemble de la société comme dans les établissements scolaires, le moyen le plus efficace de lutter contre la délinquance est de la prévenir. Or cette prévention doit intervenir aux multiples registres des comportements individuels et de leurs contextes susceptibles d'induire de la violence et de la délinquance. Elle implique donc des partenariats qui seuls rendent possible la mobilisation de tous les moyens nécessaires. La recommandation du 24 septembre 2003 du Comité des ministres des États membres du Conseil de l'Europe sur "le partenariat dans la prévention de la criminalité" le souligne en rappelant que "la responsabilité de la prévention de la criminalité doit être largement partagée dans la société" et que le partenariat est "un moyen d'améliorer les résultats dans la poursuite d'un objectif commun par la prise de responsabilités collectives et le regroupement des ressources publiques ou privées, collectives ou individuelles de différents agents". Il convient donc de mieux connaître la notion de partenariat en elle-même et les bonnes pratiques qu'elle peut susciter. C'est l'objet d'un des ouvrages publiés à l'occasion du Projet, Le partenariat dans la prévention de la délinquance5. Sa première partie décrit le partenariat dans toute sa diversité et les démarches auxquelles il peut conduire dans un processus de prévention selon un modèle en cinq points (intelligence, intervention, mise en oeuvre, implication et impact) ou dans une opération de mobilisation de la communauté autour de la prévention de la délinquance selon le modèle CLAMED axé sur la clarification des tâches et la localisation des acteurs à impliquer. La seconde partie, centrée sur la "notion de partenariat opérationnel", insiste sur la pluralité de ses formes en fonction des objectifs, des cibles et des situations mais aussi sur une évolution marquée par un intérêt croissant pour la sécurité au détriment de "projets très sociaux" dans lesquels la police et la justice n'interviennent guère. C'est l'occasion d'indiquer combien en France, en comparaison avec les Etats-Unis, les citoyens s'impliquent peu dans les partenariats à cause de "la fonction assignée à l'État... d'instituer la société". Le Projet a voulu aussi offrir des instruments directement utilisables dans les établissements scolaires pour lutter contre la violence.

Les instruments
  • Le Guide pour la lutte contre la violence à l'école en Europe : pour que cela change retrace les principales orientations du programme anglais VIRIS pour la réduction des violences dans les écoles adopté après plusieurs études de cas dans des pays européens dont la France et décrit les démarches paraissant avoir les meilleurs résultats et apparemment transposables dans de nombreux contextes.
  • Le Manuel pour le développement du partenariat local pour la prévention de la violence à l'école expose les méthodes utilisées par une association de Genève, Le Point. Celles-ci sont axées sur une "approche fortement éducative" et privilégient les partenariats locaux pour éviter aux écoles d'avoir à supporter tout le fardeau de la lutte contre la violence qu'elles peuvent subir dans leur fonctionnement quotidien. Comme celles du programme VIRIS, elles semblent également utilisables ailleurs qu'à Genève parce que les comportements des élèves entre eux dans lesquels la violence peut toujours être en germe ne diffèrent pas radicalement d'un pays à l'autre.
  • C'est aussi ce qui ressort, avec plus ou moins de nuances, des états des lieux dressés dans le cadre du Projet qui, comme celui d'Éric Debardieux - "La violence à l'école en Europe : débats, savoirs et incertitudes" in Violence à l'école : un défi pour la communauté locale - rappellent combien l'absence de définitions claires de ce qu'il faut entendre par violence et le manque de statistiques précises rendent difficile une bonne perception et une bonne compréhension des différentes situations.

(1) Faire face à la violence quotidienne en Europe - Une approche intégrée, Éditions du Conseil de l'Europe, Strasbourg, 2004.

(2) Prévenir la violence dans la vie quotidienne en Europe : réponse dans une société démocratique, conférence ad hoc des ministres européens responsables de la prévention de la violence dans la vie quotidienne, Oslo, 7-9 novembre 2004.

(3) Dont la teneur se retrouve dans la publication Violence à l'école - Un défi pour la communauté locale, Éditions du Conseil de l'Europe, Strasbourg, 2003.

(4) Cf Le Monde, 27-28 mars 2005, p. 6.

(5) Éditions du Conseil de l'Europe, Strasbourg, 2004.

Education & management, n°29, page 56 (06/2005)

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