Dossier
Diriger au féminin

Claude Baudouin

Article : Signifier le pouvoir par le genre

Article : Femmes aux postes de direction

Article : L'individue et le leurre

Article : Proviseure, la marque du féminin

Article : Pour le meilleur et sans le pire

Article : L'école des femmes

Document (format PDF) : Questionnaire aux chefs d'établissement

Article : Des responsabilités... à quel prix ?

Article : Madame la principale

Article : Femmes, recherche et violence

Entretien : Lycée franco-allemand

Article : Un paradoxe révélateur

Entretien : Mixité et complexité

Article : Pour un nouveau contrat de travail

Don't Know How She Does It.1 Ce succès dans les librairies anglo-saxonnes est un signe de plus que les positions respectives des femmes et des hommes, sur le marché de l'encadrement supérieur, bougent. Mais la surprise vient autant d'une émergence professionnelle presque inattendue, que des défis incroyables que ces femmes manageures ont dû relever. Manager, manageur, manageure ? Principale, proviseure, individue ? Si, comme le confirme Barbara Cassin, les traducteurs sont des passeurs de modes de pensée, les passeurs de genres révèlent le construit social des rapports inégalitaires entre les sexes. Et dans le champ qui nous préoccupe, les statistiques tombent lourdement : taux de féminisation des cadres en entreprise (France) 35 %, seulement 18 % dans les directions générales, 4 % dans les fonctions stratégiques, et 18 % encadrent plus de 10 personnes ; 14 % pour les emplois de direction et d'inspection de la fonction publique de l'État ; 16 % pour les personnels d'encadrement supérieur ; l'écart des salaires moyens hommes-femmes en entreprise est de 21 %... Entre sphère privée et sphère professionnelle, des dirigeantes très combatives se heurtent à un "plafond de verre" de représentations stéréotypées. Et même lorsqu'elles dénient l'essentialisme de spécificités managériales sexuées, elles décrivent tout autant un art de diriger au féminin (compréhension, douceur, intuition, recul...), ou bien elles sont prises en étau entre "le syndrome de la reine des abeilles" et celui des "femmes à coeur d'homme". L'espoir vient de l'Histoire, car si "la femme est l'avenir de l'entreprise", son passé de "responsable" est récent. Droit de vote en 1863 en Suède, en 1918 en Grande-Bretagne, en 1920 aux États-Unis et en Allemagne, en 1945-46 en France. La Convention internationale sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes entre en vigueur en 1981 et stigmatise "le rôle stéréotypé des hommes et des femmes". Aujourd'hui, les femmes sont plus diplômées que les hommes. Elles interrogent l'organisation du travail. Les écarts de salaire se réduisent. Les écoles supérieures de management ont compris que des équipes mixtes et interculturelles sont mieux à même d'appréhender la complexité du monde. Les drh repèrent "les cadres à potentiel" dans leur triple rapport à soi, aux autres et aux situations, hors de tout déterminisme sexué. Loin des mythes hérités encore prégnants, l'enjeu est bien la qualité de l'encadrement d'une École qui favorise l'éclosion de tous les talents. Entre genre féminin, genre masculin... et genre humain.


(1) Je ne sais pas comment elle s'y prend,Allison Pearson, Plon, 2005.

Education & management, n°29, page 18 (06/2005)

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