Magazine

Les résonances internationales du socle commun des "indispensables" préconisé par le rapport Thélot

Jean-Michel Leclercq, Expert international

En proposant comme objectif à la scolarité obligatoire l'acquisition d'un "socle commun des indispensables", le rapport Thélot s'inscrit dans le contexte international d'une manière symptomatique à un double point de vue. D'une part, il rejoint la préoccupation partagée par toutes les politiques éducatives de définir le bagage essentiel dont devraient être munis tous les élèves à une étape de leur formation jugée décisive. D'autre part, la formule de "socle des indispensables", utilisée pour désigner ce bagage, laisse deviner les interrogations et les débats qui se poursuivent à propos de la forme et du contenu de ce viatique.

En Europe comme dans le reste du monde, est partout à l'ordre du jour la révision des programmes d'études ou des curricula pour employer le terme qui s'est imposé aujourd'hui. La préoccupation est double. Celle d'une adaptation aux nouveaux besoins des individus et des sociétés dans la civilisation de notre époque. Celle d'une définition de l'essentiel à retenir dans un développement exponentiel d'exigences dont il paraît impossible de retenir la totalité. C'est dans ce sens que vont, par exemple, les "Objectifs futurs des systèmes d'enseignement et de formation dans l'Union européenne", retenus par la Commission en 2001 qui insistent notamment sur l'importance à donner à la communication en langue maternelle et en langues étrangères ainsi qu'à la "numératie". Quand on aborde plus précisément le profil à donner à ces curricula rénovés et recentrés sur des priorités, on dénote de fréquentes prises de position en faveur d'une maîtrise de compétences ou de compétences clés plutôt que de l'acquisition de connaissances. La tendance n'est du reste pas nouvelle : en 1996, dans le cadre de son Projet "Un enseignement secondaire pour l'Europe", le Conseil de l'Europe avait déjà organisé un symposium sur le même thème. Il faut également signaler que le programme PISA d'enquêtes sur les résultats des élèves lancé par l'OCDE, à la différence d'enquêtes antérieures qui portaient sur le niveau des connaissances, évalue désormais le degré de maîtrise de compétences. Le rapport Thélot paraît bien s'inscrire dans les lignes de force internationales en accordant une large place aux compétences dans lesquelles on inclut du reste, de plus en plus fréquemment, les attitudes et les comportements. Mais la mention qui est faite des connaissances pourrait aussi rappeler que le "tout compétences" n'est pas la panacée. Car l'unanimité dans cette direction semble en Europe plus formelle qu'effective. Selon une enquête, il n'y a dans l'Union que trois États membres qui adoptent explicitement l'optique des compétences dans leurs curricula, dont la France qui pourrait ne pas être un cas très probant à en juger du moins par les pratiques pédagogiques. Aussi n'est-il pas étonnant que l'élaboration des programmes d'études en Europe se fassent aussi souvent en termes de connaissances qu'en termes de compétences. La Communauté française de Belgique a introduit un "socle de compétences" et le National Curriculum anglais est axé sur des "capacités de faire" (Skills). Mais les programmes italiens ou suédois demeurent construits autour d'objectifs qu'il faut, en quelque sorte, traduire pour en faire des compétences.

On peut donc se demander de quel côté vont pencher les "indispensables" du rapport Thélot. Les choix qui seront faits pourraient aussi bien conforter la recherche de certains équilibres qu'accentuer certaines orientations. Toute la question pourrait être de savoir si les avantages escomptables du recours aux compétences, tel que celui de dynamiser les apprentissages en les problématisant, éliminent ou pas le danger de réduire l'éducation à ses seuls aspects instrumentaux et utilitaires.

Education & management, n°28, page 56 (01/2005)

Education & Management - Les résonances internationales du socle commun des "indispensables" préconisé par le rapport Thélot