Dossier : Territoires et responsabilités

Dessine-moi... une carte des formations

Sylvie Toraille, Secrétaire générale adjointe de l'académie de Créteil

Résultat d'un délicat équilibre entre demande sociale et besoins des milieux professionnels, fruit d'un partenariat entre Région et rectorat, la carte des formations rend compte de l'identité d'une académie.

E & M : Vous êtes en charge de la carte des formations dans l'académie deCréteil. Quels sont à ce titre les objectifs que vous poursuivez ?

Sylvie Toraille : Pour être plus précise, je suis chargée de l'offre de formation dans les lycées, niveau auquel se posent les questions les plus lourdes de conséquences en matière de locaux ou d'équipements. Mais un des premiers objectifs fixés par le recteur étant celui de la continuité des parcours, la carte des formations en lycée est directement liée à celle des collèges, que pilotent les inspections académiques. Exemples : carte des langues, carte des unités pédagogiques d'intégration (UPI), carte des options "découverte des métiers" de la nouvelle 3e. À côté de cette priorité, la carte des formations doit contribuer à atteindre les autres objectifs de la politique académique : accueil des élèves, donc réponse à la demande des familles, et surtout réussite de tous les élèves, ce qui passe par la qualification et l'insertion professionnelle de tous. C'est ainsi que les dispositifs pour l'accueil des élèves non francophones, les modules liés à la mission générale d'insertion de l'Éducation nationale - qui n'apparaissent pas sur la carte car ils ne sont pas structurels - doivent être pris en compte dans les arbitrages en termes de locaux. C'est ainsi également que notre réflexion intègre les passerelles entre les voies ou entre diplôme et insertion (ex-1res technologiques d'adaptation, FCIL). Le recteur demande aussi la cohérence de la carte des formations, objectif que nous cherchons à atteindre à travers la labellisation de lycées des métiers, la rationalisation des options et enseignements de détermination, et surtout le travail des établissements en bassins.

E & M : Vous en avez déjà mentionné quelques-uns, mais quels sont donc les ingrédients qui composent la carte des formations ?

ST : En réalité, il n'y a pas une seule carte des formations mais plusieurs. Puisqu'à côté de la carte des formations professionnelles et technologiques, j'ai déjà mentionné celle des langues (vivantes et anciennes), celle des enseignements de détermination, celle des options et des spécialités, celle des UPI. Relevant encore de l'Éducation nationale mais au niveau ministériel, il faut y ajouter la carte des CPGE. Et nous devons tenir compte aussi de l'offre de formation en apprentissage, de l'offre de formation continue, en particulier dans les GRETA, de l'offre de formation de l'enseignement privé.

E & M : Ces différentes cartes des formations intéressent-elles toutes le même territoire ?

ST : Vous avez raison de le souligner, le territoire pertinent n'est pas toujours le même. Les langues vivantes les plus courantes sont à travailler au sein de chacun des 30 districts de l'académie, notamment parce qu'il convient de réfléchir à la continuité école-collège. Le district est aussi le niveau idoine pour les enseignements de détermination à effectifs non limités et les options classiques. Le bassin de formation est adapté à la réflexion sur les formations professionnelles et technologiques courantes, ainsi que sur les langues vivantes et options rares. La carte des formations professionnelles et technologiques rares, comme celle des formations post-baccalauréat, nécessite une analyse au niveau académique, voire au-delà.

E & M : Et quelles sont les évolutions, les modifications récentes, les perspectives pour établir la carte des formations ?

ST : J'ai déjà évoqué la nouvelle troisième qui, avec son option lourde découverte des métiers, va progressivement se substituer aux 3es d'insertion ou 3es préprofessionnelles. Le travail avec les inspections académiques, la mission collège, le délégué académique à l'enseignement technique, la chef du service académique d'information et d'orientation et bien sûr les établissements (collèges et lycées professionnels qui passeront entre eux des conventions) est engagé. La rénovation de la série technologique tertiaire, dorénavant dénommée STG, a beaucoup marqué notre travail de préparation de la carte de la rentrée 2005. La répartition entre lycées des deux options de1res (gestion ou communication) et des 1res d'adaptation a nécessité, pour respecter les orientations fixées par le recteur, un travail de fond entre les établissements d'un même bassin, sous la houlette des corps d'inspection et avec l'appui des services académiques. Pour la rentrée 2006, s'annonce la rénovation de la série STI, qui nécessitera la mise en place des mêmes dispositifs de préparation. Dans l'académie de Créteil, nous avons entrepris par ailleurs une réflexion sur les formations du secteur sanitaire et social, où se rejoignent aspirations de nos élèves et besoins de la société. Une des premières constatations du groupe de travail constitué sur ce sujet a été que beaucoup de très jeunes filles demandent une place en BEP carrières sanitaires et sociales alors qu'elles souhaitent par exemple devenir infirmières, qu'elles auraient le potentiel pour obtenir un baccalauréat SMS et que la 1re d'adaptation SMS est une fausse bonne idée - les résultats au baccalauréat des élèves passés par cette 1re étant catastrophiques. Il a donc été décidé de limiter les 1res d'adaptation SMS et de développer en contrepartie des secondes avec enseignement de détermination SMS. Les travaux du groupe se poursuivent, dans la perspective là aussi de la rénovation du baccalauréat et en fonction des concertations conduites avec le ministère de la santé.

E & M : Voilà donc un de vos partenaires dans l'élaboration de la carte des formations. Quels sont les principaux autres ?

ST : La région Île-de-France en premier lieu. Au-delà même du schéma régional des formations, et dans la mesure où la plupart des mesures d'évolution de l'offre de formation ont des répercussions en termes de locaux et/ou d'équipements, rien ne peut se faire sans elle. Nous travaillons donc de manière étroite sur les "mesures de rentrée", c'est-à-dire les aménagements de locaux nécessaires à l'implantation de tel nouveau BEP ou au transfert de tel autre. Dans l'académie, les besoins de locaux sont tels que nombre de nos mesures de rentrée ou la simple évolution démographique obligent à l'implantation de bâtiments démontables. Les rénovations ou constructions de lycées neufs sont aussi occasion de collaboration étroite. Le plan prévisionnel d'investissement et sa liste additionnelle, votés en décembre 2001, prévoyaient la construction dans l'académie de quinze nouveaux lycées ou internats. Un nouveau vote interviendra courant 2005 pour mettre à jour ce PPI, dont certains projets sont aujourd'hui "en panne", souvent faute de terrain mis à disposition par les communes. Les communes sont donc aussi des partenaires importants : mise à disposition de terrains pour les constructions ou extensions, conventions avec la Région pour les équipements sportifs - qu'elles réalisent mais que la Région subventionne à 50 %, logement étudiant, essentiel car susceptible de peser sur l'offre de formation post-baccalauréat. Les échanges avec les départements se limitent aux cas de cités scolaires (lycée + collège) à gestion départementale, voire de terrains convoités à la fois pour un collège et un lycée...

E & M : Selon quelles modalités s'effectue le travail avec votre partenaire régional ?

ST : Étant donné que la région Île-de-France regroupe trois académies, tout le travail sur le schéma régional des formations s'effectue nécessairement au niveau interacadémique. Le principal instrument est le Plan prévisionnel triennal glissant (PPTG) : au printemps de chaque année n est lancé un appel à projet conjoint État-Région qui englobe les mesures prévues pour la rentrée n + 1 et surtout les trois rentrées suivantes. C'est ainsi qu'en mai 2004 l'appel à projets concernait les rentrées 2005 et 2006 à 2008. L'appel à projets conjoint est élaboré dans le cadre du comité technique État-Région qui réunit, à côté des services de l'État (rectorats, direction régionale du travail, de l'emploi et de la formation professionnelle, direction régionale de l'agriculture, direction régionale des sports), ceux de la Région (direction des affaires scolaires et de l'enseignement supérieur, direction du développement économique et de la formation professionnelle) et l'ANPE. L'appel à projet conjoint État-Région couvre la formation initiale sous statut scolaire mais aussi les formations en apprentissage et la formation continue. Au niveau académique, le recteur accompagne l'appel à projet conjoint d'une circulaire destinée à préciser sa commande aux lycées en matière de formation initiale. Il y rappelle les objectifs nationaux et académiques et insiste sur la nécessité de conduire le travail dans le cadre des onze bassins de l'académie.

Pour les nouveaux établissements inscrits au PPI, qui nécessitent l'engagement simultané de la Région (financement des locaux, des équipements et dorénavant de ce qui concerne l'accueil, la restauration, l'hébergement) et de l'État (mise en place des moyens d'enseignement, administratifs, sanitaires et sociaux, d'orientation et d'éducation), le travail de programmation est effectué par la Région à partir d'un projet pédagogique du lycée (PPL) établi par le Rectorat mais qui doit avoir été validé par le conseil régional. Ce PPL détaille les formations qui seront, un jour, proposées par le nouvel établissement, contribuant ainsi à l'équilibre et à la cohérence de la carte.

E & M : Pour atteindre les objectifs fixés à cette carte, quelles difficultés rencontrez-vous ?

ST : Il s'agit d'un ouvrage perpétuellement à remettre sur le métier, d'une optimisation sous contraintes. J'ai déjà abordé les contraintes de locaux et d'équipements ; l'implantation d'une formation ne peut pas non plus se penser indépendamment des transports. J'éviterai d'insister sur la question des moyens d'enseignement, qui explique l'implication de la dos à chaque étape de notre travail. Nous devons également prendre en compte l'autonomie des établissements et cherchons donc, grâce au travail en bassins, à privilégier la complémentarité par rapport à la concurrence. Mais la principale difficulté tient au décalage des échelles de temps : entre les impératifs de la prochaine rentrée, les prévisions démographiques et économiques à long terme, les délais nécessaires à la formation des enseignants, à leur reconversion ou à la construction d'un nouveau lycée, le compromis est parfois incertain. Illustration de la dialectique d'un projet académique à poursuivre au gré des circulaires de rentrée...

Education & management, n°28, page 48 (01/2005)

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