Dossier
Quel humanisme?

Claude Baudouin

Article : Quel humanisme pour les droits de l'homme ?

Article : L'héritage insoupçonné des humanités

Article : Quand on a mission d'éveiller...

Article : Inspecter... oui, mais comment ?

Article : Pour une renaissance

Article : L'antihumanisme

Article : L'humanisme et vous

Article : L'écologisme, c'est l'humanisme

Article : L'apport des espaces numériques

Article : Entre performances et valeurs

Article : Définir un nouvel humanisme

Est-ce bien le moment de s'intéresser à l'humanisme, une thématique générale, lorsque se clôt le Débat sur l'École et que se mettent en oeuvre des réorientations législatives majeures du système éducatif ! Après "Vive les paradoxes", "Ordre et désordre", "Questions d'époque"..., E & M prend à nouveau du recul et interroge : "Quel humanisme ?". Il est vrai qu'il y a des mots qui sont intouchables tant ils semblent depuis toujours sous-tendre le message de la République. Et c'est peut-être au moment le plus inopportun qu'il est le plus utile de les revisiter. Car d'humanista à humanismus, de studia humanitatis à humanitatem, les déclinaisons de l'humanisme ont justifié tant de prises de position idéologiques ! Et l'inhumanité qui guette l'étranger, l'exilé, l'infidèle ou le barbare est toujours d'actualité. C'est peut-être par un travail de déconstruction et de dévalorisation apparent, une sorte de "mort de l'homme" - celui-ci étant par ailleurs non défini - qu'il faut passer pour fonder "un nouvel humanisme". En contournant une philosophie du sujet communément partagée, et plus généralement en repoussant toute forme de transcendance, l'antihumanisme comme l'écologisme interpellent plus fortement notre rapport au monde dans un mouvement de décentrement et de recentrement quasi coperniciens. Loin de toute théorisation, l'éducateur attentif à l'évaluation qualitative de son action sent, entre humanité et humilité, qu'il s'agit avant tout de regard, de parole, d'accueil, de dialogue, de compréhension, de rencontre, de relation, d'accompagnement, de maïeutique, d'estime de soi. Le manageur éducateur, faisant porter son effort sur la complexité, sait plus encore combien l'humaine condition est celle d'une longue et toujours inachevée hominisation, d'un homme toujours à naître. Dans la brutale mondialité contemporaine, il n'y aura d'humanisme qu'universel, le plus commun des patrimoines de l'humanité. La pratique partagée d'attitudes de respect, de fraternité, de solidarité, d'équité, de coopération rendra possible cette universalité de droits humains. Une universalité toujours à définir et à conquérir, contre toutes les formes de domination, par les arts du langage mais aussi par une véritable éducation à l'argumentation éthique et juridique afin de construire un droit cosmopolitique régulateur. Dans le monde des hommes d'affaires et des hommes affairés, la plus grande affaire demeure l'homme, mais un homme recontextualisé sous l'angle de la contradiction des intérêts et des points de vue. Un homme capable, inlassablement, d'agir et de penser, et de confronter ses interprétations du monde. Et il s'agit cette fois d'éclairer toutes les échelles et tous les territoires de sa responsabilité.

Education & management, n°27, page 18 (09/2004)

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