Dossier : Métiers de l'encadrement

Usagers et acteurs

Jean-Marc Cordonnier, Parent d'élève,
Martine Roullé, Parent d'élève.

Des parents d'élèves d'un lycée de la proche banlieue parisienne témoignent des effets sur la vie de l'établissement du travail commun qu'ils ont entrepris et poursuivi avec le proviseur et l'équipe de direction.

Le lycée de nos enfants, au début des années quatre-vingt-dix, connaissait un faible dynamisme : l'équipe pédagogique était peu soutenue et de nombreux parents cherchaient à inscrire leurs enfants dans les établissements parisiens. Le changement de chef d'établissement fut l'occasion d'un réel renouveau auquel notre association de parents a apporté sa contribution par un travail en commun. Nous avons toujours considéré que l'École avait des valeurs propres, liées à son projet pédagogique et à sa mission de service public, mais elle doit aussi avoir un esprit d'entreprise, en associant ses différentes composantes, pour promouvoir des projets dynamiques répondant aux attentes de tous. Notre premier souci a été de soutenir les enseignants qui proposaient des activités originales dans le cadre de leur enseignement. Il n'y avait presque plus de sorties pédagogiques ni de voyages scolaires. Nous avons rapidement partagé avec le chef d'établissement la même préoccupation de soutenir les enseignants ou groupe d'enseignants qui proposaient de tels projets. Notre objectif a été de privilégier les voyages à prix réduits pour faciliter la participation de tous les élèves. C'est ainsi qu'une année, face à une proposition d'un enseignant d'organiser un séjour en Grande-Bretagne ou aux États-Unis, nous avons privilégié le pays le plus proche. Nous avons de même soutenu la participation au concours de la Résistance qui était l'occasion de réaliser un travail en petit groupe, tout en s'appropriant une période essentielle de notre histoire. Nous avons aussi apporté notre appui à un concours de poésie dans une classe du lycée ou, encore, à un groupe de musique animé par un professeur de cette spécialité.

Apporter un appui aux élèves

Notre second souci a concerné les élèves eux-mêmes, qui sont des acteurs importants de la communauté scolaire, en premier lieu par leur rôle de délégué de classe. C'est ainsi que nous avons eu plusieurs discussions avec le chef d'établissement sur leur rôle. Ceci a conduit à dissocier la fonction de délégué de celle de "porte-cahier de classe" car cette seconde fonction avait conduit à réduire fortement le nombre de candidats au poste de délégué. Puis une formation de délégué a été organisée en début d'année par l'établissement. Enfin nous avons discuté de la place des délégués dans les conseils de classe ou les conseils d'administration, pour que leur rôle soit réellement valorisé, quitte à les faire sortir des conseils de classe lorsque leur situation était examinée et qu'elle nécessitait débat. Cette même règle s'est d'ailleurs imposée aux parents d'élèves lors de l'examen du cas de leur enfant... voire au cas d'un enfant d'enseignant. Au-delà de cette fonction centrale pour le bon fonctionnement de l'établissement, nous avons contribué à l'appui aux élèves en difficulté par deux moyens : en organisant des études pour des élèves de sixième en difficulté, grâce à quelques parents volontaires ayant des enfants dans l'établissement, avant que des études ne soient organisées par l'établissement lui-même (après cela nous avons poursuivi l'expérience en cinquième) ; en organisant une journée d'information pour les parents sur les commissions d'appel, pour expliquer leur rôle, sans les présenter comme la solution miracle pour les élèves ayant un retard important. Une participation régulière de parents de notre association aux commissions d'appel a aussi conduit à une discussion avec les responsables de l'établissement sur ce sujet. Nous avions en effet constaté que le nombre d'élèves présentés en commission était plus élevé dans notre établissement, ce qui amenait la commission à accorder les appels plus facilement, l'établissement étant jugé trop sévère. Cette discussion a conduit à limiter le nombre de redoublements ou d'orientations non souhaités.

Veiller au bon fonctionnement

D'autres échanges avec les responsables de l'établissement ont porté sur des questions résolues de longue date dans d'autres établissements : rédaction d'une liste de fourniture par niveau au collège, remise aux parents à la fin du mois de juin pour leur permettre d'effectuer les achats avant la rentrée ; mise au point d'une liste commune de livres au lycée, pour faciliter la revente l'année suivante (avant la prise en charge par le Conseil régional) ; organisation d'une épreuve orale de français en première, pour préparer le baccalauréat ; mise en place d'une commission restauration constituée de délégués élèves, des responsables de la cantine et ouverte à des délégués parents (son objectif était autant de permettre aux responsables de la cantine d'expliquer aux élèves leurs objectifs et leurs contraintes, que de donner la possibilité aux élèves de faire part de leurs remarques) ; une réelle réflexion sur le tabac qui a conduit à une séparation des élèves fumeurs et non fumeurs en aménageant des lieux distincts. Au-delà de ces questions, nous avons pu échanger à propos de l'organisation des classes pour tenir compte de la diversité des élèves et éviter le départ des "bons élèves" vers des établissements parisiens. Une classe "européenne" a été ouverte en quatrième et en seconde, en anglais, puis en allemand ; en complément, nous avons demandé que les élèves ne bénéficiant pas de cet enseignement puissent profiter d'un appui dans un autre domaine : ce fut l'ouverture d'une option informatique en quatrième. Les classes restaient toutefois hétérogènes, mais le niveau moyen des classes européennes étant supérieur, il y avait compensation par des effectifs plus réduits dans les classes un peu plus faibles et une attention particulière était accordée au choix du professeur principal dans ces mêmes classes. Mais la nouvelle attractivité de l'établissement conduisit à une augmentation globale du nombre d'élèves, ce qui amena à un remplacement des classes européennes par des options. Les parents ont été associés à toutes les étapes de ces transformations et ont pu exprimer leurs avis. Le problème le plus difficile a toujours concerné les très rares professeurs dont l'enseignement apparaissait déficient. Sur ce point aussi, il est apparu qu'un échange était possible pour demander aux parents d'éviter les critiques systématiques en identifiant les réels problèmes et pour rechercher avec les responsables de l'établissement les solutions les plus adaptées.

Un pari sur la confiance

Ces quelques exemples apparaîtront très ordinaires dans de nombreux établissements. Nous insistons sur leur importance pour nous. Ces avancées n'ont été possibles que par une forte confiance entre les responsables de l'établissement et les responsables des parents d'élèves. Nous tenions une réunion commune de trois heures toutes les six semaines, le samedi matin, à laquelle s'ajoutaient des contacts téléphoniques. Ces réunions ont permis de désamorcer bien des situations difficiles et de mettre en place des idées nouvelles, par une concertation régulière et confiante. Dans toute entreprise dans laquelle travaillent les parents, de telles réunions ont lieu régulièrement au niveau des dirigeants ainsi qu'avec les délégués du personnel. Nous avons considéré que les parents étaient des usagers du service public qu'est l'École mais aussi des acteurs comme dans une entreprise, avec ses exigences. Nos enfants ont largement tiré profit de ce cadre. Nous avons maintenant passé le relais à nos successeurs. Mais nous témoignons que ceci n'a été possible que grâce au chef d'établissement qui est "le chef de l'entreprise".

Education & management, n°25, page 60 (08/2003)

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