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Pierre Dop, Ingénieur pour l'École, chargé de mission auprès du rectorat de Créteil

En 1993, sous l'égide du ministère de l'Éducation nationale, une nouvelle forme de partenariat École-entreprise valorise la formation professionnelle.
C'est souvent dans les situations difficiles que l'homme est inventif. L'association "Ingénieur Pour l'École" propose, depuis une dizaine d'années, un dispositif assurant une passerelle effective entre l'École et le monde économique.

Au début des années quatre-vingt-dix, le secteur de l'électronique était touché par les changements politiques des grandes nations. Les commandes des États à leurs entreprises liées à l'armement diminuaient, et les conséquences sociales étaient déjà présentes. En 1993, sous l'égide du ministère de l'Éducation nationale, l'association "Ingénieur Pour l'École", rassemble auprès de Thomson, initiatrice du projet, l'Aérospatiale, (aujourd'hui EADS), SNECMA et MATRA. Elle s'est étendue depuis à d'autres grandes entreprises industrielles ou commerciales : Air France, BNP-Paribas, Crédit Agricole, EDF, ELF, France Telecom, Schneider Electric, Total-Fina.

Valorisant la formation professionnelle et concrétisant la nécessité de développer l'alternance entre milieu éducatif et celui du travail, l'association se situe dans le cadre de l'insertion professionnelle des jeunes, avec l'objectif d'accroître leurs chances d'accès à l'emploi.

Favoriser le partenariat

L'ingénieur pour l'École contribue à l'établissement d'une passerelle entre le monde de l'éducation et celui de l'économie, en favorisant, plus particulièrement : le partenariat École-entreprise ; l'information et l'orientation des jeunes, en accompagnant ceux-ci dans la définition de leur projet de formation ; les périodes de formation en entreprise, les stages et l'apprentissage par le soutien à la constitution de réseaux d'entreprises d'accueil ; la mise en place et le développement de plate-formes de transferts technologiques, celles-ci consistant en la mise en réseau d'établissements scolaires renforcé par des laboratoires universitaires qui mutualisent leurs moyens autour d'un thème technologique, en direction du tissu local des pme/pmi en le faisant bénéficier de ses compétences et moyens et en lui permettant l'accès à des formations, des équipements, des prestations et des expertises ; des élèves et étudiants en favorisant la connaissance de l'entreprise et l'insertion professionnelle, en leur donnant une opportunité supplémentaire de rapprochement avec l'emploi local.

La mise en oeuvre

Le dispositif mis en place, par un échange de personnels et de services, engendre un flux annuel d'environ 80 à 85 cadres, soit, en équivalent temps plein, à soixante-six personnes, lesquelles sont réparties dans la plupart des académies de la métropole. L'ingénieur pour l'École est un professionnel ayant acquis ses compétences au cours d'un parcours dans de grands groupes, celles-ci sont en général complémentaires à celles des équipes auprès desquelles il est détaché. La moyenne d'âge de quarante-cinq ans et son origine, généralement issue de la branche commerciale, technique ou ressources humaines, traduisent l'intérêt de la diffusion des expériences professionnelles acquises en entreprise. Sur la base du volontariat, l'IPE est détaché par son employeur auprès de l'Éducation nationale pour une durée d'un an renouvelable. Il reste géré par son entreprise, son contrat de travail avec celle-ci est maintenu, elle assure sa rémunération et ses prestations sociales ainsi que le remboursement de ses frais. Il conserve les avantages de sa convention d'entreprise. Son détachement est régi par une convention de délégation entre le rectorat, l'entreprise, l'association et l'IPE. L'IPE est en général coordonné par la délégation académique aux enseignements techniques. Il est tenu d'observer les obligations inhérentes à la fonction publique. Un partenariat financier public - entreprises, donne au dispositif les moyens de vie. L'entreprise bénéficie d'une indemnité de la part de l'Éducation nationale équivalent à 50 % du salaire chargé plafonné. L'association est dotée d'un statut loi 1901, son président actuel est issu du monde économique. Elle gère et anime le réseau des IPE. Les frais de déplacement sont à sa charge et font l'objet d'une convention directe entre l'entreprise et l'association. Elle coordonne l'ensemble des tâches techniques et pédagogiques nécessaires au projet dans chaque académie. Elle prépare le recrutement et le retour des personnels détachés dans leur entreprise. Elle assure l'évaluation continue du dispositif, participe à l'évaluation annuelle par la DESCO et les recteurs ainsi qu'à celle de l'inspection générale.

La participation des IPE

Les IPE de l'académie de Créteil détachés auprès de la délégation académique aux enseignements techniques sont au nombre de quatre. Ils participent à la réflexion sur l'offre académique des bassins de formation en leur apportant un éclairage socio-économique. Ils contribuent à l'amélioration de l'image des métiers, en participant au côté d'un inspecteur de l'Éducation nationale en charge d'une filière de formation professionnelle, à la mise en réseau d'établissements de formations initiales sous statut scolaire, de formations sous statut d'apprentis, de la formation d'adultes, et de l'université. Ces réseaux auxquels ils apportent compétences et expérience, travaillent de manière partenariale avec des représentants des branches professionnelles. Cette organisation matricielle permet à la fois une relation de proximité avec les acteurs du terrain et une approche de la formation tout au long de la vie par la mise en concordance de l'enseignement dispensé avec les évolutions des métiers, notamment technologiques. L'ensemble des réseaux est suivi par le BAPEE (Bureau Académique du Partenariat École-Entreprise). Ce dernier est présidé par le DAETFC (Délégué académique à l'enseignement technique et à la formation continue) et animé par les IPE.

Education & management, n°24, page 74 (01/2003)

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