Forum

L'envie d'agir

Albert Zenou, Principal du collège Auguste-Renoir, Chatou (Yvelines)

La nouvelle configuration du ministère, qui associe la jeunesse et l'éducation, permet d'envisager la formation des jeunes de façon plus globale : elle incite à rechercher une meilleure synergie entre l'éducation "académique" et les activités sociales menées hors de ce contexte, tout en marquant bien les différences qui doivent être réaffirmées entre ces deux approches.

Afin d'apporter des réponses concrètes "aux jeunes qui souhaitent s'investir dans des actions utiles à la collectivité, développer leurs talents, participer à la vie civique", le ministre de la Jeunesse, de l'Éducation nationale et de la Recherche, Luc Ferry, a décidé de créer un livret des engagements qui permettra non seulement de promouvoir les initiatives des jeunes mais aussi de leur proposer les soutiens nécessaires pour qu'ils réussissent pleinement et de leur offrir des formes de reconnaissances adaptées. "Le livre de l'engagement répond à un besoin : selon l'étude menée en Île-de-France par l'institut de recherche et d'information sur le volontariat (IRV), 41 % des jeunes franciliens invoquent "le manque d'information" comme raison de leur non participation à une action de bénévolat." Le but est donc bien d'offrir des renseignements de terrain, des bases de données qui inciteront les jeunes à s'engager dans les domaines du civisme, de la culture, du sport, de l'environnement, de l'économie et de l'humanitaire. Un rendez-vous annuel (le premier est prévu en janvier 2003), encouragera les initiatives des jeunes à partir de trois évènements : édition d'un livret des engagements, création d'un site Internet donnant les coordonnées des associations, organisation d'une journée nationale de l'engagement, "occasion de faire progresser les connaissances des jeunes et leurs capacités d'analyse" sur les questions abordées.

On pourra lire ci-dessous, à titre informatif, les témoignages d'un professeur et d'une CPE sur "la médiation par les pairs" : une action possible dans un collège. n

La médiation par les pairs

Valérie Appeau. Professeur d'EPS, Collège Auguste-Renoir, Chatou.

Dans le cadre du projet d'établissement et suite à un travail d'analyse du CESC (Comité d'Éducation à la Santé et à la Citoyenneté) sur la montée de l'agressivité, des incivilités, voire de comportements violents chez les jeunes, nous avons décidé, sous l'impulsion du chef d'établissement, de mettre en place au collège la médiation par les pairs. À diverses occasions au collège, les élèves ont montré leur capacité à s'investir dans des actions favorisant une meilleure coexistence et une prise de responsabilité. La médiation consiste pour les jeunes à intervenir dans la gestion de petits conflits entre élèves et s'inscrit dans la démarche de l'établissement. Il s'agit de développer le sens de la solidarité et de la responsabilité ainsi que de créer un esprit d'ambassadeur. Dans chaque classe, un élève parmi les volontaires a été élu par ses pairs. Après une sensibilisation assurée par les professeurs principaux, 30 élèves ont ainsi été désignés. Par la suite, deux groupes ont été créés : 6e-5e et 4e-3e qui ont été formés à la médiation par deux spécialistes provenant de l'association "Médiateurs dans la ville", Mesdames Barthes et Gailly. La formation s'effectue sur le temps de la demi-pension, deux fois par mois, sur deux demi-journées. L'action proprement dite a eu lieu à la rentrée scolaire 2002 après une nouvelle formation début septembre.

Formation à la médiation

Muriel Malaty. CPE, Collège Auguste-Renoir, Chatou.

Le premier temps de la formation débuté mi-mars 2002 est consacré à la définition de la médiation. En s'appuyant sur un support vidéo relatant ce type d'expérience au Québec, les formatrices ont défini la fonction de médiateur. Elles abordent les questions du tiers, de la neutralité, de la confidentialité, de l'image du médiateur. Les élèves accordent de l'importance à la réparation et à la notion de respect. Ils ressentent le besoin de déterminer un signe distinctif permettant de les localiser facilement. Il semblerait que le brassard puisse être le signe retenu par les élèves et l'équipe éducative. Les formatrices utilisent des jeux de communication, de mises en situation, créent un "cercle de parole." Ainsi, les enfants apprennent à s'écouter. La formation est exclusivement assurée jusqu'à présent par ces deux professionnelles extérieures au collège afin de favoriser la libre expression des élèves.

Ces derniers sont sensibles à cela. À l'issue de cette phase de formation, les intervenants retiendront les élèves les plus aptes à assumer la fonction de médiateur. Effectivement, certains s'avèrent peu motivés ou assimilent le statut de médiateur à celui de chef, ce qui ne correspond pas à l'esprit de l'action. Par ailleurs, certains se sont conduits de façon trop indisciplinée dans l'établissement pour prétendre devenir médiateurs.

Des difficultés de mise en place sont apparues. Un élève absent les deux premières séances a intégré le groupe en retard. Il y a alors un décalage avec les autres. Les élèves des niveaux de 4e et 3e semblent plus réticents à jouer des rôles dans les mises en situation ; il faut les pousser. Certains 6e - 5e ont exprimé leurs craintes à assumer cette fonction "Vais-je savoir le faire ?", "En suis-je capable ?". En revanche, lors de la formation, les plus jeunes étaient plus actifs que les 4e - 3e. Les difficultés de mise en place posent le problème de recrutement des élèves médiateurs, de la sensibilisation des élèves dans les classes, voire de celle des personnels à cette fonction. Il faut que les élèves volontaires puissent se retirer si cela ne leur convient pas. Il est important de participer à toute la formation. Les formatrices sentent la nécessité de travailler davantage en liaison avec l'équipe pédagogique. Des retours positifs ont émergé et nous confortent dans l'intérêt d'une telle action. Des jeunes non élus souhaitent intégrer la formation. Un élève a rejoint le groupe en tant que suppléant lorsqu'une camarade était absente. De surcroît, une élève se préparant à être médiatrice est intervenue dans un conflit entre deux collégiens alors que l'action n'était pas encore officiellement mise en place.

L'investissement, réel et volontaire, d'enfants pas toujours "faciles" est très interpellant. Ils ont été assez nombreux pour que nous le notions. Il est enfin à souligner un très bon investissement des élèves de la SEGPA (Section d'Enseignement Général et Professionnel Adapté.) C'est, semble-t-il, pour eux un moyen d'être valorisés et reconnus. Cela va peut-être aider certains à se construire une image plus positive d'eux-mêmes. À travers l'intérêt porté par les enfants au projet, il semble évident que celui-ci doit être poursuivi.

Education & management, n°24, page 14 (01/2003)

Education & Management - L'envie d'agir