Magazine

Valider l'expérience

Jacques Chéritel, Délégué académique à la formation continue

Une loi de janvier 2002 confirme, à travers des mesures concrètes,l'intérêt de la validation des acquis de l'expérience.
Obtenir un diplôme grâce à un examen, c'est la voie la plus connue. Mais lorsque les compétences requises sont obtenues sur le tard, en dehors de l'École, il faut inventer un autre système de certification.

intérêt de se former tout au long de sa vie n'est pas nouveau. C'est Rabelais et sa culture intégrale, Comenius écrivant "le monde est une école, la vie est une école, chaque âge est destiné à apprendre" ou Condorcet : "l'instruction doit embrasser tous les âges". La communauté européenne a fait de l'éducation et de la formation tout au long de la vie l'une de ses priorités. Dans une "économie de la connaissance", le cloisonnement en trois âges (l'éducation, le travail, la retraite) évolue vers une imbrication et une interaction plus intenses entre la formation, l'activité professionnelle et le temps libre.

Une volonté nationale

C'est dans cet esprit que la loi de juillet 1992 sur la validation des acquis professionnels a instauré un nouveau droit individuel. Cette validation reconnaît que l'activité professionnelle développe des compétences, indépendamment des temps de formation proprement dits. L'exercice d'un métier forge une authentique qualification et peut légitimement contribuer à l'obtention d'un diplôme. Or la possession d'un diplôme est une garantie essentielle pour tout individu car c'est un élément majeur de son identité sociale, un gage à la fois de reconnaissance et d'adaptabilité, un moyen d'assurer sa promotion et sa mobilité. L'ambition de la loi de modernisation sociale de janvier 2002 est de donner un nouvel élan à cette validation grâce à un élargissement du bénéfice possible pour le candidat (le jury pourra accorder le diplôme dans son entier), une réduction de la durée de l'expérience exigée (de cinq à trois ans), une prise en compte d'expériences non spécifiquement professionnelles (d'où l'appellation "validation des acquis de l'expérience") comme le travail bénévole dans une association ou un syndicat, un allègement du dossier déclaratif et une meilleure fluidité dans le traitement des candidatures. La validation des acquis doit être plus qu'une seconde chance accordée à titre exceptionnel à un public méritant, mais un dispositif classique, pour tout dire "normal". Aujourd'hui, 40 % de la population active n'a pas de qualification reconnue. La formule de validation des acquis de l'expérience rend visibles les compétences réellement acquises, aussi bien par les actifs que par les demandeurs d'emplois, et permet ainsi des formations mieux ciblées. Pour l'Éducation nationale, la formule présente beaucoup d'avantages ; elle crédibilise les diplômes professionnels, améliore les référentiels de ces diplômes, enrichit l'expertise en matière de connaissance des métiers et d'évaluation, familiarise les enseignants avec l'analyse des situations de travail.

Dans une académie

Le centre de validation de l'académie de Créteil a été créé dès 1994. En 2001-2002, il a accueilli 3 000 personnes. L'âge moyen des candidats est de 38 ans. 84 % sont des actifs - dont 58 % travaillent dans le secteur privé - et 16 % sont en recherche d'emploi. Les diplômes demandés sont à 21 % les cap et BEP, à 25 % les bac pro et brevet professionnel, à 54 % les BTS. Quant aux motivations déclarées, ce sont à 39 % une satisfaction personnelle, à 32 % un désir de promotion, à 19 % une obligation pour passer un concours, à 18 % une volonté de reconversion, etc. Après la réception des demandes et une réunion collective d'information, le centre vérifie si le diplôme demandé correspond à l'expérience acquise. Des ateliers méthodologiques et des entretiens-conseils personnalisés aident les candidats à prendre conscience de leurs compétences, à les analyser et à les formuler. Le candidat remplit alors un dossier. Il y décrit son expérience et atteste sur l'honneur de la véracité de ses déclarations. Cette procédure garantit le secret face à l'employeur et rend la validation accessible aux demandeurs d'emploi. Des enseignants et des professionnels, tous spécialistes du diplôme concerné, aident le candidat à se construire une stratégie personnelle. En 2001, 120 jurys ont été composés pour faire face à la variété des demandes. Chaque jury se compose de quatre personnes au moins. Il examine les dossiers et interroge le candidat. Le taux de réussite a été de 81 % pour le cap, de 70 % pour le BEP, de 65 % pour le bac pro et de 56 % pour le BTS.

Education & management, n°23, page 70 (06/2002)

Education & Management - Valider l'expérience