Editorial

Mieux comprendre l'école

Jacky Simon, Inspecteur général de l'administration de l'Education nationale, médiateur de l'Education nationale

Comment peut-on assurer la réussite de tous les élèves, en particulier dans le cadre de la scolarité obligatoire, alors même que notre système éducatif, comme dans tous les pays développés, est complexe, voire inutilement compliqué ? La fixation d'objectifs globaux clairs est sans aucun doute essentielle et constitue un préalable, mais leur mise en oeuvre raisonnée, régulée, ne peut se situer qu'à des niveaux intermédiaires et locaux. "Raisonner globalement mais agir localement" reste une formule pertinente si elle s'accompagne d'une vigilance non bureaucratique dans la mise en oeuvre afin d'écarter les dérives et que les plus forts n'écrasent les plus faibles ou que ne se creuse le fossé entre ceux qui savent, comprennent les arcanes du système, les "initiés culturels" et les autres. Or si nous voulons un système éducatif plus juste, plus équitable, donc plus efficace socialement, respectueux de la spécificité de chacun, il faut tenir compte dans son pilotage des inégalités de connaissances et de comportement des élèves mais aussi des familles. Chacun connaît l'importance des stratégies des familles bien informées dans le domaine de l'orientation, du choix des établissements... mais on sous-estime, ou pire, on se résigne aux dégâts liés à une mauvaise connaissance du fonctionnement de l'École, de ses codes et de ses règles du jeu. Pour réussir, il faut de la volonté, du travail, mais aussi une claire connaissance des enjeux et de la complexité des choix. Chacun devrait pouvoir se situer dans un cadre où l'explicite est plus important que l'implicite, où tout ne se vaut pas. Derrière les mots, les appellations, il est clair que chacun ne met pas le même sens. La fonction de l'École, mais plus concrètement celle des enseignants et des responsables à tous les niveaux, est d'expliciter, de clarifier. L'action des parents est non moins importante. Chacun a un rôle décisif à jouer pour faciliter une meilleure connaissance réciproque du système éducatif et du milieu familial et atténuer cette opposition historique, bien française, entre École et famille. Cette compréhension réciproque, dans le respect de la spécificité et des missions de chacun, paraît une nécessité dans un contexte social qui a changé mais qui doit retrouver, sans nostalgie, les principes fondateurs d'une École agissant, en principe, au bénéfice du plus grand nombre. On oublie trop que ce sont les instituteurs qui ont été des découvreurs de talents et qui ont incité les enfants de paysans à entrer au collège et poursuivre au-delà...

Aussi, sans bien évidemment épuiser un tel sujet, je suggère trois pistes. La première concerne le dépassement trop souvent formel du rôle institutionnel des parents dans le fonctionnement de l'École. Des facilités doivent être recherchées pour aider à une meilleure participation de parents qui souvent sont écartés, alors même qu'ils attendent beaucoup de l'École. La relance d'une campagne nationale pour inciter à la participation aux élections aux conseils d'école et d'établissement me paraît indispensable. La seconde vise à créer, dans le respect des compétences de chacun, un espace de collaboration où le parent apprend ce qu'est l'école de son enfant et l'enseignant quels sont, par exemple, les obstacles familiaux à la réussite de l'élève. Il s'agit d'aller au-delà du développement souvent avancé d'une école des parents vers une "École des parents et éducateurs" incluant évidemment les enseignants. Enfin, une troisième piste concerne la mise au point d'une charte du comportement respectif de chaque interlocuteur : un parent dialoguant avec un enseignant donné, précisant ce que chacun peut attendre de l'autre sans risquer d'être accusé de pénétrer dans son pré carré. Ceci va au-delà d'un code des droits et obligations et doit déboucher sur la mise au point d'une règle du jeu permettant une information réciproque. Mais cette charte ne trouvera sa pleine efficacité que si elle fonde un dialogue régulier et personnalisé entre chaque parent et chaque enseignant concerné. Mieux connaître pour mieux réussir dans le respect d'un cadre général cohérent, plus attentif à chacun, doit être un objectif central du management au quotidien d'un système éducatif diversifié qui doit viser plus que jamais à la réussite de tous, à démocratiser aussi la réussite scolaire. Pour atteindre cet objectif, nos concitoyens n'ont pas à supporter l'opacité et les complications de notre système éducatif, mais ils doivent le comprendre pour mieux le maîtriser avant d'espérer pouvoir les simplifier.

Education & management, n°23, page 1 (06/2002)

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