Dossier : Adjoints

Le chef qui devint adjoint...

Gérard Arrambourg, IA-DSDEN

Un chef d'établissement devient inspecteur d'académie adjoint. Ce n'est qu'une expérience personnelle qui trouve sa propre limite. Agrégé de lettres en 1973, j'ai enseigné pendant dix-sept ans. Bien inséré dans la cité par diverses actions associatives, j'ai été élu au conseil municipal et j'ai coutume de dire que c'est, en partie, ce qui m'a donné envie de voir au-delà de la classe. J'ai pris conscience aussi que j'avais chaque année un an de plus et que les élèves avaient toujours le même âge : qu'est-ce que cela donnerait quand le fossé deviendrait infranchissable ?

J'ai donc passé le concours de personnel de direction à l'automne 1989 et ai débuté mon stage en janvier 1990. Lors de l'affectation, je suis devenu directement chef d'établissement, sans avoir été adjoint. Premier paradoxe.

Second paradoxe : pendant les douze années à ce poste, je n'ai eu qu'un seul adjoint. En 2002, j'ai réussi le concours de recrutement d'inspecteur d'académie et ai opté pour la fonction d'IA adjoint au DSDEN. Première affectation dans l'Académie de Paris, comme adjoint au DSDEN en charge du second degré. L'hypothèse d'une promotion comme DSDEN semblant s'estomper, j'ai demandé à être affecté sur le poste d'adjoint qui se libérait à Lyon, pour raisons familiales, le "célibat géographique" trouvant vite ses limites.

Moi et "mon" adjoint. J'avais été frappé, pendant nos stages de formation, de l'importance qui était accordée à la notion d'équipe de direction. Issus de corps différents, nous étions tous préparés à entrer dans ce corps unique de personnel de direction qui ferait que CPE, COP, professeurs certifiés, PLP, agrégés seraient fondus en cette entité nouvelle. Ainsi nous serions la moitié égale d'une paire qui ne manquerait pas de fonctionner dans l'osmose la plus totale. Nous avions pourtant dépassé l'âge de l'angélisme, et, creusant mes souvenirs, je retrouve un seul exemple de vrai couple de direction, qui a fait d'eux un couple d'amis. Comment ai-je construit ma relation avec "mon" adjoint, sachant que je l'avais connu pendant le stage comme l'adjoint du proviseur auprès de qui j'étais affecté ? Pour ce qui est de la répartition des tâches, j'ai reconduit la répartition traditionnelle qui m'avait été présentée lors de mon stage : la responsabilité absolue au proviseur, avec des domaines réservés comme les relations extérieures, les affaires financières, le développement général de l'établissement. À l'adjoint revenaient les modalités pratiques, les organisations de réunions, la mise en place de l'emploi du temps (encadré fortement par le proviseur), et tout particulièrement les relations avec les enseignants, morceau important dans un lycée d'environ 150 professeurs.

Frais émoulu du concours, et ne prétendant pas tout dominer par l'onction suprême de la réussite, j'ai choisi de jouer la complémentarité et la confiance. Une réciprocité s'est ainsi installée progressivement, et j'ai essayé de l'associer autant que possible aux domaines qu'il connaissait mal. Il est vrai que la gestionnaire agent comptable et le chef des travaux étaient par ailleurs deux personnes de grande qualité dans leurs champs respectifs sur lesquels je pouvais aussi m'appuyer sans crainte. Rétrospectivement, je crois que j'aurais pu encore mieux en faire un adjoint au sens plein du terme "équipe de direction". Et comme cette autre paire citée plus haut, nous sommes devenus et restés amis, après.

Moi, adjoint. À tout bien réfléchir, il n'y a pas de similitude possible entre les deux couples évoqués ici : personnels de direction, inspecteurs d'académie.

Ceux-ci ont la nécessité d'assurer la présence de l'institution sur un ensemble géographique tel et dans des écoles et des EPLE en tel nombre qu'une seule personne ne saurait réussir cette gageure. Il y a nécessité aussi à représenter l'Institution auprès de nombreux partenaires et sur des dossiers si variés que, là encore, un seul inspecteur ne saurait faire face. Il y a nécessité de répondre aux missions de M. le Recteur, voire de le représenter. En somme, s'il y a un ou deux adjoints auprès d'un DSDEN, c'est parce qu'il y a abondance telle de charges et de travail qu'il faut partager pour tout mener à bien. Autre élément qui fait qu'il ne peut y avoir similitude entre les deux situations dont nous parlons. Inspecteur d'académie DSDEN et Inspecteur d'académie adjoint sont des emplois fonctionnels. Certes, l'un sera le supérieur hiérarchique de l'autre : il lui établira sa lettre de mission ; il lui déléguera telle signature et pas telle autre ; il participera à son évaluation ; il lui demandera de le représenter. Et la réciproque n'existe pas. Mais malgré tout, quand l'Inspecteur d'académie adjoint se présente, c'est l'Inspecteur d'académie qui est présent. On pourrait gloser sur les questions de personnes, sur les rapports avec les autres acteurs d'une inspection académique, sur la présence directe ou non des adjoints lors des réunions autour des recteurs ; nous serions dans l'anecdotique. Ce dont je veux témoigner, c'est du regard qui est porté sur nos fonctions, sur nos emplois fonctionnels, par ceux avec qui nous travaillons. Que ce soit au sein de l'Éducation nationale ou auprès de nos partenaires, quels qu'ils soient (institutionnels, politiques, associatifs...), c'est toujours un Inspecteur d'académie qui est vu, avant que l'on se pose la question de savoir s'il est le DSDEN ou l'adjoint. Même si l'on sait que, en cas de présence de l'adjoint, il y aura retour auprès du DSDEN pour prise de décision, sauf dans ses domaines de délégation.

Moi, plus adjoint ? Alors, pourquoi briguer un poste de DSDEN puisqu'il n'y aurait pas de différence avec l'adjoint ? Serait-ce pour parader dans la voiture de fonction avec chauffeur ? Pour porter des responsabilités à l'abri desquelles on se trouve comme adjoint ? Par plaisir masochiste à se trouver désigné comme le responsable de la carte scolaire et des fermetures de classes par des parents indignés ? Au-delà de ces plaisanteries, c'est parce que, quand on a été chef d'établissement et qu'on pense avoir réussi cette mission, quand on a atteint un âge certain, on se dit qu'on peut aussi devenir le chef d'un département, et imprimer sa touche personnelle. Et à bien regarder, le DSDEN n'est-il pas une sorte d'adjoint auprès du recteur ?

Education & management, n°34, page 35 (12/2007)

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