Editorial

Donner enfin de l'autonomie aux EPLE !

Bernard Toulemonde, inspecteur général honoraire

Voici des années qu'on se lamente sur l'absence d'autonomie des établissements secondaires et sur leur incapacité à exploiter les faibles marges dont ils disposent ! Alors, enfin, puisque la période s'y prête, rêvons à une autonomie qui en serait vraiment une. Un rêve ? Pas tant que cela, car finalement, quelques mesures assez simples permettraient de débloquer le système. Donnons d'abord aux chefs d'établissement les moyens de piloter réellement. Quelques-uns y parviennent, au prix d'efforts extraordinaires, la plupart peinent. Pourquoi ? Dans la majeure partie des cas, non pas par timidité ou mauvaise volonté, mais faute de moyens, moins financiers que de mobilisation des équipes. Pourquoi ne pas admettre que chaque chef d'établissement soit consulté sur la nomination de ses proches collaborateurs, que les enseignants prennent connaissance du projet et contact avec l'établissement avant toute nomination ? Les équipes y gagneraient en cohérence. Pourquoi ne pas associer étroitement le chef d'établissement à la gestion de ses personnels ?

Qui est le mieux placé pour connaître les qualités et les défauts de chacun, sinon celui qui les côtoie tous les jours ? Quelques marges existent çà et là (accès aux hors-classe), les inspecteurs travaillent de plus en plus souvent avec les chefs d'établissement, des collectivités les associent à la gestion des tos, alors laissons aux chefs d'établissement au moins le pouvoir de proposer les déroulements de carrière, remettons-leur le soin de désigner les bénéficiaires des charges et des décharges, tout en offrant des garanties aux personnels contre l'arbitraire. Finissons-en avec la double notation et profitons des textes récents de la fonction publique pour moderniser l'évaluation des enseignants. Encourageons les EPLE à recruter eux-mêmes certains agents (contractuels, associés...), à l'exemple des assistants d'éducation, très bénéfiques aux établissements.

Modifions ensuite les relations entre les autorités académiques et les établissements. Décidons une bonne fois pour toutes que les circulaires sont facultatives et cessons ces réglementations étouffantes (les grilles horaires nationales à la demi-heure près !), dont le flot incessant vient sans cesse rogner l'autonomie et dicter les comportements, avec d'ailleurs une efficacité de plus en plus douteuse... Place aux espaces d'initiative et d'expérimentation ! Basons les relations sur la confiance, sur le partenariat, sur le contrat et, bien entendu, sur l'évaluation des résultats. De grands espoirs sont fondés sur la contractualisation : ne décevons pas en véhiculant encore des volontés unilatérales derrière ce qui devrait être négocié, discuté, accepté en commun. Est-ce trop demander ? Faut-il aller jusqu'à modifier le statut du rectorat, de service déconcentré en établissement public régional d'enseignement, dirigé par le recteur mais géré avec l'ensemble des parties intéressées ?

Voilà quelques pistes. Chiche ?

Education & management, n°34, page 1 (12/2007)

Education & Management - Donner enfin de l'autonomie aux EPLE !