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Regards sur l'éducation, les indicateurs de l'OCDE

Jean-Michel Leclercq, Expert international

La dernière édition de l'ouvrage Regards sur l'éducation ; les indicateurs de l'OCDE vient de paraître1. C'est une occasion de rappeler la portée des initiatives prises par cette Organisation dans le domaine des statistiques se rapportant à l'éducation et de faire le point sur la situation actuelle.

Historique

Jusqu'à la fin des années quatre-vingt du siècle dernier, l'Annuaire statistique de l'UNESCO était la seule publication à offrir pour l'éducation des statistiques internationales. Mais elles avaient le double inconvénient de ne pas être totalement fiables et de ne pas permettre des comparaisons bien fondées. Les sources d'informations étaient essentiellement nationales et de nombreux gouvernements n'étaient ni vraiment en mesure de les établir ni toujours désireux de les communiquer. Ces statistiques nationales, en choisissant les secteurs sur lesquels elles portaient et les critères qui les régissaient, livraient des éléments mal comparables d'un pays à l'autre. C'est pourquoi l'OCDE qui avait déjà une longue expérience en la matière décida à ce moment de lancer un programme pour harmoniser les conditions d'élaboration des statistiques en éducation et les rendre mieux utilisables dans les comparaisons internationales en les intégrant dans des indicateurs. Ceux-ci, à l'instar de ce qui s'était passé pour la nomenclature des structures de l'éducation élaborée par l'UNESCO (Classification Internationale Type de l'Education, CITE), embrassaient des phénomènes généraux qui ne correspondaient pas aux situations dans leur diversité mais en retenaient les éléments essentiels dont la description obligeait à reconsidérer les statistiques nationales selon un même modèle. Ainsi s'agissant de la fréquentation de l'enseignement secondaire, il fallait dépasser des structures parfois très différentes pour comptabiliser des élèves suivant des études dans des circuits qui n'étaient pas identiques mais néanmoins comparables, notamment par leur durée ou le type de diplômes auxquels ils menaient. La première édition des Regards sur l'éducation est parue en 1992 et celle de 2006 est la douzième. Au fil des années, l'ouvrage n'a guère varié dans son plan d'ensemble qui aborde dans ses chapitres les différents contextes, les ressources humaines et matérielles qui y sont affectées, les organisations scolaires et pédagogiques, la fréquentation aux divers niveaux et types d'éducation ou de formation, les degrés d'intégration sociale et professionnelle à l'issue de la formation. Mais au cours des années, ce plan n'a pas cessé de s'enrichir de nouvelles informations à mesure que se développait la liste des indicateurs. Par exemple, depuis le lancement de l'enquête PISA, la place réservée aux résultats des élèves s'est considérablement accrue. C'est surtout l'introduction de nouveaux indicateurs qui explique l'augmentation régulière du volume de l'ouvrage qui comptait 172 pages en 2003 contre 500 aujourd'hui.

Les nouveaux indicateurs

Faute de pouvoir ici rendre compte en détail d'une publication aussi volumineuse, on se limitera à signaler les nouveaux indicateurs qu'elle introduit et qui concernent principalement les dépenses d'éducation, les étapes de la scolarisation et le suivi des acquis des élèves. Pour les dépenses d'éducation calculées sur la base de 2003, le nouvel indicateur à mentionner est celui des dépenses cumulées par élève sur la durée théorique des études du primaire et du secondaire, soit 77 204 dollars pour la moyenne OCDE2, la France étant à 800 dollars au-dessus de cette moyenne.

Pour la scolarisation, deux nouveaux indicateurs apparaissent. L'un concerne l'évolution des effectifs caractérisée par une baisse de 20 % dans 80 % des pays de l'OCDE, à l'exception de la France qui aura 2 % de hausse d'ici 2014 mais une diminution dans le second cycle entre 2004 et 2014. L'autre indicateur qui fait son apparition est l'espérance de scolarisation. Entre 1995 et 2004, elle s'est élevée d'au moins deux années dans tous les pays de l'OCDE mais pas en France où 90 % des élèves sont déjà scolarisés pendant 15 ans contre 12 en moyenne dans les pays membres de l'OCDE. Ainsi, à 15 ans, l'espérance de scolarisation y est en moyenne de 6,9 années contre 7,6 en France.

Par ailleurs, en ce qui concerne les études secondaires, figurent de nouvelles données sur l'évolution du taux de chômage par niveaux d'études entre 1995 et 2004 avec sa diminution dans beaucoup de pays dont la France pour les titulaires d'un diplôme de fin d'études secondaires. À ce niveau, les effectifs ont augmenté partout et 81 % des élèves obtiennent un diplôme du deuxième cycle de l'enseignement secondaire général ou professionnel. S'agissant des résultats et du suivi des élèves, ce sont deux nouveaux indicateurs qui font leur entrée. Selon le premier, le milieu familial influe fortement sur les résultats des élèves : ceux issus des milieux défavorisés ont 3,5 fois plus de risques que ceux issus des milieux favorisés de ne pas obtenir de bons résultats en mathématiques et en lecture (4,3 en France où 62,1 % des élèves faibles en mathématiques le sont aussi en lecture). Le second indicateur concerne le redoublement dont la pratique subsiste en dépit de l'opposition de nombreux spécialistes pour qui le redoublant n'améliore pas ses résultats.

Par ailleurs, dans les conditions de l'enseignement, on ne saurait faire abstraction de la place accordée aux nouvelles technologies de l'information et de la communication (TIC). D'après un nouvel indicateur sur leur accessibilité et leur utilisation, le parc informatique des établissements et l'usage des TIC se sont beaucoup développés depuis 2000.

Il faut également mentionner un apport d'informations supplémentaires sur les études supérieures avec, de 2000 à 2004, une forte progression de l'accès aux établissements d'enseignement supérieur et une sensible augmentation du nombre de leurs diplômés (2 % en France). Est aussi significative l'augmentation de la mobilité chez les étudiants dont 8 % poursuivent des études dans un pays dont ils ne sont pas les ressortissants et 14 % suivent des programmes de recherche de haut niveau.

Ce ne sont toutefois pas seulement les nouveaux indicateurs qui permettent d'affiner la connaissance et l'interprétation des divers contextes. D'une édition à l'autre, les dépenses d'éducation, la part du public et du privé ou le montant des dépenses par élève sont mieux précisées. La même remarque vaut pour les obligations de service et les rémunérations des enseignants. Bien entendu, l'intérêt de ces six nouveaux indicateurs n'éclipse pas celui que suscitent les vingt-deux autres ayant traditionnellement leur place depuis plus ou moins longtemps. C'est leur combinaison qui permet d'aboutir à un tableau sans équivalent de l'éducation dans les pays industrialisés.

Ce tableau a été à l'origine une commande des gouvernements qui désiraient disposer d'un instrument fiable pour situer les uns par rapport aux autres leurs initiatives et leurs aboutissements. Il n'est guère niable que des effets sur les politiques éducatives ont été enregistrés : leurs tendances se sont rapprochées et leurs réussites et leurs difficultés sont devenues mieux repérables.

Bons et mauvais usages des indicateurs

Dès leur parution, les Regards sur l'éducation ont attiré l'attention des médias et sont devenus très souvent la source des critères selon lesquels il fallait mesurer la qualité de l'éducation dont l'expression même porte la marque de l'OCDE. Les médias français ne sont pas en reste comme en témoigne le dossier publié par le journal Le Monde quelques jours après la sortie de l'ouvrage3 sous le titre L'école selon l'OCDE-France 9/20.

Il n'est pas sûr que ce soit la meilleure exploitation à faire de ces travaux de l'OCDE. Ceux-ci veulent certainement stimuler les efforts pour une éducation de qualité selon des critères éventuellement discutables mais ne poussent pas à des conclusions aussi sommaires. Même dans l'enquête PISA qui classe les pays selon leurs résultats, les écarts sont dûment calculés sur une échelle de plus de 500 points. Ils ne sont donc pas comparables avec notre notation traditionnelle dans laquelle trop souvent la brutalité tient lieu de rigueur et démotive plutôt qu'elle n'encourage à s'améliorer. Les indicateurs de l'OCDE méritent une meilleure approche pour qu'ils soient révélateurs des problèmes essentiels à aborder et des solutions à leur chercher.

Notice biblio : Regards sur la LOLF

Notice biblio : L'orientation, c'est l'affaire de tous, 1. Les enjeux


(1) Regards sur l'éducation ; les indicateurs de l'OCDE, OCDE, Paris, 2006, 500 p.

(2) Soit l'ensemble des pays membres de l'Organisation.

(3) Numéro du 22 septembre 2006.

Education & management, n°33, page 56 (04/2007)

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