Dossier : Manager pour tous

Introduction aux Sixièmes Rencontres E&M

Jean-Pierre Boyer, Secrétaire général de la Commission nationale française pour l'Unesco

Il m'est particulièrement agréable d'ouvrir à l'Unesco, au nom de la Commission française, ces Rencontres Éducation & Management. L'Unesco, dans la mesure où l'éducation constitue l'axe majeur de ses activités, est par excellence la maison des éducateurs et des responsables de l'éducation. Je voudrais également remercier très vivement M. Claude Baudoin d'avoir choisi comme thème de cette journée "Manager pour tous", qui rejoint à l'évidence l'une des préoccupations majeures de l'Organisation internationale : l'initiative EPT, Éducation pour tous.

Comme vous le savez, l'Unesco est au coeur des grands enjeux éducatifs mondiaux. Depuis le Forum de Dakar, qui s'est tenu en l'an 2000, elle est chargée de coordonner cette initiative extrêmement ambitieuse, centrée sur la généralisation de l'enseignement de base d'ici 2015. Le programme "Éducation pour tous" s'ancre dans les objectifs de développement du millénaire que les Nations Unies ont adoptés et qui visent notamment à réduire de moitié la pauvreté dans le monde en moins d'une génération. Il s'articule d'autre part avec les activités lancées dans le cadre de la décennie des Nations Unies pour l'alphabétisation (2003-2012) et de l'éducation en vue du développement durable (2005-2014), dont l'Unesco est également le chef de file.

Le rôle joué par l'Unesco est déterminant. Il consiste tout d'abord, non seulement à coordonner l'action des gouvernements et des autres agences internationales, notamment celle du PNUD, de l'Unicef et de la Banque mondiale, mais également à mobiliser et à orienter les moyens techniques et financiers des bailleurs de fonds et à veiller, en établissant par exemple un rapport annuel de suivi, à ce que la communauté internationale respecte ses engagements et rende compte des efforts accomplis. Cependant, compte tenu du caractère très ambitieux des objectifs de Dakar, il est clair que ces efforts sont insuffisants et que l'action de l'Unesco demande à bénéficier d'un souffle et d'une mise en cohérence qui lui font encore défaut. Les décisions récentes prises par le Conseil exécutif et la Conférence générale vont dans ce sens, en demandant à l'Organisation internationale de se donner les moyens d'une action plus efficace.

On note bien, d'après le rapport annuel de suivi de l'Éducation pour tous, certaines avancées mais un "déficit éducatif" massif se concentre encore en Afrique subsaharienne, dans les États arabes et en Asie du Sud et de l'Est. Des écarts considérables subsistent entre les différentes régions du monde en ce qui concerne la parité des sexes dans l'enseignement primaire et secondaire. Les insuffisances dans la formation des enseignants, dans de nombreux pays, sont patentes. Elles devraient partiellement trouver remède dans un nouveau programme destiné à l'Afrique et qui vient de démarrer, avec des moyens malheureusement trop modestes. L'éducation pour tous constitue la priorité des priorités pour les États membres de l'Unesco. De nombreux pays, dont le nôtre, mettent également l'accent sur une conception large de l'éducation pour tous, qui répond à la nécessité de construire une éducation tout au long de la vie, comprenant l'accès à tous les niveaux d'éducation et de formation et prenant en compte les apprentissages informels et la reconnaissance des acquis de l'expérience.

La France, notamment par l'action de son ministère des Affaires étrangères, apporte un ferme appui à l'Unesco pour la mise en place d'une scolarisation primaire universelle, en particulier au bénéfice des filles. Elle recentre sa coopération éducative en ce sens dans les cinquante-quatre pays de sa zone de solidarité prioritaire. Cela se traduit par un ensemble de mesures concrètes :

  • doublement des contributions financières françaises au bénéfice de l'éducation de base d'ici 2007 (de 80 à 160 millions d'euros) ;
  • renforcement des partenariats stratégiques avec les bailleurs de fonds multilatéraux (Banque mondiale, Union européenne...) dans le cadre de "l'initiative de mise en oeuvre accélérée" qui vise à apporter des moyens financiers supplémentaires aux pays engagés dans une réforme résolue de leurs systèmes éducatifs ;
  • mise en place auprès de l'Unesco d'un fonds pour des études et des formations, ainsi que d'un pôle d'expertise auprès de son bureau régional de Dakar ;
  • repositionnement de l'assistance technique française en appui à l'éducation de base et allègements de la dette bilatérale en fonction de la définition, par les pays bénéficiaires, de politiques éducatives insérées dans des stratégies de développement.

De son côté, l'Unesco a une fonction d'aide à la définition des politiques et des stratégies éducatives, ainsi que de conseil et d'appui pour leur mise en oeuvre. Les programmes de formation et de recherche de l'Institut international de planification de l'éducation, destinés à améliorer les capacités des États membres en matière de pilotage stratégique des systèmes éducatifs, en constituent un excellent exemple.

La responsabilité de l'Unesco est donc directement engagée dans la mise en oeuvre de l'Éducation pour tous. Son rôle est multiple et, parfois, difficile dans la mesure où il lui revient à la fois de coordonner et de piloter cette vaste entreprise internationale, de travailler avec de nombreux partenaires (autres organisations internationales, États bénéficiaires ou États bailleurs de fonds, organisations non gouvernementales et société civile). L'Éducation pour tous constitue une priorité pour les pays en développement, mais, au-delà, pour tous les pays. Au-delà des aspects quantitatifs, il s'agit de bien prendre en compte, conformément au thème de cette journée, l'ensemble des besoins éducatifs.

Education & management, n°32, page 20 (11/2006)

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