Dossier : Manager pour tous

Ouverture des Sixièmes Rencontres E&M

Claude Baudoin, Directeur de publication, rédacteur en chef d'Éducation & Management.

Nos remerciements vont tout d'abord à l'Unesco, la première organisation mondiale de coopération éducative et culturelle. Je ne suis pas certain que le milieu éducatif français mesure la chance qui a été celle de la France lorsque la communauté internationale, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, a choisi la capitale de notre pays pour y installer son siège mondial. Dans la "galaxie Unesco", comme on dit communément, remerciements tout particuliers à la Commission nationale française pour l'Unesco, partenaire essentiel de cette journée, à son secrétaire général Jean-Pierre Boyer et à ses proches collaborateurs. À la Fédération française des Clubs Unesco, partenaire du CRDP de l'académie de Créteil. Et un hommage à celui qui m'a fait découvrir l'Unesco, il y a plus de vingt ans, et comprendre cet article, fondamental pour un éducateur, de son acte constitutif : "Les guerres prenant naissance dans l'esprit des hommes, c'est dans l'esprit des hommes qu'il faut élever les défenses de la paix." Cet homme, c'est André Zweyacker, inspecteur général honoraire d'histoire, géographie et éducation civique.

Remerciements tout aussi chaleureux au Monde de l'éducation, l'autre grand partenaire de cette journée et, particulièrement, à sa rédactrice en chef, Brigitte Perucca. Remerciements à tous les cadres et experts de cette journée : l'inspection générale, le médiateur national, l'ESEN, l'INRP, le CNEFEI, l'AEF, l'université Lyon 2, l'AFAE, Éducation & Devenir, et tout particulièrement l'académie de Créteil, représentée par l'IPR pilote du CASNAV et deux chefs d'établissement. Remerciements enfin au SCEREN [CNDP-CRDP] qui a travaillé depuis plus d'un an à rassembler les ressources éditoriales à destination des personnels d'encadrement dans un catalogue dont le directeur général, Patrick Dion, a accepté de présenter un avant-projet de maquette. Ce qui fait que ces vies Rencontres d'E&M seront un peu plus que les rencontres de la revue...

Continuité et novation

E & M a bientôt 17 ans. Fondée en 1989 par Maurice Berrard, mon prédécesseur à la tête du CRDP de l'académie de Créteil, c'est aujourd'hui une revue nationale du SCEREN, avec un positionnement original au sein de l'Éducation nationale. Créée dans l'académie de Créteil, l'académie de tous les dangers et de toutes les créativités, elle joue un peu le rôle de "passeur de cultures", entre culture administrative et culture enseignante, entre culture du service public d'éducation et cultures managériales venues d'autres organisations, privées ou publiques. Avec 30 numéros, des dossiers qui font alterner réflexions de portée générale et thèmes professionnels, elle intègre depuis 2003 une rubrique juridique pilotée par Alain Picquenot et, aujourd'hui, un partenariat avec l'ESEN. Les quatre premières rencontres étaient centrées sur les thèses de la revue : en mai 1994, les premières rencontres, à l'INRP : "Le management éducatif". En mai 1995, au Sénat : "Manager par la confiance". En novembre 1996, à l'Institut de France : "Autorité et confiance". En février 1999, à l'Hôtel Dosne-Thiers : "Coopération et compétition". Les deux dernières rencontres ont été davantage centrées sur les personnels d'encadrement : en octobre 2003, au CRDP de Lyon : "Éducation, management... et encadrement. "Être cadre aujourd'hui dans le système éducatif" et, en janvier 2006, à l'Unesco : "Manager pour tous". Avec, cette fois, une mise en regard de l'action professionnelle avec la finalité de l'encadrement éducatif : les élèves et les personnels, dans la diversité de leurs personnes et la multiplicité de leurs besoins, éducatifs pour les uns, professionnels pour les autres.

Le management éducatif

L'emploi du mot "management" a pu être compris de diverses manières. Des lecteurs pressés ont cru reconnaître la déclinaison d'une doctrine libérale d'inspiration anglo-américaine là où il y avait exploration d'une alternative participative à des formes traditionnelles de direction purement hiérarchique. Dès 1989, Maurice Berrard cadrait la revue autour de fondements et de concepts qui se nommaient : sociologie des organisations éducatives, interactionnisme, systémique, phénoménologie,"anthropologie de la quotidienneté" et surtout "éthique de la communication", en référence à Jürgen Habermas, le rejet, dans toute la mesure du possible, d'une action instrumentale ou stratégique et le choix d'une éthique orientée vers le débat public et l'intercompréhension. "Le management éducatif" rapproche deux termes qui se situent dans des univers sémantiques parallèles. Un paradoxe apparent, une exploration féconde. Un sillon inlassablement tracé, creusé, aussi éloigné des renoncements que des dogmatismes, et fréquenté par ceux qui, de plus en plus nombreux, sont en quête d'une alternative exigeante et crédible : elle prend ici le nom, ou la forme, du "management éducatif". C'est d'abord la recherche d'un exercice professionnel qui tire sa légitimité, comme son efficacité, de la mise en cohérence de la nature de l'activité - l'encadrement sous ses diverses formes - et des finalités - éducatives et culturelles - du système ou de ses unités.

Manager pour tous

Ce thème avait été retenu par le comité de rédaction, il y a presque un an. Donc, bien avant que les évènements violents de l'automne 2005 viennent à nouveau interpeller l'opinion publique sur un "malaise" sociétal profond. En tendance longue, il apparaissait que le système éducatif français, fidèle à l'idée d'égalité républicaine, exprimait, à la faveur de plusieurs lois, la volonté de prendre davantage en charge au plan éducatif la totalité des élèves et des étudiants, y compris les élèves en grande difficulté scolaire, les élèves nouvellement arrivés, les élèves en situation de handicap, et de prendre en compte les besoins éducatifs dans leur grande diversité (acquisition de savoirs, de compétences expérimentales, capacité à travailler en équipe, à communiquer, à utiliser les TIC, créativité, attitudes citoyennes). À cette évolution du système français semblaient correspondre des démarches comparables au plan international. Le choix de l'Unesco, développant le concept de "Formation tout au long de la vie" ou des programmes comme "Éducation pour tous", semblait s'imposer, non seulement pour décentrer les problématiques hexagonales, mais aussi pour permettre une approche comparative plus féconde. À partir de là, il semblait intéressant d'interroger les rapports entre ces évolutions, formelles ou réelles, et les formes d'encadrement en milieu éducatif, afin de mesurer la pertinence des thèses du management éducatif. En quoi une prise en charge démocratique de tous les publics scolaires et de tous les types de personnels suppose-t-elle la mise en oeuvre de formes de management participatif solidement fondé sur les valeurs éducatives ? En quoi ces formes de management éducatif favorisent-elles l'acquisition des compétences les plus multiples par des élèves de plus en plus divers ? Merci à tous pour votre présence et votre participation, et dans l'esprit de convivialité qui a toujours présidé à nos travaux, je vous souhaite au nom de l'équipe d'Éducation & Management, de belles et utiles vies Rencontres 2006.

Education & management, n°32, page 18 (11/2006)

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