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Le dialogue parents-enseignants

Jacky Simon, Médiateur honoraire de l'Éducation nationale, IGAENR honoraire

Le thème du dialogue parents-enseignants est devenu depuis quelques années une référence obligée du système éducatif. Persuadés que la sphère éducative ne pourrait seule faire face tant sur le plan éducatif que financier, voire pédagogique, les milieux enseignants font appel, avec souvent une certaine ambiguïté au renfort des parents, sans que cela signifie une totale confiance réciproque.

Si le discours est devenu plutôt apaisant1, lorsqu'un problème se pose, le conflit n'est pas rare. Ainsi, et sans que cela vaille approche scientifique, le constat non chiffré mais significatif du dernier rapport du médiateur de l'Éducation nationale pour 2005 est clair : les occasions de conflits entre parent(s) et enseignant(s) ont tendance à se développer2.

La voie réglementaire

Une telle situation devrait inciter les décideurs à s'interroger sur l'efficacité des nombreuses circulaires, souvent incantatoires qui ont été publiées sans relâche depuis de nombreuses années. Même et surtout si elles prennent la forme d'injonctions, elles restent largement lettre morte. Aussi est-ce avec un certain étonnement que j'ai appris la préparation d'un projet de décret relatif aux parents d'élèves, aux associations3, répondant certes à un souhait des fédérations de parents mais confortant la position traditionnelle de l'administration. Les uns et les autres privilégient ainsi l'arme absolue de tout système bureaucratique, la voie réglementaire et ce, malgré les échecs patents. Pourquoi un tel aveuglement qui aboutit à une impasse, mécontente chacun et constitue un gaspillage d'énergie ? Il semble que les décideurs, mais aussi les chercheurs en sciences de l'éducation, français notamment, aient peu investi pour répondre à cette question centrale : de meilleures relations et donc un meilleur dialogue parent(s)-enseignant(s) sont-ils bénéfiques pour la réussite collective et individuelle des élèves ?

Il aura fallu le soutien de la Fondation de France4 pour qu'un groupe de chercheurs travaille en 2006 sur cette question, sur la base de démarches de dialogue réussi, initiés et primés par la Fondation en 2002 et 2003. Le résultat de ces recherches sera publié en 2007. Je suis confiant et pense que, par exemple mes collègues des deux inspections générales qui travaillent sur cette question5, ne se contenteront pas d'informations institutionnelles, d'observations statiques, mais auront des contacts directs avec des parents et des enseignants confrontés à des situations réelles et concrètes et participeront à la résolution de situations-problèmes, bref, s'inscriront dans une démarche de type recherche-action.

Faire évoluer une situation trop figée

Pour ma part, et sans prétendre avoir trouvé la pierre philosophale dans un domaine où les rapports humains sont déterminants, je souhaite livrer quelques pistes de nature à faire évoluer une situation trop figée. Si l'on est persuadé des vertus du dialogue individuel du parent avec un enseignant (faire réussir son enfant) au concret sans remettre en cause l'approche globale nécessaire par ailleurs (faire réussir tous les élèves), il convient de revisiter en profondeur l'approche, le discours et les pratiques au quotidien. Cette clarification et ce changement de ton de tous les instants peuvent permettre de bâtir un dispositif pragmatique d'échange équilibré et respectueux des responsabilités de chacun.

Créer les conditions du dialogue

L'amélioration du contexte général passe par trois priorités : s'imprégner de la culture de l'institution ; simplifier en s'attaquant à la complexité mais surtout à la complication ; crédibiliser l'institution et ses acteurs par un comportement exemplaire.

Pour agir efficacement au sein du système éducatif, il est essentiel d'en connaître les principales caractéristiques. Si tel n'est pas le cas, l'injonction, mode d'action habituel, devient bavardage inutile et on s'étonne de constater que les instructions de la rue de Grenelle ne sont pas appliquée par la base, c'est-à-dire les professeurs ou/et les parents. Tout ministre nouvellement nommé dans ses fonctions s'étonne de voir le peu de cas fait à ses ordres ou incitations. Un responsable qui n'a pas conscience que le milieu des enseignants mais aussi des parents a une double face, à la fois libertaire et hiérarchique, s'expose à de graves déconvenues.

La plupart des impulsions données dans le système éducatif prennent la forme de textes plus ou moins prescriptifs selon la tradition classique de l'administration, c'est-à-dire l'écrit. Or la culture des acteurs finaux, c'est-à-dire les professeurs (a-t-on jamais vu des professeurs lire le Bulletin officiel du ministère ?) et les parents relève davantage de la culture orale ou, au mieux, d'une réécriture par ceux en qui ils ont confiance (bulletin syndical ou des fédérations, etc.). Il sert à peu de choses d'écrire et réécrire que les "parents doivent avoir une place de choix dans le fonctionnement de l'école, du collège...". On doit considérer que les chefs d'établissement et directeurs d'école, en tant que manageurs éducatifs, ont là un rôle primordial à jouer qui est moins de valoriser tel ou tel interlocuteur, que de faire en sorte que la notion de communauté scolaire ait un sens et qu'un projet réel émerge. Certains réussissent et d'autres sont même convaincus du rôle irremplaçable des parents pour aboutir à un fonctionnement harmonieux, mais pas tous. Il y a donc là une question majeure de formation au management éducatif et participatif des responsables que l'amoncellement de textes, sans essaimage des bonnes pratiques, ne peut régler.

L'image du maître et de la famille

Mais il faut aussi faire évoluer, sans transiger sur les principes de base, l'image et la conception du maître vis-à-vis des familles. Notre institution scolaire est fondée depuis la Révolution et l'ère des Lumières (et non de Jules Ferry comme on le répète trop souvent) sur l'opposition forte quasi irréconciliable entre une école et des maîtres qui instruisent et ouvrent l'esprit et des familles qui seraient ce lieu de perdition, d'analphabétisme. En établissant un barrage très strict entre les deux, on a sans doute fait oeuvre utile, pour atteindre l'objectif final qui était et reste toujours de former des citoyens libres et éclairés. Ceci se traduisait par une opposition entre des professionnels "qui savaient" (les professeurs) et les autres (les familles) qui, malgré l'élévation de leur niveau, grâce d'ailleurs à l'École, restent encore tenus en lisière pour leur bien.

Cette attitude se traduit sur un plan quasi statutaire. La déclaration de Napoléon sur l'université au Conseil d'État en 1810 n'est-elle pas encore d'une certaine actualité : "les derniers des professeurs de lycée sont des magistrats importants ; ils ne sont pas comme des entrepreneurs de pension, des maîtres d'hôtel et des stipendiés ; ils marchent le front levé avec les parents, dont ils sont les égaux ; ils n'ont point devant eux une contenance de salarié [...]"

Même si une telle déclaration avait aussi d'autres visées que l'indépendance des enseignants, il n'est pas certain que les dispositions de la loi de 2005 sur la liberté pédagogique soient de nature à faciliter le rapprochement de préoccupations qui doivent être communes avec les familles. Cette approche reste très présente dans la mentalité de nombreux enseignants même si elle a été récemment mise à mal, par une forme d'injonction pédagogique contre laquelle la communauté éducative s'est élevée. On le voit, un peu de clarté générale éviterait sans doute que ce soit toujours l'usager qui fasse les frais de ces querelles. On a ainsi tous les ingrédients pour faire perdurer non pas un malentendu mais des positions difficilement conciliables, sauf à imaginer une autre démarche dans un cadre où chacun se respecte. Or l'institution éducative a toujours eu beaucoup de difficultés à promouvoir un dialogue équilibré avec tous ces interlocuteurs : syndicats, parents, élèves... Si on veut donc améliorer les rapports entre les parents et les familles, il faut aussi créer un climat de confiance qui respecte les spécificités de chacun. Mais cela n'est pas suffisant. Il faut engager un travail de lisibilité très important.

Vers davantage de lisibilité

Nous sommes dans un système très compliqué qui ne laisse que peu de chances à ceux qui ne sont pas les initiés culturels du système éducatif. La première remarque porte sur la nécessité de simplifier ces arcanes, qu'il s'agisse de l'orientation évidemment mais aussi d'expliciter clairement le sens des mots et des choses. Sommes-nous prêts à faire un effort d'explication, de pédagogie ou préférons-nous continuer à nous cacher derrière nos formules, certes riches mais susceptibles de tant d'interprétations (égalité des chances-personnalisation des acquis, quasi-discrimination positive...). Sans simplifier abusivement, ce qui serait une trahison de tous, laissons le langage abscons aux spécialistes. Sortons du langage "éduc. nat." pour parler une langue commune. C'est la première condition d'un bon dialogue général et particulier. Les responsables du système éducatif ont un devoir de clarté et plus largement de vérité.

À mon avis, deux démarches complémentaires me paraissent devoir être retenues. La première a trait à la clarté des intentions en refusant de biaiser avec les textes les plus solennels et en facilitant leur lisibilité. Or trop de textes sont suffisamment alambiqués pour permettre des interprétations douteuses Il y va de l'autorité de l'institution, de l'École. J'ai déjà indiqué que l'institution a un devoir de vérité. La gratuité de l'enseignement est un bon exemple, un thème qui permet des aménagements avec les principes. Je résume : la gratuité de l'enseignement (que je distingue bien de l'éducation) est un principe constitutionnel souvent rappelé, y compris dans des textes qui bafouent ce principe. Mon exemple est le suivant : les organismes représentant les parents doivent-ils assumer (financièrement) la charge de certains matériels pour les élections de parents ? La circulaire de base reste celle du 30 août 1985 qui dispose que "les bulletins de vote et les professions de foi sont élaborées et imprimés par les responsables des listes de candidats et que les dépenses éventuelles ne doivent pas être traités différemment des autres dépenses de l'établissement".

On peut défendre sans doute plusieurs points de vue même si ma préférence va évidemment à une prise en charge par l'institution qui pourrait ainsi en tirer un meilleur parti compte tenu d'une meilleure participation. Actuellement, nous vivons sur cette circulaire ambiguë que les fédérations de parents connaissent bien : elle comporte notamment deux paragraphes complètement opposés : gratuité ou non-gratuité (plutôt débrouille). Saisi en ma qualité de médiateur, je n'ai eu aucun mal à constater cette contradiction et je me rapproche non pas du directeur compétent mais plus précisément du rédacteur du texte et, avec précaution, lui fait observer la contradiction... Sans le moindre embarras l'auteur du texte, qui est un honnête homme, me répond : "le texte était, comme vous l'imaginez, volontairement ambigu ce qui permettait de trouver des solutions différenciées sur le terrain". On ne peut être plus clair dans l'obscurité : la formule la meilleure sera celle qui sied le mieux au chef d'établissement compte tenu de ses moyens financiers et de son bon vouloir ! Ce qui se passa d'ailleurs. Voilà comment on détruit le minimum de confiance nécessaire.

Mise en pratique

Le deuxième a trait à la nécessité de ne pas se contenter de démarches formelles, sans se préoccuper effectivement de leur réalité, en continu. Un exemple : le texte bien connu et souvent remanié de 1985 sur les EPLE a bien prévu les éléments nécessaires à un fonctionnement normal du conseil d'administration. Chacun sait que parler de pédagogie au sein de ce conseil, en présence des élèves mais aussi des parents, est un crime de lèse éducation. Le texte l'interdit-il ? Non, mais la pratique le rend rarement (mais parfois) possible. À quoi sert-il de se battre pour une représentation correcte des parents, des élèves si ces questions notamment sont, de fait, exclus du débat ? En fait, c'est un climat d'ensemble qu'il faut créer pour permettre à la démocratie représentative de fonctionner au bénéfice de l'École. Ainsi, si on veut des organismes représentatifs, ces derniers doivent faire un effort mais l'institution scolaire aussi. Chacun a pu noter au cours des dernières décennies le peu d'empressement des pouvoirs publics à valoriser les élections de parents.

Là se pose sans doute la question du statut des parents délégués posée notamment par la FCPE. Je reste convaincu cependant que des avancées sont actuellement possibles avec les matériaux existants. Ainsi est-il possible, par exemple, d'indemniser un parent qui a eu une retenue de salaire pour assister à un conseil normalement convoqué et cela en application de l'article l225-8 du code du travail : "si à l'occasion de cette représentation le salarié subit une diminution de rémunération, il reçoit de l'État ou de la collectivité territoriale une indemnité compensant, en totalité ou partiellement, et le cas échéant sous forme forfaitaire, la diminution de rémunération [...] si l'intéressé est désigné comme représentant de cette association ou mutuelle pour siéger dans une instance consultative ou non, instituée par une disposition législative ou réglementaire [...] l'employeur est tenu de lui accorder le temps nécessaire pour participer aux réunions de cette instance."

Pour un management de la conviction

L'ennui ne tient pas uniquement au texte qui est sans doute perfectible, mais à l'absence de volonté de faire et de... crédits. Je suis donc méfiant, sauf si la LOLF le permet !

Le projet de décret précité peut sans doute être utile s'il n'aboutit, pas dans sa sécheresse à une régression3des pratiques actuelles, ce qui serait un curieux paradoxe... Seul un dialogue individuel porté par un management de conviction peut améliorer la situation.

Compte tenu du contexte général que je n'ai que partiellement décrit, il me paraît difficile d'espérer un changement significatif des comportements de chacun par les méthodes habituelles d'injonction. On peut sans doute refaire ou faire un statut mais cela n'aura d'effet que si chacun des intéressés y trouve un avantage, pas nécessairement pour lui-même mais pour ce qui leur est commun : l'élève et l'enfant. Pour certains parents, la réussite scolaire de leur enfant est en jeu, pour d'autres un meilleur contact avec les enseignants est une satisfaction personnelle reconnue comme nécessaire, sans oublier une amélioration des rapports avec leur... enfant. On peut certes avancer des propositions (alibi ?) qui permettent de renvoyer à d'autres sa propre responsabilité. J'ai déjà mentionné la nécessité évidente et souvent répétée de prévoir des lieux de dialogue, une remarque de bon sens émanant du men mais dont la charge financière incombe... aux collectivités territoriales, à moins qu'on invite et incite fortement les chefs d'établissement à faire preuve d'imagination et de volontarisme. Mais je pense que l'invitation au dialogue ne peut se décréter. Il faut utiliser des détours et de la conviction. C'est ce parti que, modestement et non sans difficultés de toutes sortes, j'ai pris il y a maintenant plus de trois ans.

Bon sens et respect réciproque

La diffusion d'un document faisant appel au bon sens et au respect réciproque parent/enseignant enseignant/parent destiné à pointer les questions importantes qui devraient permettre un dialogue fructueux sans empiéter sur le domaine réservé de l'autre interlocuteur. La méthode d'élaboration a été relativement simple même si elle a été un peu longue. Un projet de texte a été élaboré à partir principalement des constats faits concrètement lors de la résolution de conflits par les médiateurs. Ce document a été proposé à des parents "de base" ainsi qu'à des enseignants... qui ont fait des observations et proposé des améliorations. Pour finir, les fédérations de parents et les organisations syndicales de personnels enseignants ont été invités à donner leur avis qui a été positif. La démarche a volontairement exclu la procédure courante du "groupe de travail" composé de différents types de personnels, qui aboutit trop souvent à des textes "langue de bois" après quelques affrontements stériles. Il ne s'agit pas, évidemment, d'un quelconque statut mais d'un outil de dialogue dont chacun doit s'emparer, en particulier le chef d'établissement et le directeur d'école et développer une stratégie très diversifiée, en fonction des publics et des établissements. Le document est structuré autour de 9 points et se termine, en cas d'échec, par le recours possible à une médiation. (9 points + 1)

Pour un dialogue réussi
  1. Le dialogue repose sur une écoute et un respect mutuel.
  2. La rencontre enseignant-parent relève d'une demande ou d'une invitation.
  3. Le lieu et l'horaire les plus appropriés sont recherchés en commun.
  4. L'enseignant veille à instaurer un climat de confiance et garantit une totale discrétion de l'échange.
  5. Dans le dialogue avec les parents, l'enseignant agit en professionnel qui prolonge sa pratique de la classe.
  6. L'enseignant essaie de répondre aux questions du parent et le conseille sur la scolarité de son enfant.
  7. Le parent aborde l'entretien avec confiance et en veillant à respecter l'enseignant.
  8. Le parent s'informe auprès de l'enseignant et lui apporte son éclairage.
  9. L'enseignant et le parent essaient de définir en commun les moyens et les voies de progrès auxquels chacun, dans son domaine, peut contribuer.

En cas d'échec, proposer une médiation...

Chacun des items est développé et téléchargeable sur le site du médiateur : www.education.gouv.fr/mediateur

Les limites de l'exercice

Bien évidemment, la première limite a trait au parti pris d'honnêteté intellectuelle de chacun. Il faut faire ce pari et non celui de la méfiance. On suppose qu'il y a volonté de dialogue, sans esprit de système.

La deuxième limite est liée à la connaissance de ce document. Certes il a été diffusé, à mon avis insuffisamment. Il peut être téléchargé sur le site du médiateur6.

La troisième limite, de taille, tient au public qui devrait être le plus concerné et qui ne l'est que très partiellement. Je suis intimement convaincu que les plus fragiles de nos concitoyens, ceux qui ont peur de l'École, de tout ce qui est institutionnel, doivent être traités avec beaucoup d'attention et non stigmatisés et traités de démissionnaires... Sans doute y a-t-il là une des causes insuffisamment explorées de cette fracture culturelle, appuyée sur une culture dominante, la culture scolaire, celle d'une minorité. Mais ce type d'interlocuteur est dans une position de faiblesse, voire de peur face à l'école et l'enseignant, perçu comme un expert.

La quatrième limite tient aux capacités des enseignants eux-mêmes à répondre aux questions légitimes que les parents sont en droit de se poser. Ces derniers souhaitent, comme tout citoyen et en tout domaine, comprendre ce qui leur arrive et ce qui arrive et va arriver à leurs enfants, stressés qu'ils sont par l'ambiance sociale et économique. Or pour apporter un début de réponse à ces questions qui se veulent parfois trop prédictives, il n'est pas sûr que les enseignants soient toujours bien armés. Que savent-ils de la vie active ? de l'orientation et même des filières de formation ? Là se trouve posé toute une série de questions touchant à la formation des enseignants, les nouveaux mais aussi les plus anciens.

En guise de conclusion

On le voit, on ne peut aborder la question des rapports parents-enseignants en faisant fi des éléments fondateurs de l'École publique. Ces éléments sont toujours valables dans leurs grands principes qui doivent être connus et mis en oeuvre par tous, parents et enseignants.

Mais si les enseignants restent des experts dans leur domaine, ils doivent, comme tout détenteur d'un pouvoir délégué, être attentifs aux demandes des "citoyens-usagers". S'agissant des parents, ces derniers doivent avoir un comportement raisonnable et parfois distancié même lorsqu'il s'agit de leur enfant. À cet égard, si on veut concilier l'aspect collectif de l'approche et la préoccupation individuelle, je partage la suggestion de Meirieu tendant à éviter que le représentant parent dans une classe soit le père ou la mère d'un élève de la classe... On passerait ainsi de l'individualisme à l'individualisation. Je n'ignore pas les difficultés constatées par tous au sujet de l'engagement citoyen en la matière. Aussi, sans excessive naïveté et tout en relevant que parallèlement à un certain désengagement des parents au plan collectif, on constate un fort engagement au niveau général associatif, humanitaire, il faut s'interroger sur les voies et moyens pour changer cet état de choses. Il faut rechercher ce point d'équilibre qui s'appelle le respect argumenté des positions de l'autre (sauf exception). Il faut donc lutter contre ce déficit évident de dialogue social à tous les niveaux et sans sous-estimer tel ou tel acte de la vie quotidienne. Enfin, je suis persuadé que la même démarche qui touche l'ensemble du corps social touche et touchera légitimement l'École : l'argument d'autorité aussi justifié soit-il a ses limites. Les parents veulent savoir ce qui leur arrive à eux et à leurs enfants très concrètement. Alors arrêtons de les stigmatiser et de les accuser d'individualisme, de consumérisme, de démission alors même que beaucoup attendent tout d'une École qui parfois doute... Les enseignants qui, eux, sont experts, connaissent certaines arcanes et n'hésitent pas à zapper, à faire appel aux cours particuliers, par exemple, lorsqu'il s'agit de leurs enfants... Mais ils sont prêts à s'engager sans réserve et, souvent le font en direction des enfants qui leur sont confiés, qu'on appelle leurs élèves. Ils méritent le soutien, le respect. On voit bien que leur mission et le rôle des parents loin de s'opposer doivent être tournés vers le même but, même si chacun a sa partie à jouer. Chacun s'enrichit au contact de l'autre, au bénéfice de l'enfant et de l'élève, sans perdre son identité. Les enseignants doivent pouvoir s'intéresser aux familles et les parents se mêler utilement des tâches scolaires. Mais pour atteindre cet équilibre, il faut un souffle puissant, un management différent qui rompt avec une attitude du sommet de la pyramide éducative qui se satisfait trop des approches formelles et procédurales. Il faut développer à tous les niveaux une approche diversifiée, pragmatique afin de faire mieux comprendre l'École par des interlocuteurs souvent confrontés à un mystère qui soit les angoissent ou les rassurent d'une façon excessive.


(1) Voir interview de Gérard Aschieri in Réussir notre école, La Table Ronde, 2005.

(2) Voir dernier rapport pour 2005du médiateur de l'Éducation nationale, Documentation française, 2006.

(3) Ce texte intitulé Projet de décret relatif aux parents d'élèves, aux associations de parents d'élèves et aux représentants des parents d'élèves, et modifiant le Code de l'Éducation (partie réglementaire)a été soumis au CSE le 10 juillet 2006 et publié au j.o. du 29/07/2006. Par ailleurs, vient d'être publiée la circulaire du 25/08/2006 au b.o. du 31/08/2006. Une concertation approfondie entre les représentants enseignants et les représentants de parents a permis d'aboutir à un texte recueillant une quasi-unanimité au Conseil supérieur du 10/07/2006.
On ne peut que s'en réjouir mais le plus dur reste à faire, en particulier en ce qui concerne la qualité du dialogue individuel(voir précisément le document cité Pour un dialogue réussi).

(4) Journées d'échanges et de rencontres sur la coopération parents-enseignants à l'école primaire. Site internet de la Fondation de France : www.fdf.org

(5) Cette mission des Inspections générales demandée par le cabinet du ministre avait dans un premier temps pour objet d'aider à la préparation d'un programme ambitieux touchant les divers aspects de cette question centrale. Il semble qu'une "note intermédiaire" ait été remise durant l'été, très vraisemblablement après la parution du décret. Fin septembre, le rapport proprement dit n'avait pas encore été rendu public...

(6) Téléchargeable sur le site : www.education.gouv.fr/mediateur

Education & management, n°32, page 5 (11/2006)

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