Juridique

Prévenir la violence au collège
Extrait de la préface de Jean-Paul Payet, sociologue, université de Genève.

Du Sud vers le Nord : pour une fois, le transfert de modèles et de savoir-faire suit un trajet inverse des flux habituels. Parlons tabou est en effet né dans l'Afrique du Sud post-apartheid. La démarche s'est nourrie à la source d'une situation de violence et de post-traumatisme extrêmes. La marque sud-africaine, c'est aussi l'empowerment, cette démarche qui consiste à rendre les acteurs sociaux disqualifiés capables de parler leur condition (identitaire) et de maîtriser leur destin. Mais pas question, pour Vijé Franchi et Gwenaëlle Colin, d'exotiser avec ce transfert les élèves, souvent enfants de migrants des ex-colonies, des banlieues de nos grandes villes. Dans l'intention de ses créatrices, l'objectif de Parlons tabou est bien de s'adresser, au-delà des quartiers et des écoles en milieu disqualifié, à l'ensemble des établissements scolaires, de leurs personnels et de leurs élèves. La question d'une démocratie à l'école, respectueuse de la diversité et de la pluralité des individus, est en effet une question qui n'a de sens qu'à la condition d'être posée de manière commune. Parlons tabou est un formidable outil pour les équipes de terrain : argumenté théoriquement, clair et précis dans son application, testé sur le terrain et adaptable. Il est aussi une leçon pour les chercheurs : la coupure entre recherche et action n'est pas une fatalité.

Education & management, n°31, page 15 (05/2006)

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