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Le Rapport de l'éducation pour tous : l'exigence de qualité

Jean-Michel Leclercq, Expert international

L'UNESCO a publié en 2004 un rapport intitulé L'Éducation pour tous - L'exigence de qualité. Il s'agit du plus récent bilan des avancées du programme "Éducation pour tous" (EPT) qui a été lancé en 1990 lors de la Conférence mondiale réunie à Jomtien. Plus précisément, le rapport évalue les progrès réalisés pour atteindre d'ici 2015 six objectifs retenus par 160 pays au Forum mondial de l'éducation qui s'est tenu à Dakar en 2000.

Développer la protection et l'éducation de la petite enfance

Les progrès ont été lents et ont surtout profité aux enfants des milieux les plus favorisés. En Amérique du Nord et en Europe occidentale, un enfant peut bénéficier de 2,3 années de préscolarisation et seulement de 0,3 année en Afrique subsaharienne à cause de la médiocrité des moyens matériels et humains mobilisables. Il est donc peu probable que la situation change radicalement à bref délai.

L'enseignement primaire universel

Pour la généralisation de l'enseignement primaire, des progrès ont été accomplis au cours de la décennie écoulée. Ils ne suffisent pourtant pas pour permettre d'espérer que l'enseignement primaire universel soit réalisé d'ici 2015. Le taux net de scolarisation à ce niveau, qui est en moyenne de 85 % en 2005, n'atteindrait que 87 % en 2015. L'achèvement du cycle primaire par tous les élèves reste problématique : le taux de survie en cinquième année du primaire n'est que de 75 % et les redoublements fréquents multiplient les scolarités tardives. Bien entendu, les pays industrialisés échappent largement à ces situations qui affectent principalement les pays du Sud pour des raisons comparables à celles qui y compromettent la préscolarisation.

Améliorer les chances d'apprendre

Les évaluations sur l'élévation du niveau des connaissances et des compétences des jeunes et des adultes sont rares. L'absence de statistiques précises ne dispense pourtant pas de considérer que les efforts et les résultats sont très insuffisants et qu'une fois de plus, les pays les plus démunis accusent les retards les plus sérieux.

50 % d'alphabétisés en plus

C'est une situation comparable qui se constate à propos de l'alphabétisation. En 2002, il y avait encore 800 millions d'analphabètes dans le monde dont 70 % se trouvaient essentiellement dans les pays d'Afrique subsaharienne. Il y a peu de chances de ramener ce taux au pourcentage retenu au Forum de Dakar.

Parvenir à l'égalité des sexes

L'égalité des sexes devant l'éducation est encore loin d'être réalisée. En 2001, les filles représentaient encore 57 % des enfants en âge de fréquenter le primaire qui n'étaient pas scolarisés. Par ailleurs, la fréquentation des filles dans le primaire reste très inférieure à celle des garçons (en particulier, dans les pays arabes). L'écart s'accroît considérablement dans le secondaire et le supérieur. Il n'est donc pas étonnant que 64 % des analphabètes adultes soient des femmes.

Améliorer tous les aspects de la qualité

L'amélioration de la qualité de l'éducation sous ses divers aspects est un autre domaine dans lequel les évaluations font très souvent défaut et dans lequel les progrès semblent très insuffisants. C'est pourquoi, après un bref rappel des bilans à faire sur les points précédents, ce rapport est consacré pour l'essentiel aux différents aspects à prendre en compte dans la qualité de l'éducation et aux mesures qu'il conviendrait d'adopter pour améliorer le fonctionnement des systèmes d'enseignement et leurs résultats.

Un premier chapitre s'attache à faire comprendre toute l'importance de la qualité de l'éducation dont dépendent l'assiduité et la survie des élèves qui ont tendance à déserter des enseignements médiocres. C'est le souvenir d'écoles attirantes par leur qualité qui incite les familles à se soucier de l'éducation de leurs enfants. Ce sont enfin des compétences et des formations de qualité qui aident à mener une vie personnelle et professionnelle plus facile, notamment grâce à des revenus plus élevés.

Ce dernier point fait l'objet d'une tentative de démonstration par le chapitre suivant. D'autres recherches aident à justifier l'intérêt qu'il convient de manifester pour la qualité et, par ailleurs, proposent des outils pour mieux la définir et surtout l'apprécier sous ses divers aspects selon des démarches quantitatives ou qualitatives.

Le troisième chapitre présente des évaluations des progrès accomplis concernant les objectifs assignés à l'EPT et reprend donc les analyses des résultats enregistrés dans l'atteinte des cinq objectifs antérieurs. Il faut noter l'introduction d'un indice de développement de l'éducation pour tous qui, sur une échelle de 0 à 1, permet de classer les différents pays selon le degré d'accomplissement des objectifs fixés à Dakar.

Le quatrième chapitre détaille les mesures essentielles à mettre en oeuvre dans des politiques de la qualité nécessairement plurielles à cause de la diversités des contextes et des apprenants. Sont, en particulier, préconisés : des enseignements bien différenciés en activités bien ciblées ; des pratiques pédagogiques toujours centrées sur les enfants ; des conditions satisfaisantes aussi bien pour l'accueil des élèves que pour l'exercice de leur métier par les enseignants qui ont, bien entendu, un rôle central ; une bonne gestion des établissements notamment grâce à l'affirmation d'un fort leadership par les personnels de direction.

Il va de soi que, faute autant de volonté politique que de ressources, ces ambitions sont encore inaccessibles pour de nombreux pays. Aussi, un avant-dernier chapitre appelle-t-il à "tenir nos engagements" en veillant à ce que soient effectivement mises en place des aides bilatérales ou multilatérales aussi élevées et aussi bien coordonnées que possible. C'est pourquoi est cité en exemple le partenariat international de "L'initiative de mise en oeuvre accélérée" (IMOA) engagé en 2002 par le Comité de développement de la Banque mondiale et le Fonds monétaire international. La conclusion "Vers l'EPT : l'exigence de qualité" subordonne les chances de réaliser le programme de l'éducation pour tous à la possibilité de répondre aux enjeux de la qualité. Pour faire face à ceux-ci, s'impose de sérieux efforts dans tous les domaines de la politique éducative et du fonctionnement des établissements scolaires qui sont indispensables pour être capable d'un optimisme mesuré devant toutes les difficultés à surmonter. Bien que celles signalées dans ce rapport soient surtout celles de pays du Sud, on ne saurait oublier que les pays du Nord n'y échappent pas. Du reste l'EPT, même si c'est surtout au niveau du secondaire et du supérieur, les concerne également. Ce rapport est donc une contribution d'importance générale au dossier de la qualité de l'éducation qui, en raison de son actualité et de son urgence jamais démenties, doit être toujours enrichi par de nouvelles réflexions et de nouvelles explorations.

Education & management, n°30, page 56 (12/2005)

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