Juridique

Former à la sécurité

Lionel Le Driant, Coordonnateur Risques majeurs au rectorat d'Amiens

Notre société est aujourd'hui de plus en plus souvent confrontée à des accidents dits "majeurs". Si la probabilité qu'ils surviennent est faible, les conséquences sur l'homme, ses biens et son environnement peuvent être exceptionnellement graves. On classe ces risques selon deux origines : naturelle (les tempêtes, les séismes, les inondations...) ou technologique les accidents industriels pouvant engendrer une explosion, un nuage toxique...).

Pour les risques d'origine anthropique, il est toujours possible de diminuer l'occurrence de l'événement en améliorant la sûreté de nos installations et des transports de matières dangereuses. Pourtant, aujourd'hui, tout le monde est d'accord pour affirmer que le risque zéro n'existe pas.

Pour certains risques naturels (séisme, volcan, tempête...), la mitigation (réduction de la vulnérabilité) est le seul moyen de limiter les conséquences liées à l'événement.

Comme le précise Patrick Lagadec, directeur de recherche à l'École polytechnique, spécialiste du risque et de situations de crise non conventionnelles, "s'il est indispensable de se doter sur toutes les zones de la planète, d'outils techniques performants, la technologie n'est qu'une toute petite partie de la résolution du problème de l'alerte. Les populations doivent être informées et préparées". Pour se protéger de ces agressions, les plans de secours élaborés par les acteurs du risque (protection civile, services d'incendie et de secours, services de santé, DDE...) sont des parades passives essentielles. Deux objectifs principaux : diminuer le temps de réaction entre l'accident et l'organisation des premiers secours et rendre le plus efficace possible les actions en prenant ce qui semble être les bonnes décisions.

Dans l'Éducation nationale

Depuis plusieurs décennies, cette notion de "risques majeurs", que ce soit sous forme pédagogique ou législative en demandant la mise en place des Plans Particuliers de Mise en Sûreté (PPMS) est intégrée dans tous les établissements scolaires. Dans les années quatre-vingt, la notion d'environnement apparaît dans les programmes liée à des aspects écologiques (pollution, dégradation des milieux naturels...). Puis, dans les années quatre-vingt-dix, la notion de risque émerge, souvent associée aux dangers de la nature ou de l'aménagement des milieux. Aujourd'hui, l'éducation aux risques majeurs, composante de l'éducation à l'environnement pour un développement durable (EEDD), répond à une demande sociale de sécurité maximale. On aborde principalement les différents risques sous la forme d'explication des phénomènes et situations géographiques. On peut regretter que les moyens de s'en protéger avant/pendant/après soient souvent négligés. Le b.o. hors série n° 3 du 30 mai 2002 demande à chaque responsable d'élaborer puis d'expérimenter son PPMS dans son établissement scolaire. L'objectif principal est de protéger toute la population scolaire présente dans l'établissement lors d'un accident majeur en attendant l'arrivée des secours si nécessaire. Si sa mise en place peut paraître fastidieuse, les outils et formations proposés par les rectorats et un travail en équipe permettront de concrétiser un outil pertinent qui ne devra jamais être considéré comme définitif.

Usines chimiques et risques

Collège Léon-Droussent, Coucy-le-Château-Auffrique, Aisne.

Ce projet concerne une quarantaine d'élèves parmi ceux de 4e.

Lundi 7 mars

8 h 30 - 12 h 30 : visite du site Clariant classé SEVESO à Trosly-Breuil (60)

14 h 00 - 15 h 30 :

groupe 1 (20 élèves) : exposé par le SDIS

groupe 2 (21 élèves) : intervention de M. Le Driant(exposé et simulation de mise à l'abri en cas de nuage toxique)

15 h 30 - 17 h 00 : inversion des deux groupes

Jeudi 10 mars et vendredi 11 mars

8 h 30 - 12 h 30 et 13 h - 17 h : travaux de groupes (8 élèves) avec un professeur de :

SVT : maquettes, panneaux

Sciences physiques : panneaux, expériences

Arts plastiques : maquettes

Histoire-géographie : maquettes, panneaux

Technologie : réalisation d'un cédérom

Samedi 2 avril

Présentation, par les élèves ayant participé au projet, des réalisations aux autres élèves du collège, aux parents, aux élèves des écoles primaires du secteur, aux personnels de mairie...

La mise en place des PPMS

Elle peut se dérouler ainsi : recensement des risques, répartition des missions pour son élaboration, analyse des différents travaux, synthèse pour la réalisation du document "PPMS", simulation avec mise en place d'une cellule de crise puis retour d'expérience. Le travail en équipe est indispensable et le responsable d'établissement s'entourera de personnes compétentes dans divers domaines qui l'aideront dans la préparation du PPMS. Dans l'école, les gestionnaires, CPE, professeurs, ACMO, élèves, parents... doivent être associés à cette réflexion. À l'extérieur, les responsables communaux, industriels, pompiers mais aussi les formateurs académiques "risques majeurs" seront des interlocuteurs privilégiés. Les principaux problèmes à résoudre sont :

  • comment alerter rapidement la collectivité dans l'établissement ?
  • quelles zones de mise à l'abri pour le principal risque majeur traité ?
  • comment mettre en place une communication en cas de confinement ?
  • comment réussir à communiquer avec les autorités (IA, rectorat, préfecture, mairie, SDIS) ?

Les différents travaux permettront de créer l'outil PPMS, de mettre une logistique en place et de définir des besoins matériels, médicaux...

Séquences autour du CDI

Encadrées par le professeur documentaliste etles professeurs d'ECJS du lycée Jean-Macé de Chauny, Aisne.

Travail réalisé pour des élèves de seconde générale.

Séquence 1

Mise en place progressive de la problématique "Faut-il développer l'industrie chimique sur Chauny (deux sites SEVESO implantés) sachant que, dans le domaine des risques majeurs technologiques, le risque zéro n'existe pas ?"

Séquence 2

Questionnaire sur la définition, l'inventaire et la gestion de crise face aux risques majeurs après projection d'une cassette.

Séquence 3

Découverte des mots-clefs associés au risque chimique, recherche de documentation avec utilisation de la base de données BCDI et de l'Internet.

Séquence 4

Recherche au travers des textes de loi du devoir d'information et exploitation des outils existants (DDRM, DCS, DICRIM).

Séquence 5

Renseignements en mairie puis exploitation des plans communaux pour :

  • Identification et localisation des risques.
  • Étude des conséquences sur le plan local d'urbanisme.
  • Étude de la situation particulière du lycée Jean-Macé.

Séquence 6

Conduites à tenir face aux risques chimiques avant/pendant/après.

Séquence 7

Simulation d'un accident avec nuage toxique nécessitant un confinement de la classe dans un lieu prédéterminé.

Séquences 8 et 9

Préparation puis débat argumenté sur la problématique posée.

Le PPMS n'est qu'un outil qui nous aide dans notre organisation face à l'accident. Ce qui va améliorer notre efficacité, c'est la mise en place d'exercices. Les remarques émises par les observateurs associés à cette simulation permettront de faire évoluer notre PPMS. Incontestablement, plus le nombre de personnes connaissant les conduites à tenir face à un type d'événement est important, plus la mise en protection est facilitée.

Si l'article 21 de la loi de la sécurité civile du 22 juillet 1987 précisait que "chaque citoyen a le droit à l'information sur les risques qu'il encourt et les mesures de sauvegarde", l'article 5 de la loi de modernisation de la sécurité civile du 13 août 2004 stipule que "tout élève bénéficie, dans le cadre de sa scolarité obligatoire, d'une sensibilisation à la prévention des risques et aux missions des services de secours..."

Dans les communes les plus exposées, un plan communal de sauvegarde (PCS) doit être élaboré par les services de la mairie. Son objectif est de regrouper l'ensemble des documents de compétence communale contribuant à l'information préventive et à la protection de la population. Il détermine, en fonction des risques connus, les mesures immédiates de sauvegarde et de protection des personnes. Il est important d'envisager d'annexer les PPMS des écoles situées sur ces communes aux PCS. L'information des citoyens se fera ainsi par plusieurs canaux.

Pour quel apprentissage ?

L'élève reçoit un apprentissage qui l'amène à devenir "un citoyen responsable de sa propre sécurité" puis à participer aux secours. Des décennies d'études ont montré que les populations font le plus souvent preuve d'une réactivité remarquable en sauvant d'elles-mêmes la plus large part des victimes lors des catastrophes avant l'arrivée des sauveteurs professionnels. Il est essentiel dans nos écoles, en parallèle avec l'élaboration des PPMS, de développer les comportements de protection des élèves en rappelant les savoirs spécifiques à chaque risque auquel ils peuvent être confrontés localement mais aussi en simulant des situations qui permettent d'acquérir les savoir-faire. Indiquer cet objectif d'information sur les risques majeurs devient alors fondamental dans le projet d'établissement. Les projets éducatifs, les cours d'ECJS, les modules... sont des moments privilégiés pour sensibiliser les élèves à ces problématiques. Le travail peut se faire en interdisciplinarité sur un thème précis sans oublier d'y associer les acteurs extérieurs ainsi que le coordinateur et les formateurs "risques majeurs" du rectorat.

Education & management, n°30, page 16 (12/2005)

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